‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 20 sur 152 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

en fait et d'une manière concrète sur la terre, principe que reçoit de Jésus-Christ le Pontife romain, en sa qualité de chef suprême, pour maintenir dans leur unité et dans leur intégrité TËglise et la religion? En outre, tous parattil convenable que l'interprète vivant de la loi et de la volonté divine soit soumis à cette même autorité civile qui tire précisément de la loi et de la volonté divine toute sa force et sa stabilité, et qui, là où elle n'apparatt point revêtue de ce caractère sacré, ne saurait plus être considérée que comme la force et la volonté de l'homme ? U y a plus encore. L'Église universelle n'est-elle pas le royaume de Jésus-Christ? Et vous voulez que le chef de l'Église universelle ou du royaume de Jésus<Christ soit avec raison assujetti à une puissance terrestre I Une telle incohérence d'idées peut bien se concevoir parmi les peuples qui ont perdu la juste notion de la société chrétienne, mais non pas parmi les vrais catholiques. Pour nous, raisonnons ainsi :

Il est par trop absurde que celui qui a le soin deJa fin dernière soit soumis à ceux qui ordonnent les fins intermédiaires ou antécédentes, lesquelles servent seulement de moyen pour atteindre la fin dernière. Ce serait le désordre que l'architecte, dans la construction d'un édifice, fût sous la dépendance des artistes chargés des travaux spéciaux de chaque partie ; un général en chef sous la dépendance des colonels ou des officiers qui dirigent ses divers corps de troupes; le souverain d'un royaume sous la dépendance de ceux qui président aux diverses branches du gouvernement et de l'administration. Il faut, en effet, que l'ordre des choses et les rapports de ceux qui les gouvernent correspondent toujours à l'ordre qu'ont

entre elles les diverses fins. Et comme ce serait bouleyerser les idées les plus élémentaires que de prétendre subordonner la £n aux moyens, ce n'est pas un moindre désordre que de soumettre celui qui préside à mie fin à ceux qui ne sont chargés que de pourvoir aux moyens. Or, n'oublions pas, très-chers fils, cette vérité que la foi, la raison, notre propre expérience nous attestent, à savoir que la félicité de cette vie pour laquelle sont établis les rois de la terre chargés de procurer la tran^quillité, la paix et Tordre moral, n*a simplement que le caractère de moyen pour acquérir Téternelle béatitude^ Celle-ci seule est la fin dernière tant de Tinvividu que de la société , et celui qui seul préside à cette fin est le souverain prêtre qui a reçu de Jésus-Christ la mission de conduire les multitudes à la félicité immortelle.

Vous voyez donc quel renversement d'idées suppose la volonté de soumettre à une puissance terrestre le souverain prêtre de FÉglise catholique, le pontife romain. La- vérité peut être vaincue dans les intelligences par les sophismes et les préjugés du siècle, mais elle est une et immuable ; on peut l'opprimer et Tétouffer, mais tôt ou tard elle reparaît au jour et triomphe.

La primauté spirituelle sur toute l'Église renferme donc dans son concept même la répugnance à toute sujétion temporelle.

Il est bien vrai que, dans les premiers siècles, les papes n'eurent pas l'indépendance du principat temporel, mais seulement celle du martyre ; et ce fut un sage dessein de la Providence, qui voulait montrer au monde que l'établissement et la propagation de son Église étaient entièrement l'œuvre de sa main et n'avaient l'appui d'aucune

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puissance humaine. Aussi les pontifes romains forent soamis défait, à cette époque, aux princes laïques ; mais on ne peut d'ailleurs concevoir un instant où cet état de sujétion fut de droit.

Le, pouYoir suprême du pontificat portait en lui dès son origine le germe du pouvoir temporel, et, à mesure que le premier se dé?eloppait de lui-même, le second se développait aussi peu à peu dans l'espace et dans le temps, suivant les conditions extérieures qui raccompagnèrent.

Telle est la loi ordinaire qui préside au gouvernement divers des choses d'ici-bas ; d'abord imperceptibles et renfermées dans un germe ou semence qui croît peu à peu^ selon la matière dans laquelle il peut se fortifier et agir, elles grandissent jusqu'à ce qu'elles soient arrivées à leur propre et entier développement.

C'est ainsi que l'homme a naturellement l'usage et le libre exercice de la raison, qui est d'abord si imparfaite chez l'enfant ; c'est ainsi encore que les plantes sont naturellement riches en fruits qu'elles ne produisent pas dans les premières années. Enfin, c'est ainsi que par la multiplication naturelle des familles qui ont formé des Tillages et des bourgs, a germé d'elle-même et pris naissance la société civile, qui était pour ainsi dire ramassée dans la famille comme dans son élément primitif. De la même façon, en vertu de la nature et des propres attributs de la primauté spirituelle, le pouvoir temporel des papes s'est développé spontanément dans les temps et les circonstances marqués par Dieu. C'est pour cela que nous voyons dans l'histoire les dons magnifiques^ les vastes possessions et les actes de juridiction

civile, qu'y exerçaient les pontifes, remonter à une si haute antiquité qu'ils touchent aux premiers siècles. Il semble qu'on ne peut expliquer autrement le phénomène vraiment extraordinaire d'une puissance qui est venue dans leurs mains presque à leur insu et, en quelque sorte, malgré eux, comme le dit et le démontre le célèbre de Maistre. Par conséquent, ceux qui veulent dépouiller le Pontife du principat civil veulent que l'Église retourne à son enfance, aux premières conditions de son existence, et encore avec cette différence énorme qu'ils prétendent faire la condition propre, ordinaire et naturelle du christianisme de ce qui ne fut que l'état primitif et initial de cette grandeur à laquelle la prédestinait l'éternelle Providence, qul^ des catacombes et des prisons, par les voies sanglantes du martyre, porta ses pontifes jusque sur le trône des Césars persécuteurs.

Mais du concept de la primauté spirituelle passons à son libre exercice.

Comment le chef de l'Église pourrait-il être libre dans l'exercice de sa primauté spirituelle, s'il ne puisait dans la souveraineté temporelle l'indépendance de toute influence étrangère? Il a pour mission de conserver intact le dépôt de la foi, de maintenir pures et incorruptibles les vérités révélées dans l'esprit des fidèles qui sont les membres de cette grande société catholique, répandue chez tous les peuples et toutes les nations de l'univers.

Il en résulte qu'il doit pouvoir communiquer librement avec les évoques, avec les princes et avec les sujets, afin que sa parole, organe de la volonté di«

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