CHAPITRE VII
Mais TÉglise n*a pas seulement Tindéniable mérite d'avoir ennobli et sanctifié le travail ; elle n'a pas seulement la gloire d'avoir fait faire à la société, conduite et inspirée par elle, des pas rapides dans la voie de la civi^ lisation; die a un honneur encore plus grand, une gloire encore plus pure : c'est de contenir l'activité humaine dans une sage limite et d'empêcher qu'elle ne transforme eo mie source de barbarie et d'oppression ce travail qui, pratiqué avec discrétion, est le moyen de se procurer des avantages désirables et une honnête prospérité.
Les écoles modernes d'économie politique, infectées d'incrédulité, ont considéré le travail comme la fin suprême de l'homme ; l'homme lui-même ne leur apparaît que comme une machine plus ou moins appréciable, selon qu'elle est plus ou moins productive. De là le peu de cas que Ton fait de l'homme moral; de là cet abus indigne de la pauvreté et de la faiblesse de la part de ceux qui veulent les exploiter à leur avantage. Que de représentations solennelles et que de plaintes ne se font pas entendre, même dans les pays qui passent pour tenir le haut bout de la civilisation , au sujet du nombre eiccessif d'heures de travail imposées à celui qui doit gagner du pain à la sueur de son front I
Et ces pauvres enfants qu'on amène dans les ateliers , où ils s'étiolent dans de précoces fatf gués , ne contristentils pas l'observateur chrétien? N'arrachent-ils pas des paroles de feu à toute âme généreuse , et n'obligent-ils pas les gouvernements et les assemblées à préparer des
'ois pour mettre obstacle à ce trafic inhumain? Si la charité catholique, infatigable à secourir le prochain, ne leur venait pas en aide avec ses salles d'asile, avec ses crèches, que de pauvres petits resteraient abandonnés à eux-mêmes, aujourd'hui que la fureur du travail arrache non*seu1ement l'homme, mais encore la mère au foyer domestique. Ahl nos bien-aimés diocésains, quand nous sommes témoins de ces choses , ou que nous les entendons raconter par des bouches qui ne sauraient être suspectes, il nous est impossible de contenir le flot d'indignation qui déborde dans notre âme contre ceux qui songent à remettre entre les mains de ces barbares le sort de la civilisation qu'ils disent protéger.
Mais voici qui est pis encore : ce travail immodéré, qui énerve et consume les corps, ruine encore les âmes dans lesquelles s'effacent peu à peu l'image et la ressemblance divines. A force de tenir les hommes enchaînés à la matière, plongés, absorbés en elle, la vie de l'esprit s'endort dans ces infortunées victimes du travail redevenu païen. Tout ce qui élève l'homme, tout ce qui le fait être ce que Dieu veut, le roi de la création, le fils adoptif du Seigneur, l'héritier du royaume des cieux, s'obscurcit devant leurs yeux , tombe dans l'oubli et laisse sans frein tout ce qu'il y a de passions brutales et d'instincts grossiers dans l'homme.
En présence de ces infortunes engendrées par l'avarice et l'orgueil de gens sans entrailles, on se demande si ces fauteurs de civilisation, séparés de l'Ëglise et sans Dieu, au lieu de nous faire progresser, ne nous font pas reculer de plusieurs siècles en nous ramenant à ces jours lamentables où l'esclavage enchaînait une si grande par-