CHAPITRE VU
ficaiion des âmes et insinue dans les cœurs un mystique éloignement des choses d'ici-bas : d'où la conclusion que, si un peu de bien est déjà résulté et doit résulter de ces progrès, on le doit à la révolte de ce qu'on est convenu d'appeler Y esprit moderne contre l'influence de FÉglise.
Peut-on imaginer une accusation plus sotte et moins fondée ? Certes, l'Eglise ne cesse pas et ne peut cesser de répéter, hautement et à tous, les maximes de son céleste Époux : « que l'âme et son salut éternel sont l'affaire la plus importante dont nous ayons à nous occuper ; qu'il ne nous servirait de rien de gagner l'univers, si nous venions à perdre notre âme; qu'une seule nuit suffira pour nous enlever les richesses amassées à grand'peine^ » *'
C'est un inestimable bonheur que de tels enseignements se fassent entendre parmi les hommes ; mais ce n'est pas à dire pour cela que l'Église soit ennemie de l'étude de la nature, de la recherche des forces de la nature et de leur application à la pni^uction de ce qui sert aux usages de la vie. Bien plus, on reconnaît quand on réfléchit que l'Église, étant portée par la nature des choses à favoriser ces études et ces découvertes, ne peut être leur ennemie.
Examinez, en effet, et jugez vous-même. L'Église peut-elle désirer quelque chose plus ardemment que la gloire de Dieu et une connaissance plus parfaite de l'artisan suprême , que l'on acquiert par l'étude de ses œuvres ? Si Tunivers est un livre à chaque page duquel
* Luc, XII, 20.
sont écrits le nom et la sagesse de Dieu, il est certain que celui-là eu sortira plus rempli d'amour pour Dieu, plus épris de lire, qui aura lu plus avant et plus clairement dans ce livre. S'il suffit d'avoir deux yeux au front pour reconnaître que le firmament raconte la gloire du Créateur, s'il suffit d'avoir des orieilles pour entendre la parole de louange que le jour répète au jour et les secrets de la science divine que la nuit transmet à la nuit ' , avec combien plus d'éclat se manifesteront la puissance, la sagesse de la Divinité aux regards de celui qui scrutera les cieux et les profondeurs de la terre, qui observera les astres lumineux et l'atome, les plantes et l'arbrisseau, qui réunira dans sa main les preuves constatant que la pensée suprême a tout ordonné avec poids et mesure*?
Et l'on voudrait que l'Église fût systématiquement hostile ou simplement froide et indifférente pour des études et des recherches qui aboutissent à un résultat si précieux, qu'elle s'obstinât à tenir le livre fermé, afin que nul ne pût y lire plus avant ! Il faudrait ne pas conuaitre Içs flammes de zèle qui dévorent le cœur de cette Épouse de Jésus , pour ajouter foi à de pareilles extravagances.
Mais à côté du zèle pour la gloire de Dieu, s'allume dans l'Église un autre amour non moins ardent : c'est
• Pt. xvni, 2-3,