‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 142 sur 152 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

La parole du Pape.

L'encyclique de Léon XIII complète les déclarations à la fois si fortes et si t^npérées contenues dans l'admirable allocution consistoriale, et donne un éclat nouveau à la thèse magnifique de l'identification de l'Église avec la civilisation, que l'archevêque de Pérouse avait déjà su développer avec une si haute doctrine.

Cet important document se divise en trois parties dis* tinctes.

Lapremièrepartie est un exposé historique de la situation actuelle et des bienfaits dont les nations sont redevables à la papauté. Le nouveau pontife a vu les maux dont soufire la société, et il ne connaît pour elle qu'un remède, la restaurationparmi les peuples de Fautorité de l'Église.

La deuxième partie renferme une affirmation juridique desdroitsde l'Église etduSaintSîége. Le Pape ne les revendique que pour pouvoir exercer librement son ministère spirituel.

Dans sa troisième partie, TEncy clique convie les princes de la terre à une politique de justice et de réconciliation à l'égard de l'Église. Mais tout &ûl exprimant l'espoir que cet appel sera entendu et qu'on apaisement puisse se faire, Léon XIII démontre clairement que la société a

besoin d*être renouvelée par la base, et que c'est surtout d'une régénération intérieure qu'elle doit attendre son salut.

A ses vénérables frères, les patriarches, primats, archevêqueset évêques de tout le monde catholique qui ont la grâce et la communion avec le Saint-Siège apostolique.

Vénérables Frères, salut et bénédiction apostolique.

Élevé au faîte delà puîsfance apostolique par la volonté inpénétrable de Dieu, bien que Nous ne l'eussions nullement mérité, Nous Nous sommes aussitôt senti poussé par un désir impétueux et comme par une sorte de besoin à Nous adresser à vous par écrit, non-seulement pour vous exprimer Notre profond amour, mais aussi pour remplir les fonctions qui Nous ont été confiées par Dieu en vous éihortant, vous qui êtes appelés à partager Nos soucis, à soutenir de concert avec Nous la lutte pour l'Église de Dieu et pour le salut des âmes, lutt« qui vous est imposée par l'état actuel des choses.

En effet, dès le commencement de Notre pontificat, Nous assistons au triste spectacle des maux qui assaillent de tous côtés l'humanité, à savoir : l'immense écroulement des augustes vérités qui forment, en quelque sorte, la base de la société humaine; la témérité des esprits qui ne veut endurer aucun pouvoir légitime; la continuelle, cause de désaccord qui donne lieu à des luttes intestines et à des guerres sauvages et sanglantes; le mépris des. lois qui règlent les mœurs et protègent la justice; l'inex-*.

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plicable amour des choses passagères ; l'oubli des choses éternelles et la fureur insensée dans laquelle tous les malheureux ne craignent pas de porter sur eux-mêmes une main violente; Tadministration irréfléchie, la dilapidation et le détournement de la fortune publique ; l'impudence de ceux qui, alors qu'ils trompent de la pire façon, s'efforcent de se faire passer pour les champions de la patrie, de la liberté et de tous les droits; enfin cette maladie mortelle qui , pénétrant jusqu'à Ja moelle de la société humaine, ne laisse aux peuples aucun repos et les menace de bouleversements révolutionnaires, pleins de funestes conséquences.

Tous ces maux proviennent, selon Nous, du mépris et du dédain que Ton montre pour la sainte et auguste autorité de l'Église, qui régit l'humanité au nom de Dieu et qui abrite et protège toute autorité légitime. Comme les ennemis de l'ordre public savent bien qu'il en est ainsi, ils n'ont rien trouvé de plus convenable, pour ébranler les bases de la société, que de diriger leurs attaques acharnées contre l'Ëglise de Dieu, en attirant sur elle l'envie et la liaine par d'odieuses calomnies, en faisant croire qu'elle est contraire à la vraie humanité, et que d'affaiblir journellement son prestige et sa puissance par de nouvelles blessures, et de renverser le pouvoir souverain du I^ontife romain, qui est cependant le gardien et le défenseur des idées de justice, éternelles et immuables.

C'est de là que proviennent les lois édictées malheureusement dans la plupart des pays pour détruire la divine constitution de l'Église catholique ; c'est de là que proviennent le mépris du pouvoir desévêques, les obstacles opposés à l'exercice des fonctions ecclésiastiques, la dis-

persion des ordres religieux, et la confiscation des biens qui nourrissaient les serviteurs de l'Église et les pauvres; c'est de là que proviennent les mesures enlevant à la direction salutaire de l'Église les établissements publics consacrés à la charité chrétienne et à la bienfaisance, et cette liberté funeste et effrénée de renseignement par la parole et par la presse , tandis que Ton viole et supprime de toutes les façons le droit que TÉglise a d'instruire et d'élever la jeunesse. Et c'est précisément là le but de l'occupation du domaine temporel que la divine Providence a donné, il y a plusieurs siècles, à l'évêque romain, afin qu'il exerce librement et sans obstacle le pouvoir que Jésus- Christ lui a conféré pour le salut étemel des peuples.

Nous vous avons rappelé, Vénérables Frères, ce triste fardeau de soucis, non pas pour augmenter votre tristesse, qui s'impose d'elle-même à vous en présence de ce déplorable état de choses , mais parce que Nou s pensons que cela vous montrera d'une manière tout à fait claire com' bien est difficile la situation qui exige actuellement vos services et votre zèle, et combien d'efforts nous sommes forcés de faire pour protéger et défendre, en ces malheureux temps, la dignité de l'Église du Christ et du Saint- Siège apostolique, attaquée par tant de calomnies.

Il est notoire et évident. Vénérables Frères, que la société humaine n'a plus de bases solides, lorsque les Aernelles vérités et les lois immuables de la justice et de l'équité ne la soutiennent pas, et qu'un amour sincère n'unit pas entre eux les efforts des hommes et ne met pas en harmonie toutes leurs actions. Ainsi, peut-on nier qu'il existe une Église qui , en répandant la prédication de l'Évangile parmi les païens, a porté la lumière au milieu

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