CHAPITRE VU
incommodes d'autrefois, dans le mouvement de nos chemins de fer, qui attachent en quelque sorte des ailes à nos épaules et qui semblent avoir rapetissé notre planète, tant les peuples sont rapprochés. Par l'adoucissement des mœurs publiques et Turbanité des manières, notre époque n'est-elle pas supérieure aux siècles rudes et grossiers de la barbarie, et les relations réciproques ne se sont-elles pas polies ? Sous Tinfluence du temps et de l'expérience, ce système politique ne s'est-il pas amélioré à certains points de vue ? On ne voit plus les vengeances particulières tolérées, l'épreuve du feu, le talion, etc. Les petits tyrans féodaux, les communes batailleuses, les bandes errantes et indisciplinées de soldats, n'ont-ils pas disparu ?
Il est donc incontestable que l'homme dans la société va toujours se perfectionnant au triple point de vue du bien-être matériel, des relations morales avec ses semblables et des institutions politiques. Or, les divers degrés de ce développement progressif auquel parviennent les hommes réunis en société constituent la civilisatipn. Elle est naissante et rudimentaire quand les conditions du perfectionnement de l'homme, sous ces trois aspects, se produisent dans une étroite limite ; elle est adulte quand cette manifestation est plus large ; elle serait complète si toutes ces conditions arrivaient à leur entier développement.
Voilà la notion vraie de la civilisation. Pour qu'on ne nous accuse pas de porter des coups en aveugle et de
es LE PAPE LÉON XIII.
combattre dans le vide, nous allons aborder la grande question qui, de nos jours, tient le inonde en suspens^.
c Est-il vrai que la civilisation ne peut produire ses fruits dans une société qui vit de Fesprit de Jésus-Christ , et au milieu de laquelle FËglise catholique fait entendre sa voix de mère et de souveraine ? L'homme sera-t-il condamné à ne pas tirer de la société tous les avantages qu'il est en droit d'en attendre dans Tordre physique, moral et politique, s'il n'est pas rebelle à l'Église et s'il ne la répudie pas ?» On devrait l'affirmer si l'on s'en tenait aux idées qui ont cours et aux faits qui se passent sous nos yeux. C'est ainsi qu'il faudrait parler si cette incompatibilité se trouvait réellement dans le christianisme et dans l'Église au nom de la civilisation, si l'on était persuadé qu'il faut renoncer à tout espoir d'amélioration jusqu'à ce qu'on ait fini avec l'Église.
Telle est, nos très-chers diocésains, la question que nous disons grande et capitale ; car, si elle était résolue au détriment de l'Église, il ne serait plus possible d'empêcher l'apostasie de ses enfants ; ceux-ci prendraient certainement en dédain une institution qui les forcerait à rester barbares et en dehors des voies de la civilisation.
Mais si, d'une part, la question est très-grave en soi et à cause de ses conséquences, elle est par ailleurs de celles qui tournent au triomphe de l'Église. Il n'est besoin pour cela que d'une réflexion calme et d'une étude im**