CHAPITRE X
Mgr Pecci créé cardinal et nommé camerlingue.
Comment un personnage de la valeur du cardinal Pecci a-t-il été oublié trente-deux ans à Pérouse ?
On a parlé de mésintelligence entre ce grand évéque et le cardinal Antonelli. Il est vrai que le secrétaire d'État a témoigné beaucoup de froideur à l'ex-nonce de Bruxelles et Ta laissé dans son diocèse, où il rendait, du reste, de grands services à l'Église ; toutefois, il n'y a jamais eu d'inimitié entre ces deux hommes, également dévoués au Saint-Père, mais seulement divergence de vues.
Antonelli était peu favorable à toute idée de progrès, même à ces améliorations matérielles qui, ne nuisant en rien aux intérêts religieux, permettent à un gouvernement de faire participer les populations à tous les progrès économiques.
Mgr Pecci voyait toutes les conséquences de cette politique de stagnation, et dans l'intérêt du Pape comme souverain temporel, dans l'intérêt de l'Église surtout, il exprimait franchement ses craintes et donnait quelque judicieux conseil, qui malheureusement n'était pas suivi. Cependant il devint suspect au cardinal-ministre : il avait
été» pendant sa nonciature à Bruxelles, initié à la politique et au mécanisme des gouvernements modernes ; il était devenu, dans une monarchie constitutionnelle et parlementaire, Tami d'un roi protestant; par la dignité de toute sa personne et les rares qualités de son esprit et de son cœur, il exerçait autour de lui une grande influence, et cette influence, Antonelli la redoutait parce qu'il ne partageait pas les vues de celui qui la possédait ; aussi il usa de tout son pouvoir pour éloigner Mgr Pecci de Rome.
L'évèché de Pérouse était vacant ; ou le lui donna avec l'intention de Texiler et de l'oublier. Mais le nouvel évèque n'était pas un de ces hommes qui meurent du silence et de la solitude; c'était un homme d'action, doué d'une grande force morale, n'ayant nul souci ni des grandeurs, ni des dignités, s'attachant au devoir et le remplissant avec zèle et persévérance, se trouvant heureux parce qu'il pouvait faire beaucoup de bien aux âmes qui lui étaient confiées : c'était un homme marqué par Dieu, et les obstacles ne devaient servir qu'à faire éclater davantage sa vertu.
Mgr Pecci avait l'âme trop grande pour se laisser aller au découragement ou descendre aux mesquines rancunes qui empoisonnent tant d'existences, à ces taquineries qui rendent inutiles les plus admirables talents. Il n'en voulut poiut à Antonelli ; le secrétaire d'État avait été conséquent avec lui-même, et il déplorait son attitude non point en ce qui le touchait personnellement, mais en ce qui concernait le bien général. Il força à l'admirer celui qui Tavait éloigné de Rome ; ce fut toute sa vengeance, et il vint un jour où, le cardinal Antonelli n'osant