CHAPITRE Vir
nous ne saurions méconnaître que derrière ce monde officiel, dépravé, sans Dieu, il existe un autre monde réel où Ton trouve un grand nombre de cœurs généreux, de nobles caractères , d'àmes pures et nobles.
Il résulte de là que l'Église doit rencontrer, de nos jours, moins d'obstacles qu'autrefois; car il est moins difficile de perfectionner ce qui existe déjà que de le créer de toutes pièces. Pourquoi donc la juger maintenant déchue du droit d'informer de son esprit l'œuvre de la civilisation, et prétendre qu'elle n'est plus apte à guider les âmes dans les voies du progrès moral et dans les diverses relations? L'Église aurait-elle, par hasard, perdu une partie de ses forces et cette abondance de jeunesse et de vie qui déborda dans Tordre civil et y apporta les bienfaits dont parle l'histoire , et que nous contemplons de nos propres yeux?
Ne vous étonnez pas, nos très-chers fils, que je m'arrête un peu à examiner cette question.
Les sources de ces continuels progrès — nous ne parlons pas en ce moment de la grâce intérieure — sont au nombre de deux : la doctrine pratique, contenue dans les livres saints, et confiée à l'Église pour la conserver et l'interpréter; et ensuite V exemplaire divin, et par cela même merveilleusement doué d'attraction, qui est en Jésus-Christ, demeurant dans l'Église, annoncé par elle, manifesté dans toute la variété de ses formes. Or, doctrine et exemplaire, l'Église ne les a ni reniés ni perdus. Loin de ne pouvoir plus produire leurs effets dans les divers ordres de la civilisation, l'une et l'autre sont au contraire à sa disposition pour l'aider à rendre de nouveaux services aux amis des vrais et salutaires progrès.
Et ici, très-chers fils, se déroule devant nous un tableau trop vaste pour le retracer dans une lettre; nous ne ferons qu'esquisser les grands traits suffisants pour nous faire toucher du doigt la folie de ceux qui prétendent que l'Église n*est plus en état de venir en aide et de servir de conductrice aux hommes de ce temps.
Aucun des aspects sous lesquels on peut considérer l'homme, soit isolé, soit comme membre des diverses sociétés, n*a été négligé, et, pour chacun d'eux, les enseignements de l'Église renferment les précieux germes d'une incessante amélioration morale.
L'apôtre saint Jean^ remarque que tout le mal, toute l'influence ruineuse du monde se réduit à la concupiscence des jouissances bestiales, à la cupidité et à l'orgueil impatient de tout frein. Ceux qui combattent le christianisme et veulent établir la civilisation en dehors de lui ne peuvent nier ces inclinations fatales, l'expérience intimt que chacun a de soi-même étant le plus éclatant commentaire de la révélation divine.
Or, pour remettre l'ordre dans l'homme, quels moyens prend l'Église en suivant la morale enseignée par Jésus- Christ? Ouvrez au hasard les livres saints, ou ce sublime abrégé des livres saints qui est notre catéchisme, et vous y trouvez des enseignements qui donneraient à la société même le bonheur temporel, si les hommes y conformaient leur vie. A celui qui se laisse aller aux entraînements des sens, il est rappelé qu'on doit s'interdire le regard même et la pensée mauvaise^. Mettez le précepte en pratique,
> Épît. I, ch. II, 16.
s Matth., V, 27.