‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 51 sur 152 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

yeux n'étant plus sensibles à la lumière, ils sont prêts à nier les faits les plus certains. Dieu de bonté I La sainte Église est donc combattue dans ses doctrines, dans son chef visible, dans sa hiérarchie, dans ses associations, dans ses institutions , parce que tout cela est devenu impuissant à favoriser le progrès moral, parce que même tout cela est nuisible et mortel au raffinement progressif des mœurs! Est-ce possible, très-chers fils? N'est-ce pas par la prédication de l'Évangile, par l'œuvre constante de la hiérarchie catholique que fut fondée la civilisation , qui a pris le nom de chrétienne? Et ce nom lui est resté si solidement attaché que tous les efforts de notre temps ne réussissent pas à l'en séparer : de telle sorte que parler de civilisation, c'est comprendre dans le mot l'épithète de chrétienne*.

Dès lors, s'il est indubitable que l'Église a créé cette magnifique civilisation qui comptera bientôt dix-neuf siècles de gloire, qu'estil donc survenu pour qu'on la juge impuissante à poursuivre cette belle œuvre, et pour qu'on l'accuse d'être contraire au développement des conditions indispensables à l'homme pour se perfectionner dans l'ordre moral? La tâche de l'Église serait^lle, par hasard, devenue plus difficile et aurait-il surgi, en ce temps malheureux, des obstacles qu'elle ne veut ou ne peut surmonter? Ce n'est certainement pas nous qu'on accusera d'un excès de tendresse pour ce siècle sur lequel nous avons dû plus d'une fois porter un jugement sévère; mais toutefois quelle distance immense nous sépare

* Donoso Cortès a dit : « L'histoire de la civilisation est rbistoire du christianisme : écrire l'une, c'est écrire l'autre. »

des mœurs païennes! Nous ne voulons pas nous arrêter ici à refaire la description du monde païen, déjà faite un million de fois. Qu'il nous suffise d'indiquer, par voie de négation, les différences les plus notables qui existent entre l'ancien état de choses et le nouveau.

Nous n'avons plus cette plaie sociale de l'esclavage qui condamnait plus des deux tiers des hommes à une vie de souffrances et d'outrages indicibles ; elle a été guérie avec une admirable et constante sollicitude par l'Église.

Nous n'avons plus les jeux sanguinaires où des centaines de malheureux s'égorgeaient, où on les faisait lutter avec des bêtes sauvages pour distraire quelques oisifs et rendre plus ardente leur soif de sang ; page honteuse qu'a fermée à jamais le sang d'un martyr chrétien.

Nous n'avons pas l'horreur féroce du pauvre, que la religion a revêtu de la lumière de Jésus-Christ.

Nous n'avons plus le droit cruel de la guerre qui anéantissait, par des massacres calculés, des nations entières; et si, à travers la luxure et l'obscénité, nous cheminons lentement vers la corruption de ces siècles dépravés , nous donnons cependant au vice le nomjqui lui appartient, et nous ne peuplons pas l'Olympe de dieux complaisants, qui consacrent le mal par leurs exemples et le recouvrent de leur manteau.

Nous n'avons plus les faciles divorces, la tyrannie du mari , l'avilissement légal de l'épouse.

Nous ne pouvons même considérer comme possibles ces monstrueuses figures des Césars dont le bon plaisir devenait loi ; l'Église a effacé tout cela et l'a fait disparaître. Et si aujourd'hui nous déplorons amèrement l'apostasie d^s gpuveirnpmepts qui représentent le pouvoir social,

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