CHAPITRE XIII
Le cardinal Pecci est élu pape.
Il y avait dix jours que Pie IX était mort; le sacré Collège entra en conclave le lundi 18 février.
Jamais peut-être on n'avait vu plus illustre assemblée. Il y avait dans cette réunion d*hommes éminents par leur science autant que par leurs vertus des religieux qui, après avoir été la lumière des collèges où ils enseignaient, des académies auxquelles ils communiquaient leurs découvertes, sont devenus les oracles des congrégations auxquelles ils président, tels que les cardinaux Franzelin, Bilio, Pitra, Guidi et Garcia Gil; il y avait des jurisconsultes célèbres, comme Tavocat Mortel ; des évèques pleins de sagesse dans le gouvernement de leur Église, tels que les cardinaux Guibert, Dechamps, Donnet et Régnier ; on y voyait des cardinaux de trèshaute naissance : les Ëminences Bonaparte, Schwarzemberg, Hohenloe, Chigi, Antici Mattei, de Falloux, de Luca, Borromeo et Canossa, qui ont doté de leurs biens les pauvres et ceux qui souffrent ; et enfin Téminentissime camerlingue, chef suprême du sacré Collège pendant Tintèrim de la papauté, et qui l'emportait sur tous ses collègues par la dignité, la gravité et l'autorité.
Tous apportaient pour rélection d'un pontife le même zèle ardent et pieux ; tous avaient fait le même serment d'élire le plus digne, et tous le devaient tenir; tous formaient les mêmes vœux et avaient le même but. Mais la diversité des intelligences et des caractères produit des différences dans les moyens d'action. Les opinions, semblables au fond, s'expriment de diverses manières.
Il ne paraîtra donc pas étonnant que plusieurs /ac/toi» se soient formées parmi les cardinaux. Toutefois, ce mot a besoin d'explication. Tandis que les factions représentent dans les luttes politiques des groupes ennemis du pouvoir et souvent ennemis les uns des autres, elles n'expriment dans le langage ecclésiastique que les différentes nuances d'une même opinion.
Deux partis existaient dans le sacré Collège: l'un, plus ardent dans la défense des principes audacieusement violés de nos jours, pensait que plus la vérité est contestée, plus il importe de l'affirmer; que chaque pape, travaillant pour l'avenir autant que pour le présent, doit, sans jamais rien céder, tenir ferme dans la lutte, souffrir, mourir, s'il le faut, sans s'avouer vaincu, aGn de préparer le triomphe de ses successeurs; l'autre, aussi inébranlable dans ses convictions, aussi ferme dans ses résolutions, mais plus modéré dans ses paroles, croyait que la prudence doit toujours être unie au zèle, et que la patience est une grande force. Le premier comptait dans son sein les hommes qui ont voué leur vie à l'étude des sciences et de la religion, et qui se montrent d'autant plus inflexibles qu'ils ont acquis plus de certitude dans leurs croyances; le second se composait de ceux qui, ayant plus vécu au milieu des autres hommes, ont