CHAPITRE V
Le manque de liberté dans le pontife amènerait le manque de confiance en lui de la part des peuples chré* tiens.
Il émane du Pontife des décisions qui regardent directement ce que nous ayons en nous de plus grand et de plus élevé, notre conscience, notre foi, notre éternelle féUcité.
Tout catholique sent et a le droit de vouloir que dans des affaires d'une si haute importance qu'elles dépassent tout ce que peuvent offrir la terre et la vie présente, dans les affaires qui concernent les intérêts de son âme immortelle, tout catholique, dis*je, veut que la sentencede celui qui doit le guider vers le ciel sorte d'une bouchclibre, de telle sorte que le soupçon ne puisse venir à personne qu*e]le ait été dictée par une influence étrangère ou arrachée par la violence. Il veut donc que le Pontife soit placé notoirement dans une telle situation que non-seulement 11 soit indépendant, mais encore qu'il apparaisse tel aux yeux de tous les fidèles de l'univers. Or, comment les catholiques, répandus parmi les diverses nations, pourront-ils croire libres de toute influence les décisions de leur Père et de leur Maître, s'il est le sujet d'un prince italien ou français, allemand ou espagnol? Et voilà pourquoi, contre un attentat si inique, un cri universel de réprobation s'est élevé dans toute l'immensité de l'univers catholique : c'est que le vol que l'on veut consommer du patrimoine catholique implique l'oppression et l'esclavage du Père commun des âmes. Je ne crois pas nécessaire de m'arrèter plus longtemps sur cet argument, dont les intelligences ont de tout temps reconnu la solidité et que de nombreux écrivains, suscités de Dieu
pour défendre la-cause delà papauté, ont mis en lumière avec le plus grand éclat.
Je ne dirai rien des difficultés que rencontrerait la libre élection des papes, ni des embarras que feraient naître les guerres, entre peuples catholiques, ni du cas où un pontife serait traduit devant un nouveau Pilate ou quelque nouveau Caïphe, ni des complications inextricables qu'entraînerait avec elle la perte du pouvoir temporel des papes. La guerre bruyante que font les impies au Vicaire de Jésus-Christ, pour arracher de son front sa couronne de roi, n'est-elle pas la preuve la plus manifeste de la nécessité du pouvoir temporel pour l'exercice efficace de l'autorité spirituelle? Il n'est pas besoin d'autres arguments.
D'où vient cet acharnement de l'impiété contre le pouvoir temporel ? N'est-ce pas du secours qu'il prête à la religion dont nos ennemis ont juré la perte ? Us sont même persuadés de cette vérité jusqu'à tomber dans l'erreur opposée ; car ils paraissent croire à l'afTaiblissement progressif et finalement à la ruine totale du catholicisme, si l'appui du pouvoir humain venait à manquer à son chef, et si celui-ci venait à perdre son trône. « L'abolition du pouvoir temporel, écrivait un impie, entraînerait naturellement avec elle V émancipation des esprits de l'autorité spirituelle. »
Avant lui, Frédéric II l'avait dit dans une lettre à Voltaire. Mais ce qui le prouve avec plus d'évidence encore, c'est la joie satanique avec laquelle tous les joùrnauxrationalistesouimpies, ouathées, del'Angleterre, de la France et de la Belgique, saluent l'aurore du jour qui, ils en ont l'espoir, éclairera en même temps le ren-
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