CHAPITRE XXIV
Léon XIII et les gouvernements.
L*Églîse a toujours eu à lutter, tantôt contre les empiétements des princes, tantôt contre la licence des mœurs, contre le schisme, contre Thérésie; mais ces luttes étaient partielles : un seul souverain avait déclaré la guerre ; on n'avait attaqué qu'un dogme, qu'un droit ; mie nation, une portion du monde catholique en était troublée. Aujourd'hui c'est dans le monde entier que les peuples se soulèvent, et que les princes se réunissent contre Dieu et le Christ.
Partout on dépouille l'Église, afin qu'elle ne puisse pius nourrir ses ministres, ni subvenir aux frais du culte; on supprime les bénéfices; on discrédite la religion par les lois, par les caloomies, par les moqueries; on disperse les congrégations religieuses ; on supprime les séminaires et l'on soumet les élèves à la loi militaire; on empêche les rapports spirituels du Saint-Siège avec les évéques par les amendes, l'exil, la prison ; on ferme la bouche aux pasteurs pour qu'ils ne démasquent pas devant le peuple les indignes machinations de leurs ennemis, et que la foi, n'étant ni avivée ni soutenue, s'éteigne peu à peu; on avilit le mariage ; on arrache à
TËglise réducation de la jeunesse et de Tadolescence même, afin d'augmenter le nombre des incrédules ou bien afin de se créer des disciples, et de crainte que l'homme imbu des saintes doctrines ne revienne un jour se jeter dans les bras de l'Église, s'il a pu s'en séparer.
Souvent encore le pouvoir laïque usurpe les droits de l'Église il soumet à sonjugement les lettres apostoliques, les ordonnances et les reslcrits pontificaux ; il chasse les évèques de leurs sièges ; non-seulement il fait espionner les orateurs sacrés afin d'incriminer leurs paroles, mais il surveille l'administration même des sacrements; il confère aux laïques la gérance et la dispensation des biens ecclésiastiques ; enfin, pour consommer son usurpation, il accorde au peuple la faculté d'élire ses évèques et ses curés. Et tout cela tend évidemment à détruire le règne de Jésus-Christ.
* Quel a été jusqu'à présent le succès de cette entreprise contre l'Église en Italie, en Allemagne, en Russie ? Quel avantage en ont retiré les gouvernements ?
L'Église trouve dans la persécution une force nouvelle ; si elle perd du terrain dans un pays, elle étend son empire en d'autres contrées et retrouve amplement ce qu'elle avait perdu. Mais l'État, qui est obligé d'agir dans la limite de ses frontières, n'a point le pouvoir d'employer ce système de compensation. Lorsque la discorde s'établit entre les sentiments du citoyen et ceux du croyant, l'État s'affaiblit, l'activité nationale est pa^ ralysée, et, si la discorde se prolonge, elle a pour résul'^ tat inévitable la décadence du peuple qui ne sait pas s'en délivrer.