‹ Le pape Léon XIIIChapitre 95 sur 248 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Quels que fussent les sentiments du nouvel élu choîsi par le Seigneur pour régir son peuple, il lui fut impossible de ne pas se soumettre à la voix de Celui qui, par Torgane des princes de l'Église romaine, l'appelait à Timmense honneur et au pesant fardeau de la tiare. A peine l'élection eut-elle été proclamée, que les baldaquins surmontant les divers trônes cardinalices furent abaissés, sauf celui du cardinal Pecci, et les trois cardinaux chefs d'ordre, s'approchant du nouvel élu, lui adressèrent la question de rite : € Acceptasne electionem tuam in summum Pontificem ? Acceptez- vous votre élection comme Souverain-Pontife? > Le camerlingue, d'une voix émue, mais claire, répondit qu'il se sentait indigne d'une telle élévation, mais qu'en présence de l'accord du Sacré-Collège, il se soumettait à la volonté du Seigneur. Le cardinal-doyen lui demanda ensuite : « Quomodo vis vocari 9 Comment voulez -vous vous appeler ?» Le nouveau pape déclara choisir le nom de Léon XI IL

Le souvenir du pape Léon XII, envers lequel Joachim Pecci professa toujours une vive admiration, ne fut pas étranger au choix de ce nom de Léon qui, déjà glorieux dans les fastes du siège apostolique, allait y briller de nouveau du plus vif éclat.

Dès la veille du conclave on avait, suivant l'usage, déposé dans la sacristie de la chapelle Sixtine les habits pontificaux en trois différentes grandeurs, afin que, quel que fût le pape élu. il pût se revêtir immédiatement des insignes de sa suprême dignité.

Léon XIII alla donc prendre les habits pontificaux, passa à son doigt l'anneau du pêcheur, et, s'étant assis à l'autel sur la sedia gestatoria, il reçut l'hommage des cardinaux qui, une heure auparavant ses égaux, venaient maintenant se prosterner humblement à ses pieds pour recevoir sa bénédiction et vénérer en lui le vicaire de Jésus-Christ. Spectacle touchant et sublime, où apparaît d'une façon sensible l'esprit surnaturel qui dirige l'Église et fait tevivre Pierre dans tous ses successeurs !

Mais l'heureux événement ne devait pas plus longtemps demeu-

rer enfermé au seîn du cénacle qui en avait été le témoin et l'auteur. Le privilège d'annoncer au monde l'élection du pape appartient au premier cardinal-diacre. Malgré son grand âge et ses infirmités, le cardinal Caterîni ne voulut laisser à personne cet honneur et cette joie. Il se rendit donc à la loggia ou galerfe ouverte qui du haut du portique de Saint- Pierre donne sur la place du Vatican, et de là il répandit sur la ville et le monde la grande nouvelle, au moyen de la formule usitée : « Annuntio vobis gaudium magnum. Habemus Papam Eminentissimum et Reverendissimum Dominum Joachim Pecci qui sibi nomen imposuit Leonis XIII. Je vous annonce une grande joie. Nous avons pour pape l'Éminentissime et Révérendissime Seigneur Joachim Pecci, qui a pris le nom de Léon XI IL » En même temps, toujours suivant le rite prescrit, on lâchait du haut de la loggia une feuille de papier portant ces mêmes paroles. La feuille s'abattit en tournoyant vers la place pendant que des centaines de mains s'élevaient pour la saisir *.

Au même moment, les cloches énormes de Saint- Pierre s'ébranlaient, et remplissant l'air de leurs grandioses volées, allaient éveiller dans tous les cœurs un grand désir de connaître le nouveau Pontife. En un instant, Rome fut en mouvement. De tous les points de la ville s'établissaient de larges courants de voitures et de piétons, qui tous confluaient vers la place de Saint-Pierre. L'allégresse était sur toutes les figures : on se répétait les noms de Pecci et de Léon XIII, et il semblait qu'un commun sentiment de joie se fut emparé non seulement des fidèles, mais encore des indifférents et de ceux même qui nourrissaient des sentiments hostiles à l'Église.

Bientôt Timmense place de Saint-Pierre fut couverte d'une foule innombrable, avide de recevoir la première bénédiction du Saint- Père. Comme on le sait, c'est de la loggia de Saint- Pierre que les papes avaient coutume de donner Ja bénédiction urbi et orbi, avant la prise de Rome par les Piémontais. Qu'allait faire le nouveau Pape

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