CHAPITRE X
témoia d*un événement tel que son histoire de dix-neuf siècles ne présente point le pareil. L*auguste pontife Pie IX, seul dans la longue séri^ des successeurs de saint Pierre, vient d'accomplir la vingt-cinquième année de son glorieux pontificat. C'est une des grâces les plus signalées, non-seulement pour lui, mais pour la chrétieoté tout entière, à laquelle il eût été souverainement préjudiciable, dans les conjonctures si douloureuses du temps présent, de perdre un tel père, un tel pasteur, un tel guide. Le siècle corrompu désirait sa mort depuis longtemps, et il avait sur elle établi ses plans ; mais la droite du Tout-Puissant a déjoué les conseils pervers et trompé les iniques espérance^
a Que les enfants de TÉglise s'en réjouissent, qu'ils s'en montrent reconnaissants, qu'ils ouvrent leurs cœurs à la confiance, et qu'ils ne cessent de faire monter les vœux les plus brûlants, des prières plus ardentes vers le trône de Dieu, pour qu'il nous conserve encore pendant de longues années le glorieux Pie IX. Les paroles suppliantes d'enfants dévoués trouveront grâce devant Dieu ; elles feront une douce violence à son cœur paternel ; et alors, la tempête ayant cessé, la religion catholique et le souverain pontificat se retrouveront pleinement honorés ; et alors aussi, comme nous le désirons tous, la tranquillité et la paix viendront de nouveau réjouir la terre ; et l'Église et la société civile entonneront ensemble l'hymne d*action.de grâces à l'Éternel, qui, dans le souverain pontife Pie IX, a donné aux hommes un père plein d'amour, un pasteur vigilant, un maître infaillible. »
Pie IX, de son côté^ aimait et appréciait l'illustre archevêque, et lorsqu'il fallut donner un successeur au
vénérable camerlingue De Angelis, ce fut à lui qu'il pensa.
Le camerlingue — de Tallemand Kaner-ling, chambrier ou maître de la chambre — était avant 1870 le cardinal chargé dans les États pontificaux de Tadministration de la justice et du trésor. Ces fonctions ont surtout de Timportance pendant la vacance du Saint-Siège. Le camerlingue publie des édits, fait battre monnaie à son coin, et est escorté en public par la garde pontificale. Ëa dehors de ce temps, ses attributions sont aujourd'hui purement religieuses et sans rapport avec la politique.
C'était une tâche digne des services et du mérite da cardinal Pecci ; mais sa nomination souleva bien des obstacles. Plusieurs cardinaux manifestèrent une certaine défiance. Us ne connaissaient pas suffisamment cet homme aussi attaché à la doctrine catholique que sage dans la direction des affaires. Ils n'ignoraient pas que, depuis l'annexion des États de l'Église, jamais le cardinalarchevêque de Pérouse n'avait consenti à frayer avec les fonctionnaires du gouvernement ; néanmoins, ses manières polies, l'estime dont il jouissait parmi les libéraux, la modération de ses formes faisaient craindre à quelquesuns qu'il ne fût un ami du roi d'Italie et un secret partisan de sa politique ; et le nom du cardinal Panebianco fut mis en avant. Mais, les amis du cardinal Pecci ayant à leur tour présenté des objections, l'accord ne put s'établir.
Pie IX, très-embarrassé, maintenait cependant son premier candidat ; mais, ne voulant rien faire qu'en connaissance de cause, il manda séparément auprès de lui tous les cardinaux résidant à Rome, afin de connaître l'avis et