CHAPITRE XXIII
adresser, monsieur le cardinal, à tous qui tenez Notre place dans le gouvernement spirituel de Rome, la présente lettre sur ce sujet douloureux, pour protester hau^ tement en présence de Dieu et des hommes.
Et tout d*abord, en vertu de Notre ministère pastoral, Nous devons rappeler àTesprit de tout catholique le trèsgrave devoir qui, par la loi naturelle et divine, incombe à chacun d'instruire sa progéniture sur les vérités surnaturelles de la foi, comme aussi Tobligation qui, dans une cité catholique, s'impose à ceux qui en régissent les destinées, de faciliter et de procurer Taccomplissement de ce devoir. Et tandis qu'au nom de la religion, Nous élevons Notre voix pour la sauvegarde de ses droits les plus sacrés. Nous voulons aussi que Ton observe combien une délibération aussi imprévoyante est contraire au vrai bien de la société elle-même.
Assurément, on ne saurait imaginer quel prétexte a pu conseiller une telle mesure, si ce n'est une déraisonnable et pernicieuse indifférence en matière de religion, dans laquelle on voudrait laisser croître les peuples. Jusqu'à ce jour, la raison et le simple bon sens naturel ont enseigné aux hommes à mettre de côté et à supprimer ce qui n'a pas réussi en pratique, ou ce qui, par suite d'un changement de conditions, serait devenu inutile. Mais l'enseignement religieux qui a renouvelé le monde et l'a sanctifié, qui a empreint de douceur les relations sociales des hommes, qui a rendu plus délicat le sens moral, et élevé la conscience chrétienne, laquelle réprime moralement les excès, réprouve les injustices et élève Im peuples fidèles . au-dessus de tous les autres, cet enseignement n'a-t-il pas ûdt ses preuves? Dira-
t-on, peut-être, que les conditions sociales de notre époque Tônt rendu inutile et nuisible ? Mais le salut et la pros* périté des hommes n*ont pas de défense assurée en dehors de la vérité et de la justice dont la société présente ressent si vivement le besoin, et auxquelles le catéchisme catholique conserve pleinement intacts leurs droits sacrés. Aussi, par amour pour les fruits précieux que Ton a déjà recueillis et que Ton espère encore justement de cet enseignement, on devrait non-seulement ne pas le bannir des écoles publiques, mais l'y favoriser autant que possible.
Et cela, la nature de Tenfant Texige aussi, de même que la condition toute spéciale du temps où nous vivons. On ne peut à aucun prix renouveler sur Fenfant le jugement de Salomon et le partager en deux par une scission déraisonnable et cruelle entre son intelligence et sa volonté; pendant qu'on cultive celle-là, il faut préparer celle-ci à se former des habitudes vertueuses et à obtenir la fin dernière. Celui qui, dans l'éducation, néglige la volonté, en concentrant tous ses efforts sur la culture de l'esprit, arrive à faire de l'instruction une arme dangereuse entre les mains des méchants. Ce sont alors les arguments de l'esprit qui s'ajoutent au mauvais vouloir et souvent à la puissance de mal faire, et contre cela il n'y a aucun remède.
La chose est si manifeste qu'ils l'ont reconnue, quoique au prix de contradictions, ceux-là mêmes qui veulent bannir de l'école l'enseignement religieux. Ils ne limitent pas, en effet, leurs efforts à la seule intelligence, mais il les étendent jusqu'à la volonté, en faisant enseigner dans les écoles une morale qu'ils appellent civile et natu-