CHAPITRE VII
apprécier la justice de telles plaintes. Sans doute TËglise n'approuve pas les fauteurs de désordre, les ennemis systématiques de Tautorité; mais l'obéissance qu'elle inculque trouve une très-juste compensation dans la transformation du pouvoir qui, devenu chrétien et délivré des vieilles et mauvaises inclinations de Tambition et de la tyrannie, prend le caractère et les habitudes d'un ministère paternel et trouve ses limites dans la justice du commandement. S'il franchit ces limites en envahissant le domaine de la conscience, il en trouve dans rhomme qui lui répond avec les apôtres : Il faut avant tout obéir à Dieu.
Ahl nos très-chers fils, les sujets faibles et qui tremblent lâchement de frayeur ne sont pas élevés dans les bras de TËglise; mais ils naissent en dehors d'elle, au sein des sociétés qui ne reconnaissent d'autre droit que la force brutale. Déjà de son temps, Tertullien' remarquait que les premiers chrétiens payaient les impôts aussi fidèlement qu'ils observaient le précepte de ne pas voler. .Mais ces hommes vertueux ignoraient l'art honteux de se plier aux volontés injustes des Césars; devant ceux qui faisaient pâlir le roi , leur visage ne pâlissait pas, et pendant que les autres s'agenouillaient, ils savaient se tenir debout et, pour les droits inviolables de la conscience, donner leur vie.
Il est douloureux, fils bien-âimés, d'entendre répéter souvent certaines accusations, tandis que la liberté honnête est comme une fleur qui pousse d^elle-mème, spontanément, dans une société où circule l'esprit de
> Apologét,
l'Église catholiqae. En efifet, quand la main de celui qui gouverne s'appesantit sur les sujets, quand les libertés publiques courent un péril extrême , et que la libre action des hommes est entravée; lorsque Timpiété victorieuse . brise les liens sacrés de la religion, que la conscience se pervertit, dominée par les passions, et que les méfaits se multiplient, alors le pouvoir, devenu soupçonneux et ne trouvant pas de garantie dans la vertu des administrés, cherche sa défense dans les armes, dans les gardes, dans la police aux yeux d'Argus. Nous pourrions ici vous inviter à toucher du doigt la vérité de tout ce que nous affirmons, en comparant la condition présente du monde et un passé qui n'est pas tellement éloigné que la plupart d'entre vous ne puissent facilement se le rappeler; mais nous aimons mieux améliorer les conditions morales de la société et les relations civiles^ en brisant avec l'Église.
Benjamin Franklin, au terme d'une vie passée au milieu des affaires publiques , riche d'une longue expérience, écrivait de Philadelphie : a Une nation ne peut être vraiment libre si elle n'est pas vertueuse, et plus les peuples deviennent corrompus et dépravés, plus ils ont besoin de maître*. y>
Un autre écrivain , dont le nom est aimé et révéré des fauteurs de la lutte pour la civilisation, laissait, à son tour, échapper ces paroles : a On ne veut pas détruire la religion, parce qu'un peuple sans religion tombe trèspromptement sous le régime de l'absolutisme militaire. » Il avait bien raison de parler ainsi, lui qui
1 Lettre aux a))bé9 Tlialut et Arnaud.