‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 56 sur 152 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

élan d'amour inconsidéré, mais avec l'intention de la relever de terre où elle gisait, d'améliorer sa condition, de la rendre heureuse du bonheur qui résulte de la pratique de la vertu. De même les époux ne doivent pas se laisser entraîner par les attraits fugitifs des sens ni par l'éclat trompeur de l'or; mais, en s'unissant à une créature, ils doivent regarder plus haut et chercher dans la vertu la stabilité et le charme de la vie com« mune.

La gentilité, à son tour, appelée aux embrassements de l'Époux, s'est donnée à lui sans réserve ; elle a laissé de côté, pour s'attachera lui, les vieilles affections, les folies domestiques. Pareillement, l'épouse chrétienne ne doit laisser aucune place aux affections étrangères ; elle doit entrer résolument dans cette société, y apportant et mettant en commun le trésor de ses grâces et de ses forces. Ne comprenez-vous pas comment, en cherchant à imiter cet exemple, les fleurs d'une tendre fidélité viennent couvrir le lit nuptial et en éloignent les coupables discordes et les trahisons qui souillent la pureté du sang et allument d'implacables colères ?

Dans le cours des siècles, l'Église a été souvent sollicitée par des débauchés et des séducteurs astucieux à trahir la foi jurée à son céleste Époux, à se souiller d'hérésies ou à se séparer de lui par des schismes. Mais tandis que cette œuvre de la séduction allait son train, le Christ lui parlait avec une douceur ineffable, lui rappelait la sainteté des serments, l'abondance des bienfaits accordés, lui dévoilait la malice des enchanteurs, et l'Église, touchée de ses soins, chassa les séducteurs, se tint solidement attachée au bras sûr de son Époux, sui-

vant sa voix et ajoutant des parures partout nouvelles et plus magnifiques à son front virginal.

Quel bonheur, nos très-chers fils, pour la civilisation, si les époux imitaient cette sollicitude à s'entr'aider dans le péril et à s'encourager dans le bien ! Nous déplorons à bon droit que le mariage soit déshonoré par des vices qui ensuite s'étendent en passant de la famille à la cité ; mais le contraire n'arriverait-il pas, et n'aurions-nous pas la joie d'une rénovation morale si s'établissait la belle émulation dont on nous propose l'exemple entre Jésus-Christ et FÉglise?

Jésus-Christ, enfin, donna sa main à l'Église, pour que du flanc maternel sortissent les belles et chastes généra* tiens qui retraceraient les traits ravissants de leur père, reproduiraient son image dans leurs actes et dans leurs paroles, et le feraient habiter dans leur cœur par la foi^ Et FÉglise à son tour prit entre ses bras, comme un dépôtsacré, les fils nés de cette union, et non-seulement elle les purifia, les nourrit, les surveilla, mais, dès l'aube de leur vie, elle ne cessa de les instruire par la doctrine, de les affermir dans le bien par ses exhortations, de les ramener par le reproche, afin qu'ils ne vinssent point à oublier la noblesse de leur naissance et qu'ils rendis* sent à leur père la gloire qui lui est due.

vous tous qui tremblez sur le sort de la civilisation et branlez la tète avec inquiétude, en contemplant le torrent débordé qui roule des eaux toujours plus fan« geuses et plus grossissantes, ne comprenez-vous pas que, si ce type du mariage était réalisé, comme le désire

1 Épkét., m, 17.

GHAPITAG VU. lU

et le recommande l'Église, vos terreurs n'auraient plus de raison d'être, et vos frayeurs légitimes se dissiperaient à la lumière des plus joyeuses espérances ? Donnez^nous des époux soucieux, d'une part, à imiter l'esprit de Jésus* Christ, et, de l'autre, à pratiquer la conduite maternelle de l'Église, et la cause de la civilisation sera sauvée.

Les enfants, qui sortiront des foyers domestiques pour peupler la terre, porteront profondément gravées dans leur cœur les maximes de justice qui sont les pivots de la vie civile ; ils seront préparés par une sage éducation à garder la discipline, à respecter l'autorité et à observer les justes lois. Entre les mains de ces parents, se formeront les robustes et fermes caraQtères qui ne se laissent ni. ébranler, ni emporter par le vent des doctrines diverses et étrangères ^ Dans l'enceinte de ces maisons sanctifiées par la foi, les fils auront le bonheur de recueillir l'exemple des parents et de porter dans la société l'humanité des sentiments, la loyauté des rela^ tions, la fidélité à la parole donnée. Une rénovation morale se fera sans bruit et avec une merveilleuse efficacité.

Et pensez, nos très-chers fils, que beaucoup de gens ont voulu et voudraient encore que cette société conjugale se transformât misérablement en un simple contrat civil et vocifèrent contre le Syllabus*, parce qu'il condamne les insensés qui déclarent qu'on ne peut supporter, à aucun prix la doctrine d'après laquelle Jésus-Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement! Ces hommes sont coupables, non-seulement de renier la foi, mais

> Bébr., XIII, 9.

' Syllabut, ppop. LXV.

d*outrager la civilisation. N'est-ce pas, en effet, attenter à la civilisation que d'ouvrir la porte au divorce, qui est rinévitable conséquence du mariage ainsi profané ? N'est-ce pas empoisonner la civilisation que de livrer le mariage, dépouillé de sa splendeur et de sa religieuse majesté, aux mains d'obscènes scélérats qui, mettant en avant l'instabilité de la nature et la liberté, viennent nous parler, avec impudence et cynisme, d'accouplements temporaires, et, pour mettre de côté tout euphémisme, d'associations libertines les plus viles; de telle sorte que les pauvres petits enfants, ou risqueraient, privés des rayons de l'œil maternel, de se dessécher comme des fleurs, avant le temps, ou grandiraient, sans direction certaine, sans liens solides d'affection qui les rattachent à la maison et par la maison à la patrie? Est-ce pour nous faire jouir d'une civilisation de cette sorte que les ennemis de l'Église ont entrepris cette fameuse lutte?

Mais poursuivons, ô nos très-chers fils, le long chemin qui nous reste encore à faire ; et puisque vous avez vu clairement comment, par la société conjugale, l'Église pourvoit sagement aux nécessités de la civilisation, préparez-vous à jouir d'un spectacle plus magnifique, en contemplant les avantages que recueille la civilisation des doctrines par lesquelles l'Église règle les relations humaines, dans cette association plus large qui est la

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