‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 21 sur 152 · CHAPITRE V. 4t · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 4t

Tine, puisse sans obstacle prêter partout assistance et être annoncée suivant les formes canoniqueSt

Or, supposez que le Saint-Père soit le sujet d'un gou-yernement et qu'il soit pendant un certain temps privé de la liberté d'exercer son ministère apostolique, si alors une de ses décisions vient à sonner désagréablement à l'oreille de son souverain, paraît contraire à ses vues ou à ce qu'on appelle les raisons d'État, aussitôt viendront les menaces, les lois persécutrices, les emprisonnements, les exils, pour étouffer dans sa source la voix de la vérité. 11 n'est pas besoin de rappeler à votre souvenir un Libère exilé par l'empereur Constance pour avoir refusé de souscrire à l'injuste condamnation d'Athanase ; un Jean I^ jeté en prison par Théodose à cause de son opposition à l'hérésie d'Arius; un Silvère exilé par ordre de Théodore-Auguste parce qu'il ne voulait pas admettre à la communion l'hérétique Antime ; un Mar^ tin l** arraché de la basilique du Sauveur et envoyé mourir parmi les barbares, dans le Pont, par l'empereur monothélite Constant, et, en un mot, presque tous les pontifes des premiers siècles qui ne purent accomplir leur ministère qu'en souffrant avec courage le martyre.

Il suffirait de rappeler des souvenirs plus récents : la captivité d'un Pie VI et d'un Pie VII, pour reconnaître les désastres et les complications que cause à l'Église de Jésus-Christ la sujétion des pontifes romains à une puissance séculière. Il ne serait pas même nécessaire de recourir à l'emprisonnement et à l'exil pour lier les mains à des pontifes devenus les sujets d'un gouverne-, ment. Qui ne sait combien il est facile au pouvoir civil,

même par des moyens indirects, d'interdire les voies de h publicité, d'empêcher les communications, de s'op^ poser à la propagation de la vérité et de laisser un libre cours au mensonge?

Dans une telle situation, comment traiter les innombrables affaires de toutes les églises, veillera TextensioD du royaume de Dieu, régler le culte et la discipline, pu* blier des bulles et des encycliques, convoquer des conciles, accorder ou refuser l'institution canonique aux évéques, avoir à sa disposition les congrégations et les décastères qui sont nécessaires à l'expédition de tant d'affaires, éloigner les schismes, empêcher la diffusion publique de Terreur, trancher les controverses religieuses, parler librement aux rois et aux peuples, envoyer des nonces et des ambassadeurs, conclure des concordats, prononcer des censures, diriger, en un mot, la conscience de deux cents millions de catholiques répandus dans l'univers, maintenir intacts le dogme et la morale, recevoir les appels qui arrivent de tous les points de la chrétienté, juger les causes, faire exécuter les sentences, accomplir enfin tous ses devoirs et faire respecter les droits, sacrés entre tous, de la primauté spirituelle ?

Voilà donc oii Ton arrive en privant le Pape de son pouvoir temporel : on rend impossible l'exercice de sa primauté spirituelle. On veut arracher de ses mains le sceptre royal pour paralyser l'usage des clefs. On veut, en dernier lieu, ôter au chef de la chrétienté sa domination nécessaire sur le corps mystique de l'Église, ce qui est, en réalité, ôter la vie à l'Église ellemême.

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