CHAPITRE Xll
la voix de notre grand mort, muette sur la terre, parlait déjà dans le Ciel. Une goutte de pure allégresse venait de s'ajouter à l'océan des joies infinies. Au pied du trône de l'Agneau, sous les regards de l'Immaculée, dans la splendeur même du Père, du Fils et du Saint- Esprit, auguste Trinité de Dieu, Pie IX vivait.
a Et au-dessus des lamentations exhalées par le Vatican, veuf de son âme, si quelqu'un pouvait ouïr la voix lointaine du dernier pontife, mêlée à toutes les voix des vicaires du Christ, depuis Pierre unique jusqu'à Grégoire XVI, répondant à la plainte du De profundis par le triomphe du Te Deum, c'était ce prêtre, ce prince Joachim Pecci, élu Léon XIII de toute éternité.
« Un tel concert, que les hommes n'entendent pas, éclate autour du chevet mortuaire de chaque saint; mais ici, comme le saint était le Pape, le chœur de tous les souverains pasteurs, héritiers de l'Apôtre, ayant reçu de Dieu même, dans la série des âges chrétiens, le pouvoir de lier, de délier, de confirmer, dominait l'harmonie des anges et archanges, des cieux et des puissances^ des chérubins et des séraphins proclamant l'adoration sans fin : « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées I »
« Et peut-être, dans la solennité de ce moment, notre pontife prédestiné, penché sur le sourire de son père très-saint, entendit -il une voix chèrement respectée murmurer ce nom : Léon XIII, que nul n'avait prononcé jamais jusqu'alors, mais qui allait jaillir du Vatican, cœur de la terre catholique, et rayonner en gloire jusqu'aux plus extrêmes confins de l'univers ^ »
' Paul FÉVAt, Hevue eatholique, 10 mars 187 .
A peine Pie IX eut-il rendu le dernier soupir qu'il fallut résoudre cette difficile question : où se réunira le conclave? Si, d'une part, la nécessité de garantir Findépendance du sacré Collège et le libre choix d'un pontife avait fait naître la pensée de chercher un asile hors de l'Italie, d'autre part, l'exécution de ce dessein aurait retardé l'élection. Et le besoin d'un chef étant plus pressant que jamais dans les circonstances où se trouvait l'Église, élection demeurait le premier devoir des cardinaux.
Après plusieurs délibérations, où des avis différents furent exprimés et discutés librement, le sacré Collège décida à la presque unanimité, et le cardinal-camerlingue fut de cet avis, que le conclave se tiendrait à Rome.
Toutefois, avant l'ouverture de cette solennelle assemblée, les cardinaux voulurent par une communication adressée aux puissances expliquer le sens de leur résolution pour qu'elle ne fût pas interprétée comme une reconnaissance des faits accomplis. Le camerlingue prit une grande part à la rédaction de ce document ; voilà pourquoi nous le reproduisons tout entier.
Circulaire du sacré Collège à Véminentisêime corps diplomatique accrédité aupréê du Saint-Siège,
« Excellence,
tt La survenance inopinée de la mort du souverain dontife Pie IX, de glorieuse mémoire, a profondément