CHAPITRE V
Mgr Pecci est nommé archevêque-évêque de Pérouse. — Sa modération et sa fermeté à l'ég^ard des autorités italiennes ; sa lettre pastorale sur le pouvoir temporel.
Après avoir pris connaissance de la lettre du roi Léopold, Grégoire XVI dit à Mgr Pecci :
a Le roi des Belges exalte votre caractère, vos vertus, vos services , et il demande pour vous une chose que j'accorderai de grand cœur : la pourpre. Mais une députation de Pérouse est venue me supplier de vous confier le gouvernement de ce diocèse. Acceptez donc le sîége de Pérouse, vous y aurez bientôt le chapeau cardinalice. »
Mgr Pecci fut préconisé archevêque-évêque de Pérouse dans le consistoire du 19 janvier 1846. Il fit son entrée solennelle dans sa ville épiscopale le 26 juillet suivant, fête de sainte Anne ; il avait choisi ce jour en souvenir de la comtesse Anna ProspeH Pecci, sa mère bien-aimée; il a constamment occupé ce siège jusqu'au jour de son élévation au suprême pontificat.
Purent les trente-deux années que dyra son épiscopat,
Tarchevêque de Pérouse eut à traverser bien des mau- Tais jours.
Il vit s'accomplir trois révolutions : celle de 1848i849y qui dura presque un an; celle de 1859, qui fat passagère et qui se termina par la prise de Pérouse par ies troupes pontificales, que la démagogie a poursuivies depuis de ses calomnies haineuses ; et celle qui eut lieu dans l'automne de 1860, par Tinvasion des troupes piémontaises. Dans toutes il eut beaucoup à souffrir, mais toujours il se montra égal à lui-même, ferme, charitable, attentif, prudent, et il sut inspirer aux ennemis mêmes du sacerdoce et de la pourpre le respect de sa personne et de sa dignité.
Il eut à traiter avec des syndics, des préfets, des dé« légués, qui n'étaient pas toujours choisis avec soin; l'Italie, pour arriver à l'unité, a eu toute sorte de besogne à faire, et toute sorte de collaborateurs à employer.
Mgr Pecci a observé une attitude calme et sereine, supérieure aux factions ; il ne s'est pas départi uo instant de cette simplicité et de cette affabilité, de cette sagesse et de cette modération qui lui avaient fait déjà tant d>mis et qui forcent les adversaires à l'estime et à la retenue.
Pendant dix-huit ans, il a vécu sinon en bonne intelligence, du moins sans conflit avec les autorités italiennes, à ce point que ses ennemis l'accusaient de faiblesse. Il suivait en cela la ligne de conduite de ses collègues dans Tépiscopat : du patriarche de Venise, des archevêques de Turin, de Vérone, et surtout de l'archevêque de Naples Riario Sforza, qui, après avoir été emprisonné et exilé pour la cause du pape, avait subi, en vue des intérêts de