CHAPITRE VII
au bien-être commun. Séparés par treize siècles de Toriginede cette grande institution, fiers de notre industrie et de nos progrès , nous ayons oublié les temps où elle surgit, les efforts qu'elle a faits e* tout ce dont la civilisation lui est redevable. Que de louanges ne méritent pas ces pauvres moines qui donnèrent une si puissante impulsion à ce qui rend la vie heureuse et commode! Nous vivons à une époque où le travail est en honneur, où celui qui a de grands capitaux cherche dans le travail le moyen de les accroître, où celui qui n'en possède pas y recourt également pour tâcher d'arriver à la richesse qu'il désiré; mais ces hommes vénérables, qui se réunissaient sous la discipline de l'Église, vivaient dans des temps barbares et troublés où nul ne prenait plaisir à travailler, où celui qui possédait un bras robuste pensait ne pouvoir en faire un meilleur usage que de le mettre au service de quelque aventurier rapace , pour se livrer au pillage et au meurtre. Et cependant , dans des conditions aussi désavantageuses, ils se répandirent dans TEurope devenue comme un désert, et en changèrent l'aspect en la couvrant d'une florissante culture.
Transportons-nous par la pensée en ces temps-là , et considérons, nos très-chers diocésains, quel utile exemple donnaient ces hommes qui, contents d'un pauvre vêtement et d'une nourriture à peine suflisante pour écarter la mort, suspendaient la prière pour aller dans la campagne fendre avec la charrue le sol endurci el y jeter le grain qui, au temps de la moisson, devait fournir le pain aux pauvres, aux pèlerins, à des pays entiers. Ils s'appliquaient en outre, avec d'incroyables efforts, à ouvrir des routes, à jeter des ponts pour faciliter les
commonications d*un pays à un autre et rendre le com* merce plu» facile et plus sûr. Quels avantages la société n*a-t-elle pas retirés de Texpérience de ces hommes qui , multipliant leurs laborieux essais arec une patience que rien ne lassait, et mettant en commun leurs forces et leurs lumières, étaient parvenus à dessécher les marais, à endiguer les fleuves , à recueillir les eaux éparses pour les faire servir à Tirrigation des campagnes, et cela d'une manière si ingénieuse que, d'après le témoignage d'un historien célèbre \ nos contemporains eux-mêmes, malgré les progrès des sciences naturelles, auraient encore quelque chose à apprendre de ces vieux habitants du cloître 1
Ce ne sont pas seulement les arts primitifs et plus strictement nécessaires à l'agriculture qui doivent leur vie et leur progrès au travail des moines inspirés et dirigés par l'Église; les arts mécaniques et les beaux-arts n'eurent pas d'asile plus sûr ni de champ plus favorable à leur développement que les églises, les demeures épiscopales et les monastères, oiî les premiers se dégrossirent, oii les seconds jetèrent les premières étincelles qui devinrent plus tard une splendeur merveilleusement éclatante.
Si donc le travail est une source de richesse, et si la richesse publique est un signe de civilisation et de perfectionnement humain, au point de vue du bien-être extérieur et physique , on ne peut mettre en doute que l'Église a des droits, historiquement incontestables, à la reconnaissance publique, et qu'une lutte entreprise contre
* CanTO, Histoire des Italiens.