‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 36 sur 152 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

partiale des faits. Et c'est précisément à Taide d'une réflexion calme et à la lumière sereine de l'histoire que nous allons la traiter/afin que, par la malice d'autrui, aucun de vous, ô nos bien-aimés diocésains, ne soit entraîné dans Terreur ou porté à de vaines suspicions contre TÉglise.

Cependant, un tel sujet, à cause de son ampleur, ne peut être renfermé dans les limites nécessairement res^ treintes d'une lettre pastorale. Il vaudra donc mieux partager le sujet, nous contentant cette fois d'envisager la civilisation en tant qu'elle réalise les conditions de perfectionnement de l'homme en société, sous le rapport physique et matériel. Ce n'est pas sans dessein que nous commençons par traiter ce point de vue; car, outre qu'il est le premier à s'oflrir aux développements, et dès lors le premier à attirer l'attention, il est aussi le plus important, non point par sa valeur intrinsèque, mais à cause des inclinations désordonnées de notre âge, lequel est surtout préoccupé des choses qui regardent le sens et le bien-être de la vie présente.

Est-il donc vrai, nos bien-aimés diocésains, que, danS; l'Église et en suivant ses enseignements, l'homme ne puisse arriver, au point de vue du bien-être physique, à ce degré de civilisation qu'il pourrait atteindre s'il était débarrassé de tout, lien et de toute dépendance vis-à-vis d'elle? Comme il nous est facile de répondre par les paroles bien connues d'un écrivain peu suspect de partialité

pour rÉgli'se I « Chose admirable I la religion chrétienne, qui ne semble aroir d'autre objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci >. »

En effet, remarquez-le, nos très-chers diocésains, la première source de la prospérité, c*est le travail d'où découlent les richesses publiques et privées , les perfectionnements de la matière et les découvertes ingénieuses. Or le travail, qu'on le considère sous sa forme la plus humble, qui est le travail manuel , ou sous la plus noble, qui est Tétude de la nature pour en connaître les forces et les appliquer aux usages de la vie, qui Ta jamais mieux encouragé que la religion de Jésus-Christ conservée pure et inaltérable dans l'Église?

Le travail fut toujours dédaigné, et il l'est encore là où le christianisme n'étend pas encore son bienfaisant empire. Âristote le proclamait indigne d'un homme libre*; Platon le gratifiait de la même épithète'. Les ouvriers, qui furent toujours de la part de l'Église l'objet de si tendres sollicitudes, n'étaient pas regardés par les Grecs, comme des citoyens ; on les reléguait presque au rang des esclaves *, L'homme libre, en possession de tous ses droits, ne travaille pas; il fait le dédaigneux même visà-vis des beaux-arts; il doit se montrer tel dans les amphithéâtres, dans ses relations sociales, et, dans les assemblées, il se vantera de son éloquence et de son oisiveté. Les mœurs des Romains différaient peu sous ce rapport de celles des Grecs. Cicéron, ce grave philosophe,

' Montesquieu, Esprit des Lois, XXIV, m.

» Poliiic, III, m; VIII, II.

» De Rep., II.

^ Poliiic., II, I.

Page 1