CHAPITRE Vil
société civile. Dans celle-ci, il y a à considérer d'un côté les sujets, qui sont la matière à ordonner, et de Fautre, le pouvoir , qui est comme le principe qui ordonne les sujets et les conduit à leur fin. Or, sur ce double objet, FÉglise, interprétant fidèlement les livres saints, enseigne ce qui, mis en pratique, imprimerait à la civilisation une très-vive impression et la rendrait véritablement féconde.
Le pouvoir, dit-elle, vient de Dieu^, Mais, si le pouvoir vient de Dieu, il doit refléter en lui la majesté divine, pour paraître vénérable, et sa bonté, afin de devenir acceptable à celui qui est sujet. Par conséquent, quiconque prend en main les rênes du pouvoir, que ce soit un individu ou une personne morale, qu'il tienne ses fonctions de l'élection ou de la naissance, dans une démocratie ou une monarchie, ne doit pas y chercher la pâture de son ambition et le vain plaisir de s'élever audessus des autres, mais, au contraire, le moyen de servir ses frères à l'exemple du Fils de Dieu qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir. Courtes sentences, nos très-chers fils , mais qui renferment néanmoins la plus satisfaisante et la meilleure transformation du pouvoir qu'on puisse désirer.
Les rois des nations* avaient étrangement abusé du pouvoir ; leurs convoitises n'avaient point de bornes, et ils les rassasiaient en dévorant la substance et le fruit des sueurs d'autrui ; leurs volontés faisaient loi, et malheur à qui eût pensé à s'y soustraire! Non contents
> JRom., XIII, 1 et »eq.
• Luc, xxii, 2$.
de cela, ils se faisaient donner des titres fastueux qui, mis en regard des faits , devenaient de solennelles et cruelles ironies.
Bien différent est le pouvoir qui ressort des enseignements chrétiens : il est modeste, laborieux, attentif à procurer le bien, retenu par la pensée des châtiments qui, au jugement inévitable, sont réservés à celui qui gouverne mal*. Il est impossible de ne point le comprendre, nos très-chers fils, on sent le cœur se dilater devant cette image si noble de Tautorité, et l'obéissance qu'elle réclame, et qui est indispensable à Tordre et à la marche de la société , perd toute amertume et devient facile et douce.
Aux enseignements qui regardent le pouvoir, correspondent ceux qui s'appliquent aux personnes qui lui sont soumises. Si la puissance tire de Dieu sa raison d'être, sa majesté, sa sollicitude à procurer le bien, on ne peut jamais regarder comme permise la rébellion contre elle, qui serait la rébellion contre Dieu. L'obéissance du sujet doit être franche, loyale, et provenir du sentiment intime, et non de la crainte servile des châtiments ; ce doit être une obéissance qui se prouve par des faits et qui fasse accepter les sacrifices réclamés par celui qui tient en main le pouvoir, pour l'accomplissement de son ministère.
Il vous sera arrivé plus d'une fois, très-chers fils, d'entendre violemment accuser l'Église de se faire l'ennemie de la liberté des hommes et la très-humble servante de celui qui siège sur le trône. Or, vous pouvez
' Sag., VI, 6-7.