CHAPITRE XXIV
Les crises ministérielles si fréquentes en ItaUe ne sont qu'un symptôme du trouble profond qui existe dans la société, et si l'on n* y prend garde, si les craintes qu'éveillent les complications de l'avenir ne sont pas apaisées, si les principes religieux continuent à s'affaiblir, il est évident qu'une décomposition aura lieu.
Sous la forme du socialisme, la révolution athée fait en Allemagne des progrès alarmants. Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler qu'en 1860 lé socialisme n'exis* tait pour ainsi dire pas chez cette nation. En 1871, 120,000 socialistes envoyaient deux députés au Parlement. En 1874, leur nombre montait à 340,000, et celui de leurs députés à 9. En 1877, la proportion s'était encore élevée; on comptait 497,000 électeurs socialistes (environ le dixième des votants), et ils avaient 12 députés. Le socialisme possède plus de quarante journaux dans l'empire; il inonde les boutiques et les chaumières de ses almanachs et de ses pamphlets ; son roulement annuel de fonds secrets est évalué à plus de quatre millions de francs. Le prince de Bismarck luimême, l'ennemi du catholicisme, non-seulement s'étonne, mais s'effraye des progrès du socialisme.
La Russie est couverte de sectes révolutionnaires et impies qui minent chez çUe les bases mêmes de la société chrétienne. Tandis que le czar proclame qu'il veut en Turquie affranchir les chrétiens, la propagande nihiliste prend des développements qui commencent enfin à l'effrayer.
Et la Suisse, autrefois la terre classique de la liberté^ qu'a-t-elle ^agné aux persécutions exercées contre le catholicisme?
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En France, la Révolution s'organise, et le radicalisme a de nombreux partisans qui toujours tiennent suspendue, au-dessus de nos tètes la menace de la Commune *.
C'est ainsi que dans les différents pays où il est en butte avec TÉglise, le gouvernement s'est fait le complice de son pire ennemi, et travaille à sa propre ruine en favorisant ceux qui se sont ligués pour détruire la religion du Christ. Le danger social de cette alliance vient enfin d'être reconnu par les hommes d'État les plus éclairés et par les écrivains politiques qui ne sont pas aveuglés par un fanatisme irréligieux. Les attentats successifs dont a été victime l'empereur d'Allemagne ont ouvert les yeux aux souverains eux-mêmes. C'est ce qui explique leur tendance à se rapprocher du nouveau pontife, et la faveur avec laquelle ils ont accueilli ses ouvertures pacifiques.
Voici les lettres que Sa Sainteté a écrites aux chefs de gouvernement pour leur notifier son élection, et les réponses qu'ils y ont faites.
Lettre de S, S. le Pape à S. M. l'Empereur de Russie.
Pape Léon XIII, Au Très-Sérénissime et Très-Puissant Empereur et Roi, salut.
Par les voies impénétrables du Seigneur et sans aucun
1 Voir dans notre Histoire de la Commune (Dentn, éditeur) le chapitre qui a pour titre : Du retour de la Commune.