‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 72 sur 152 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

plus intime amitié unissaient nos cœurs. Vous ne tarderez pas à reconnaître en Léon XIII toutes les qualités de Pie IX, d'impérissable mémoire. C'est la même douceur, la même affabilité, la même éloquence. La science et la fermeté de caractère s'allient chez lui, comme chez Pie IX, à une rare vertu et à une prudence consommée. Son humilité seule égale son mérite. Nos sièges se touchaient au conclaye, et je Tais vous dire ce que j'ai vu. Pendant le dépouillement du scrutin qui allait le placer sur la chaire de Saint-Pierre, entendant que son nom sortait plus fréquemment de l'urne, et que toutes les probabilités le désignaient déjà comme le successeur de Pie IX, je vis de grosses larmes couler de ses yeux, et sa main laissa tomber la plume dont il venait de faire usage. Je pris la plume et la lui rendis en disant : Cothrage ! ee nest pas de vous qu'il s'agit en ce moment ! Il s'agit de l'Eglise et de l'avenir du monde ! Si votre main tremble, la mienne est assurée. Et lui, leva les yeux au ciel, comme pour implorer l'assistance divine. »

Dans son magnifique mandement sur l'élection de Léon XIII, l'archevêque de Bordeaux revient avec émotion sur ces précieux souvenirs :

« Je ne vous dirai donc rien, N. T. G. F., des grandes qualités qui distinguent l'élu du Seigneur ; l'avenir les révélera mieux que je ne saurais le faire. Qu'il me suffise de proclamer que les relations que j*ai eu le bonheur d'entretenir avec celui qui, ce matin encore, était mon bien véqéré collègue et ami, et qui est et sera pour moi un seigneur et un père, seront l'un des plus chers souvenirs de mes vieux ans. Pendant le concile de 1870, le cardinal-archevêque de Pérouse m'avait permis de

152 I.E PAPJS LÉON XIII.

vivre avec lui dans une fraternelle intimité. Depuis nia récente arrivée de Rome, après m'avoir accueilli avec yne affection touchante, il n'a cessé de m'entourer de toutes sortes d'égards. Oserais-je ajouter? pendant le conclave et depuis l'élection de ce matin, il m'a été donné, car j'étais le plus rapproché de sa personne, de compter les battements de son cœur et d'être témoin de ces angoisses, quand son nom, sortant a chaque moment de l'urne sacrée, retentissait aux oreilles du sacré Collège comme un cri d'espérance,, aux siennes comme une menace ou l'annonce du plus douloureux sacrifice. Non, jamais, notre vie dût-elle se prolonger un siècle, nous n'oublierons la tendre effusion avec laquelle il a répondu à nos premiers hommages et la tendresse de son cœur incliné vers le nôtre, au moment où TËglise entière, dans la personne des cardinaux, saluait son autorité souveraine. »

Mgr Donnet n'est pas le seul prélat de France qui ait éprouvé une si vive sympathie pour l'archevêque de Pérouse. C'était à l'époque du concile : quatorze ou quinze évêques français se trouvaient présents à une touchante cérémonie, dans l'église du séminaire français. Mgr Pecci y recevait l'abjuration d'une famille juive de Bologne : il baptisa les nouveaux convertis et leur donna la sainte communion. Nos évêques furent tellement frappés de son air de majesté qu'ils ne purent s'empêcher de dire : Quel beau pape ce serait ! ,

Page 1