CHAPITRE QUATRIÈME
Pérouse, il semblait que Tévêque, loin de songer à supporter un fardeau beaucoup plus lourd, vtt approcher le moment d'un repos relatif. Il obtint un coadjuteur dans la personne de Mgr Pascucci,évêque de Ptolémaïde, qui mourut dès 1874, et ne fut remplacé qu'en 1877 par Mgr Laurenzi, vicaire général du diocèse depuis 1847. Ce dernier reçut le titre d'évêque d'Amata et fut consacré par le cardinal Peccî lui-même dans son titre cardinalice de St-Chrysogone à Rome, le 24 juin 1877,
On n'aurait pas une idée complète de Tépiscopat du cardinal Pecci, si nous passions sous silence les enseignements qu'il donna à son peuple dans ses mandertients. Nous ne pouvons malheureusement nous arrêter à en faire Tanalyse. Indiquons seulement quelques matières traitées par lui : la simple énumération en est significative, elle montre à quel point l'évêque de Pérouse était attentif au mouvement des idées et aux nécessités spirituelles de son époque. En 1857, il met son peuple en garde contre les A6us du magnétisme ; ensuite il rappelle, en face des invasions piémontaîses, les vrais principes touchant le Pouvoir temporel du Pape ; il écrit une instruction à propos de la question du Mariage civile cet instrument de tant de corruption et d'erreurs entre les mains des ennemis de l'Église ; il réfute magistralement la Vie de Jésus de M. Renan, long blasphème peu scientifique mais très littéraire, qui fut peut-être le plus dangereux livre de notre siècle. Nous voyons ensuite le cardinal Pecci, préoccupé de l'antagonisme qui s'accentue de plus en plus entre l'Église et les pouvoirs séculiers, entre la foi et ceux qui prétendent au monopole de la science et de la civilisation, revenir à plusieurs reprises sur ce sujet si important et si douloureux: de là ses instructions sur les Prérogatives de H Église catholique, sur le Pontife romain, sur \ Église catholique et le XIX^ siècle, sur VÉglise et la civiliscUion,s\xx\çs Erreurs courantes contre la Religion et sur la Lutte chrétienne. Les deux mandements sur \ Église et la civili- ,scUion furent particulièrement remarqués, même au delà des fron-
tîères de ritalie. L'idée qui ressort de ces diverses instructions,c'est rimmense puissance de TÉglise pour le bien des peuples et sa compatibilité avec toutes les vérités et tous les progrès réels. Il ne faudrait pas toutefois y chercher des concessions aux faux principes du jour. Le cardinal recommande au contraire l'énergie dans la défense de la vérité et de T Église : « une bonté négative, faible, renfermée en elle-même et désireuse de conciliations impossibles, écrivait-il en 1876, n'est plus de mise de nos jours, où les adversaires entrent en lice pour nous ravir tout ce que nous possédons, se sentent fortifiés par notre faiblesse et sont disposés à fouler aux pieds, non seulement nos droits de catholiques, mais les principes mêmes d'indépendance et de liberté qu'ils professent avec tant de bruit II ne sagit pas ici de jactance ou de provocations, mais de cette calme et civile manifestation du sentiment chrétien qui est un devoir envers Jésus-Christ, lequel confessera devant son Père céleste ceux qui l'auront confessé devant les hommes. >
Il y aurait une intéressante étude à faire sur les instructions pastorales du cardinal Pecci mises en regard des encycliques du souverain pontife Léon XIII. On trouverait en germe dans les premières presque toutes les idées qui ont été si magnifiquement développées dans les secondes. Cette étude ne rentre pas dans le cadre du présent ouvrage. Bornons-nous à constater que cette continuité de pensée de l'évêque et du pape n'a pas échappé aux esprits réfléchis. Voici comment s'exprime à ce propos M. A. Leroy-Beaulieu. « Le Pontife romain n'a guère fait qu'exécuter ce qu'avait rêvé aux montagnes d'Ombrie l'archevêque-évêque de PérQuse. Mais, au rebours de ce qui se voit d'habitude, l'action du pontife a été plus hardie et a porté plus loin que les songes de sa jeunesse ou les méditations de sa maturité. Au lieu d'affaiblir sa vue et de diminuer son énergie, les années ont élargi son horizon et agrandi le champ de son action. A mesure qu'il devenait plus vieux, il a osé davantage, sans jamais, pour cela, se départir de la prudence
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de son âge, restant sage et mesuré jusqu'en son apparente témérité. C'est que ses audaces ont été le fruit de son expérience. » '
Elle n'était pas médiocre en effet l'expérience acquise par le cardinal Pecci pendant les longues années d'un épiscopat traversé par des épreuves de tout genre, et cette expérience était fécondée par un travail de réflexion qui en doublait la valeur. La ville et le monde, urbs et orbis, n'allaient pas tarder à s'en apercevoir.
C'est le 2 1 septembre 1877 que sonna l'heure de la séparation pour le peuple de Pérouse et pour son bien-aimé pasteur, séparation matérielle qui ne détachait pas les cœurs, mais qui n'en fut pas moins pénible ! Nommé par Pie IX camerlingue de la Sainte-Eglise, l'évêque dut quitter son troupeau pour résider à Rome, d'où il continua à envoyer à ses diocésains, avec les expressions les plus tendres de son amour, ses enseignements doctrinaux. Pérouse demeura toujours sa fille privilégiée; et plus tard, lorsque le pontificat suprême donna à Léon XIII déplus nombreux enfants, elle ne perdit pas dans le cœur du pape la place qu'elle occupait dans le cœur de l'évêque.
La dignité de camerlingue à laquelle venait d'être élevé le cardinal Pecci, est une des plus hautes du Sacré-Collège. Elle acquiert une importance capitale pendant la vacance du Pontificat, car c'est au camerlingue qu'incombent l'organisation du conclave et la gestion des affaires du St-Siège. Cette charge donnait en quelque sorte au cardinal un avant-goût de la suprême dignité qui allait bientôt lui être conférée, et en attirant sur lui l'attention de ses collègues, le désignait à leurs suffrages. C'est presque à la veille de sa mort que le grand Pie IX procéda à cette nomination : et il semble qu'il ait voulu ainsi joindre en quelque sorte sa voix aux voix qui devaient bientôt appeler le cardinal Pecci à monter sur la chaire de saint Pierre.
Ce que nous avons dit de cette carrière déjà longue suffirait à la gloire d'un homme et au mérite d'un prédestiné. Mais ce n'était