‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 102 sur 152 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Paris, pour servir d'habitation au nonce apostolique. A cette riche donation, elle en a joint une autre, plus splendide : la cession gratuite de plusieurs immenses propriétés foncières d'une valeur de plus de deux millions.

On raconte un touchant épisode de la réception faite par le Saint-Père à madame de Montalembert, qui se trouvait dans la Ville 'éternelle quelques jours après Tavénement de Léon XIII.

Le Pape, instruit de la présence à Rome de la digne veuve de l'illustre orateur, lui fit dire qu'il désirait la voir. Madame de Montalembert se rendit aussitôt au Vatican, accompagnée de l'une de ses filles, mademoiselle Thérèse. Après avoir remercié madame de Montalembert des éminents services rendus à l'Église par son mari et par son frère Mgr de Mérode, le Saint-Père, regardant mademoiselle Thérèse, demanda à madame de Montalembert :

« Quelle est cette jeune fille?

— C'est. ma fille, p répondit madame de Montalembert.

Alors Léon XIII se leva, et, étendant la main droite sur la tète de la jeune fille, prononça avec émotion ces mots : <c Je vous donne ma bénédiction , Thérèse , pour vous et pour votre glorieux père. »

Le cérémonial des audiences est identiquement le même que sous le pontificat de Pie IX, et les émotions que ressent l'âme la plus froide à la vue du Père commun des fidèles ne sont ni moins vives ni moins profondes.

Assises ou debout dans une vaste salle, les personnes admises à l'audience attendent non sans curiosité le mo-

ment solennel. Le maître de la chambre les introduit dans la pièce qui précède immédiatement le cabinet du Pape. C'est la chambre du conseil des ministres.

Tout à coup, dit un correspondant du Monde qui a eu le bonheur d'être reçu par le pape Léon XIII, la porte s'ouvre, le maître de la chambre vous annonce, en prononçant votre nom ; vous êtes sur le seuil du cabinet particulier du Saint-Père. Par trots fois vous vous prosternez, suivant le cérémonial usité, et à genoux aux pieds de ce vieillard, de ce père tant aimé, vous cherchez à baiser sur son pied la croix, emblème d'humilité et de souffrances. Mais déjà il vous tend les bras, il vous donne sa main avec un ineffable sourire; il vous parle, il vous interroge, il vous adresse quelques-unes de ces paroles qui pénètrent le cœur de ceux à qui il est donné de les entendre. Vous-même, avec un délicieux abandon, vous lui confiez vos besoins; il semble que vous trouviez toute hardiesse à lui parler et que vous éprouviez ce que Dante exprimait dans le paradis à son aïeul Cacciaguida : « Père, vous m'élevez tant que je me suis plus que moimême; mon âme se remplit d'une allégresse qui y coule de tant de côtés qu'elle se réjouit en elle-même de la pouvoir contenir sans se briser. » Enfin, pour comble de faveurs, le Sainl^Père abaisse la main sur votre front afin d'y attirer les bénédictions célestes pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers, pour les œuvres de votre vie, pour tout ce que vous aimez et souhaitez en ce monde.

Léon XIU, écrit de son côté un rédacteur du Français, laisse à ceux qui l'approchent d'ineffaçables souvenirs. Sa tpjlle éjevée, gon front majestueux, son cejl plein d'intelli-»

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