‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 41 sur 152 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

tie de Thumanité, et où le poëte Juvénal s'écriait avec tristesse que le genre humain ne vivait que pour Tamusement d'un petit nombre. Or, cette trop grande ardeur qui entraîne notre âge, qui donc mieux la corrige que l'Église catholique? Si , d'un côté, cette tendre mère convie tous les hommes au travail, elle emploie, de l'autre > les moyens les plus propres à en prévenir l'abus. En effet , sans nous arrêter à cette considération que pour elle les mots d'humanité et d'amour fraternel ne sont pas vides de sens, qui donc ignore l'efficacité merveilleuse du repos du dimanche et des solennités chrétiennes pour adoucir l'amertume et interrompre la douloureuse continuité du travail, lorsqu'elles viennent de temps en temps répandre une joie religieuse dans la grande famille des croyants?

De même qu'en un long voyage à travers le désert» sous les rayons brûlants du soleil, le voyageur rencontre avec un plaisir incomparable des oasis où de grands arbres lui prêtent leur ombrage désiré et des tapis de verdure où il peut se reposer, de même ces jours bienaimés lui apparaissent par intervalles pour restaurer le corps et inonder l'âme de suaves consolations. Alors le pauvre ouvrier secoue la poussière du champ et de l'atelier ; vêtu de ses habits de fête, il se sent plus heureux de vivre ; il se rappelle que Dieu ne l'a pas créé pour rester éternellement attelé au char de la matière, mais pour en être le mattre. C'est pour lui que le soleil envoie ses rayons vivifiants, pour lui que les collines exhalent les parfums enivrants, pour lui que les prairies étalent leurs tapis de fleurs où il va se divertir avec sa femme et ses chers enfants, pour lui que le bien de Dieu

couvre sa modeste table avec plus de richesse que de coutume.

Entré dans l'église, où Fappelle la voix de la religion, il y trouve des délices que nulle autre part il ne lui est permis de goûter : les harmonies des cantiques sacrés charment ses oreilles; ses yeux se reposent agréablement sur les marbres précieux, sur les riches dorures, sur les gracieux ornements, sur la pureté des lignes architecturales ; mais par-dessus tout son cœur s'émeut et se purifie sous Tinfluence de la parole du ministre de Dieu qui lui rappelle sa rédemption, ses devoirs, ses espérances immortelles. C'est encore dans ces jours que les saintes joies de la famille ne sont plus seulement- dans le domaine du désir , mais deviennent une réalité. A côté de sa femme, entouré de ses enfants, il exerce la plus noble et la plus douce des souverainetés ; il connaît les sujets qui sont une si grande part de tBon cœur, il est connu d'eux, il se rend un compte exact de leurs besoins, et l'amour du travail, de l'économie, se développe en lui à la pensée de les satisfaire. Aussi il sort de ce repos de fête véritablement restauré, sous le rapport physique et moral, et ce délassement que l'on veut appeler une oisiveté blâmable est, au contraire, une trêve féconde ; quand il Ta goûté, il reprend son travail avec plus d'ardeur et sans cette répugnance qu'inspire le travail considéré comme une punition, comme un supplice.

Et ici , nos bien-aimés diocésains , que de choses il nous resterait à dire sur cette désolante coutume qui va s'introduisant partout et même en Italie, de profaner ces jours qui sont véritablement les jours du Seigneur, mais

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