CHAPITRE VII
cet orateur illustre méprisait si fort le travai, qu'il tenait les artisans comme des barbares et des gens de rien^ Térence, qui est un excellent témoin des idées qui ayaient cours à Rome de son temps, fait entendre que pour être respecté et honoré il fallait mener une vie oisive et ne pas être obligé de travailler pour vivre*. Juvénal nous apprend quelle était Foccupatlon la plus chère aux Romains libres : « Ramper ou se montrer insolents vis-à-vis des riches pour en obtenir du pain et des amusements sanguinaires'. » Tel fut, nos bien-aimés diocésains, le travail chez les deux peuples les plus civilisés de l'antiquité, et, en dehors de ces deux peuples, il n'a jamais été plus honoré et il ne l'est pas maintenant encore. Comme les anciens Germains, dont parle Tacite i avaient horreur du travail, de même nous voyons se perpétuer la même antipathie parmi les peuples privés de la lumière de l'Évangile. Dans l'Inde, un brahmine, c'est-à-dire un homme appartenant à la caste la plus élevée , se croirait souillé s'il touchait seulement un paria. Les sauvages de l'Amérique du Nord s'abstiennent du travail, qu'ils rejettent sur les femmes, traitées par eux comme des esclaves. Et, si nous devons en croire une Revue célèbre \ même au milieu de nous qui sommes pourtant arrivés à un si haut degré de civilisation, le travail n'est guère honoré qu'en paroles , et tandis qu'on s'incline devant le riche, on ne fait guère bon visage à
» QuœsL Tuse., V, 36.
^ Eun., lh$.
» Satiru, X, 81.
^ Revue de» Deux Mondes, t. LXI, p. 70.
celui dont les mains se durcissent au contact de ses in^ struments de travail.
Cet état de choses cessa lorsque, dans le vaste corps de la société, âe fît sentir le souffle de la religion chré^ tienne. De prime abord, le travail fut pour elle comme une dignité surhumaine; car Jésus-Christ, vrai fils de Dieu, voulut être soumis à un pauvre artisan de la Galilée, et lui-même, dans Fatelier de Nazareth, ne rougit pas d'appliquer au travail sa main bénie. C'est au travail que les apôtres, envoyés par Jésus-Christ, demandèrent leur subsistance, afin de n'être pas à charge à leurs frères et de pouvoir même assister les indigents ^
Plus tard, les Pères de l'Église semblent ne pas trouver d'expressions qui répondent à, leur vif désir de le glorifier et de le faire estimer au plus haut prix. Saint Ambroise •, saint Augustin ', exaltent son utilité. Saint Jean Chrysostôme fait ressortir que le travail , outre qu'il nous est imposé comme une expiation , sert encore d'exer^ cice pour fortifier notre nature morale. Enfin, le travail permet à l'homme non-seulement de se suffire à lui*même, mais encore de secourir les autres.
Toutes les belles et vraies pensées sur le travail sont chrétiennes, toutes sont sorties du sein de l'Église : celleci , par sa manière d'agir, a puissamment influé pour que ces éloges prissent corps dans les faits et les institutions*
La vie monacale, spécialement consacrée au travail et à l'agriculture, est venue ensuite prendre sa place dans la société et apporter un glorieux et puissant concours
' Actes des Apôtres, xx, 34.
^ De viia heata I, 6.
' De oper^ manichofor, 3.