‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 18 sur 152 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pecci dans sa lettre pastorale pour le carême de 1860. Le ton de ce document est calme, mais Targumentation. est lumineuse, écrasante de vérité. On peut s'en convaincre en le lisant :

Lettre pastorale de Mgr l'archevêque-évêque de Pérouse POUR l'année 1860.

Parmi les maximes perverses contraires à Tordre et à Torganisation de TËglise, que Ton propage maintenant avec le plus de perfidie, il faut absolument mettre en première ligne celles dont on se sert pour entraîner le peuple dans la guerre furieuse déclarée au pouvoir temporel du Saint-Siège. En vérité, elles ne sont dans le fond que les principes mêmes déjà condamnés par TÉglise, soit chez les apostoliques du troisième siècle, soit dans Marsile de Padoue, soit dans Gianduno, soit dans Wicleff, Huss, Arnaud, de Brescia et autres hérétiques. D'après ces maximes, il faudrait accuser d'erreur les saints pontifes et les conciles œcuméniques qui , depuis tant de siècles, ont maintenu et défendu ce pouvoir, sous la menace des peines les plus terribles que puisse infliger l'Église.

Pour m'acquitter devant Dieu du devoir étroit qui s'impose à un évêque de préserver du danger les âmes confiées à ses soins et n'avoir pas un jour sur ma conscience ce terrible reproche : Malheur à moi parce que je me suis tu ! je m'adresse à vous, N. T. G. F., avec toute l'eflusion de mon cœur et tout le zèle de mon âme : au milieu d'une si grande confusion d'idées, dans des

conjonctures si redoutables, veuillez écouter avec votre docilité ordinaire la voix de votre pasteur; il. s'inspire uniquement de cette charité qui Toblige à préférer le salut des âmes à tout intérêt humain.

Cette docilité est d'autant plus nécessaire que d'une part on cherche à faire croire que ce pouvoir n'a aucun rapport avec les intérêts de la religion, et que de l'autre il y a un grand nombre de personnes qui, soit par simplicité d'esprit, soit par défaut de lumières, soit par faiblesse de caractère, ne soupçonnent même pas le but pernicieux qui se cache à leurs yeux sous le voile du mensonge et de l'hypocrisie la plus habile. On dit qu'il ne s'agit pas de religion ; on veut que celle-ci soit respectée; le gouvernement des' âmes suffit au Pape, et 'pour les diriger la puissance temporelle ne lui est pas nécessaire ; elle emprisonne l'esprit dans des préoccupations terrestres, elle nuit à l'Église, contredit l'Évangile : vous avez là un échantillon des absurdités que l'on propage et dans lesquelles on ne sait ce qui domine le plus, de l'injure ou de la dissimulation.

Ne nous arrêtons pas à apprécier le nouveau titre que l'on fait valoir pour dépouiller quiconque possède de tout ce qui ne lui est pas strictemrat nécessaire pour vivre, et quelle ironie ce serait de lui dire qu'on lui prend tout le reste pour le débarrasser des sollicitudes qu'entratne après elle toute propriété : ne discutons pas les droits augustes qui, depuis onze siècles, ont consacré la plus ancienne et la plus auguste des monarchies, et dont le mépris aboutit à la destruction de tous les royaumes de l'Europe ; ne rappelons pas le vol public de ces biens dont la piété des rois et des peuples a voulu enrichir

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