CHAPITRE XVIII
gence et de finesse, la noblesse de sa personne, tout cela s'ef-face devant Faccent d'incomparable bonté, de douceur, de mansuétude avec lequel il accueille les plus humbles de ses enfants. La bonté de Pie IX était connue du monde entier, En voyant Léon XIII, j'ai cru revoir Pie IX : même langage, même tendresse paternelle, .même accent et même cœur. Une seule chose diffère essentiellement : c'est le visage. Pie EX avait une sérénité, une apparence de force et de santé qui ne se retrouve point sur la figure amaigrie de Léon Xni. Il n'est point étonnant d'ailleurs que, fatigué par ses audiences continues, toujours debout, le nouveau pontife ait les traits un peu altérés. Mais qu'importent le travail et le$ souffrances physiques à Celui qui se dévoue tout entier à la cause de l'Église et qui ne veut pas, à cause de ses occupations, priver ses enfants du bonheur de voir leur Père et de lui offrir leur amour?
Le Saint-Père ne répond pas ordinairement d'une manière ofiicielle aux adresses qu'on lui remet. Il évite avec prudence de prononcer des discours dont la publicité ne manquerait pas de s'emparer, et qui pourraient être déna* turés ou mal interprétés. Il est cependant des circonstances solennelles où Léon XIII se départ de cette règle.
Ainsi, le lendemain de son élection, il a répondu au cardinal di Pietro qui venait de le haranguer au nom du sacré Collège :
« Les nobles et affectueuses paroles que Votre Éminence Révérendissime vient de Nous adresser, au nom du sacré Collège, touchent vivement Notre cœur
déjà immensément ému par Notre élévation imprévue au souverain pontificat, élévation qui a eu lieu contre Notre mérite.
<K Le fardeau des souveraines clefs, déjà par lui -même formidable, est encore rendu plus lourd par Notre insuffisance qui en est accablée.
a La cérémonie même qui vient de s'accomplir Nous a fait davantage comprendre la majesté et la hauteur du siège auquel Nous sommes élevé, et a développé encore dans Notre esprit le respect de ce trône le plus auguste de la terre,
« Et, monseigneur le cardinal, puisque vous avez nommé David, ces paroles du saint roi se présentent spontanément sur Nos lèvres : Quis ego sum. Domine Deus, quia adduxisti me hueusque?
a Toutefois, au milieu de tant de justes raisons de découragement. Nous Nous consolons en voyant tous les catholiques se serrer unanimes autour du siège apostolique et lui donner un témoignage public d'obéissance et d'amour.
« Nous sommes consolé par la concorde et rafféction de tous les membres à Nous très-chers du sacré Collège, et par la certitude de leur puissante coopération dans l'accomplissement du ministère difficile auquel ils Nous ont appelé par leurs votes.
« Nous sommes surtout encouragé par la confiance en Dieu qui a voulu Nous élever à une si grande hauteur. Nous ne cesserons jamais d'implorer son assistance de tout Notre cœur et avec le désir qu'elle soit implorée de tous, car Nous n'avons pas oublié les paroles de l'Apôtre : Omnis sufficientia nostra a Deo est.