CHAPITRE XI
Le cardinal Pecci jugé par les hommes d'État italiens.
Les éminentes qualités du cardinal PeccI , les talents administratifs dont il avait donné des preuves si nombreuses, son attitude à la fois énergique et modérée à regard des autorités civiles , Tascendant qu'il avait su prendre sur elles et qu'il exerce naturellement autour de lui,. ne manquèrent pas d'attirer l'attention des hommes d'État italiens.
Il est intéressant de voir ce qu'un ancien ministre des cultes du royaume d'Italie, M. Bonghi, écrivait récemment dans son livre : Pie IX et le futur pape, au sujet du nouveau dignitaire de la chambre apostolique.
« Le cardinal Pecci, nommé dernièrement camerlingue, est assurément, dit-il, un des esprits les plus distingués du sacré Collège, une nature très-modérée et, en même temps, quant à la santé, l'un des plus vigoureux des cardinaux. Il a beaucoup étudié, et c'est un bon administrateur ; il a été un évéque d'un grand mérite. L'idéal du cardinal, qu'il élève aussi haut que personne, on peut dire que c'est en lui-même qu'il l'a trouvé. »
M. Bonghi déplorait seulement, à son point de vue trop
italien et rationaliste , que le cardinal Pecci se montrât peu enthousiaste de la situation faite à l'Église en Italie et de la campagne entreprise par l'incrédulité , jion-seulement contre ie catholicisme, mais contre toute idée religieuse.
Les appréciations de M. Urbain Ratazzi sont encore plus curieuses ; elles méritent l'examen à plus d'un titre.
Nous les ayons extraites de différentes lettres de M. Ratazzi à sa femme.
<r Malgré la haute opinion que j'ai du cardinal di Pietro, dit M. Ratazzi dans une lettre datée de Florence, et quelque soit le désir que j'aurais, personnellement et dans l'intérêt de mon pays, de le voir succéder à Pie IX, je ne crois pas que l'événement donne raison à tes prophéties. Assurément l'empereur Napoléon est de ton avis , ce qui ne doit pas lui arriver souvent ; mais il est un homme qui, à mon sentiment, a de bien plus grandes probabilités , si Antonelli meurt avant le Pape : c'est le cardinal Pecci, archevêque de Pérouse, dont la tante Marie nous parlait l'année dernière.
« Ce choix me donnerait beaucoup à penser, et ma seule espérance est que le Pape survive à Antonelli *, parce que, soupçonneux comme il est, il empêchera Pecci d'arriver au trône pontifical. J'estime que l'avènement du cardinal Pecci ne changerait pas grand'chose au statu quo d'aujourd'hui. Ce Pecci est un homme d'un indéniable mérite, qui m'a souvent donné à penser et
I II y a là, sans doute, un lapsus calami. M. Ratazzi a youlu dire évidemment « qu'An tonelli survive au pape » .