CHAPITRE QUATRIÈME
pargner autant que possible l'effusion du sang. Les troupes du roi Victor-Emmanuel sëtant emparées de la ville, la garnison pontificale se retira dans la citadelle. Une trêve fut conclue, et l'on engagea des négociations. Le cardinal eut alors à subir la violence d'un
vainqueur habitué à traiter les évêques et le clergé comme des ennemis, vis-à-vis desquels on pouvait se montrer d'autant plus insolent qu'ils étaient moins en état d'opposer la force à la force. Sous
Le Pipe l^on XlII.
prétexte de rechercher des soldats cachés, les Piémontais enfoncèrent les portes de Tévêché et du séminaire, et occupèrent militairement ces deux édifices, non sans les bouleverser de fond en comble. Sur ces entrefaites, le général en chef, Fantî, ayant rejoint le corps d'armée qui occupait la ville, décida de donner Tassaut à la citadelle. Le cardinal se résigna à tenter une démarche auprès de ce brutal soldat, à Teffet d'éviter des massacres inutiles. Il alla le trouver avec le premier magistrat de Pérouse et recommanda son peuple à la clémence du vainqueur. Il lui fut répondu que les lois de la guerre auraient leur cours. Néanmoins l'intervention de l'archevêque, tout empreinte de suavité et de douceur, ne laissa pas que de faire impression sur les envahisseurs,et contribua à faciliter les conditions d'une reddition devenue nécessaire. Si le cardinal Pecci éprouva quelque consolation du succès relatif de sa démarche, une amère douleur ne tarda pas à s'y mêler.
Voici comment Bresciani rapporte le fait qui en fut cause : 4; Pendant l'assaut donné à Pérouse, alors que les Romains défendaient la place avec énergie et empêchaient l'ennemi de pénétrer dans les principales rues de la cité, quelques factieux tiraient de leurs fenêtres ou du haut des toits sur les pontificaux dont ils tuèrent un certain nombre. Or il arriva qu'un soldat piémontais fut, par hasard ou autrement, tué par une balle tirée ainsi d'une fenêtre. Aussitôt après la capitulation, le général délia Rocca, furieux, demanda d'où était parti le coup. Ces paroles furent entendues par un misérable, récemment sorti des galères, qui avait une rancune contre un honorable prêtre du voisinage, parce que celui-ci l'avait plusieurs fois repris de ses blasphèmes. Cet ex-galérien dit : « Celui qui a tiré dans le dos de vos soldats, c'est le prêtre Santi qui demeure là, dans cette maison; c'est un papalin enragé. » Délia Rocca n'en demanda pas davantage. Il envoya quelques soldats à l'assaut de la maison de l'ecclésiastique. Ceux-ci s'emparèrent de lui, et le traînèrent devant leur général, qui le fit condamner à mort par un tri-