‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 59 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

voyait derrière les menées licencieuses et les comédies impies et sanglantes de la République française un gouvernement qui soumettait à la discipline du sabre les hommes qui s'étaient révoltés contre Dieu, et voulait tout façonner à son gré : lettres, arts, universités, et même la conscience, si son audace n'avait point été vaincue par la constance du sacerdoce chrétien.

Arrêtons-nous un peu maintenant, fils bien-aimés, et, comme de la cime où nous sommes parvenus , tournonsnous en arrière pour contempler le chemin que nous avons parcouru. En voyant la guerre obstinée que Ton poursuit contre l'Église, au nom de la civilisation, nous avons voulu rechercher si, par hasard, l'Église, à la suite de quelque perte qu'elle aurait éprouvée, serait devenue impuissante à contribuer au perfectionnement moral de l'homme et au développement de la civilisation, sous ce point de vue, de telle sorte qu'elle ne produisit plus les effets étonnants qu'elle a produits par le passé. Et voici qu'après avoir interrogé l'homme individuel, l'homme dans ses relations avec ses semblables dans la société domestique et civile, il nous a suffi d'un examen tel qu'on le peut le faire dans les limites naturellement étroites d'une instruction pastorale, pour nous convaincre que les doctrines professées par l'Église contiennent des germes très-précieux de civilisation , et que, mises en pratique, elles conduiraient infailliblement à la plus grande perfection morale qui se puisse espérer sur la terre.

Mais les doctrines saintes , comme sont les doctrines que FÉglise présente à ses enfants, ne produiraient leur effet qu'à demi , si elles restaient uniquement dans le domaine de la théorie. Pour atteindre un résultat complet, il faut que les doctrines prennent corps dans un exemplaire vivant, sur lequel les hommes fixent les yeux pour se convaincre que ces doctrines ne sont pas du tout des idées à admirer simplement avec complaisance, comme on regarde un beau tableau ou un superbe panorama, mais bien des vérités pratiques à mettre résolument en action. C'est ce que comprenaient les païens eux-mêmes, qui pensaient que les belles maximes, les sages leçons resteraient lettre morte, sans efficacité pour changer le monde ou l'améliorer, tant qu'elles n'auraient pas pris une forme et une personna^ lité dans un exemplaire vivant.

Platon, qui avait découvert tant et de si hautes vérités , soit par la pénétration de son génie, soit par ses actives recherches des anciennes traditions, persuadé que la parole écrite ou parlée n'aboutirait à rien de stable et de concluant, souhaitait avec ardeur que la vérité souveraine s'incarnât et se montrât visiblement aux yeux de tous^ Gicéron, qui n'était pas seulement un grand orateur, mais un très-grand philosophe et le digne représentant de la sagesse latine parmi les gentils, était amené par la même raison à exprimer les mêmes vœux^.

ï De la JRépub., IX.

« De Fin., I, 24.

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