CHAPITRE XIII. t
nécessairement plus d'expérience ; ceux-là voyaient les hommes tels qu'ils devraient être, et ceux-ci tels qu'ils sont. Les premiers, nommés par les Romains les zelanti, étaient représentés par le cardinal Bilio; les seconds, appelés les politiques ou les modérés, par le cardinal Pecci.
La différence entre les deux chefs était donc de peu d'importance. Les intérêts particuliers séparent souvent dans le monde ceux qu'unissent les mêmes vues ; mais les membres du sacré Collège, unis sur les points de doctrine et de discipline, avaient encore un intérêt commun et n'étaient séparés que sur une question d'opportunité, laquelle ne pouvait occasionner de graves dissentiments. D'ailleurs, plein de sincérité, chacun des cardinaux était prêt à renoncer à ses préférences pour le bien général.
Mais on craignait qu'il ne surgît du dehors des cpmplications : la France, FAutriche, l'Espagne et le Portugal peuvent, en vertu d'un usage antique, exclure l'un des candidats à la papauté ; bien que le droit de chacune de ces puissances se trouve épuisé par un seul veto, ce droit exercé par plusieurs pourrait obliger à trois ou quatre élections nécessaires, et l'on désignait, en effet, comme devant être exclus, ceux des cardinaux qui semblaient devoir réunir le plus de suffrages.
On avait aussi publié des correspondances, des dépêches qui faisaient apparaître la main de M. de Bismarck autour du futur conclave ; mais nous rendons volontiers justice aux gouvernements : ils ont eu la sagesse de reconnaître eux-mêmes que les princes de la terre n'ont rien à voir dans l'administration de l'Église, surtout dans le temps présent où l'on invoque des principes auxquels
le sacré Collège ne se rangera jamais, ni lui, ni son élu. « La Révolution française, messieurs les cardinaux, a mis le pied partout , excepté dans un conclave. » Ces fortes paroles de M. le duc de Laval, ambassadeur du roi Louis XVIIf, auraientété aussi vraies le 19 février 1878 que le 14 septembre 1823.
On a fait courir de nombreuses versions au sujet des scrutins qui ont précédé l'élection du souverain pontife Léon XIIL Voici la vérité :
Au premier scrutin, dans la matinée du 19, les votes se sont portés sur différents cardinaux, parmi lesçjuels cependant l'illustre camerlingue attirait déjà l'attention. Mais ce scrutin fut déclaré nul, par suite de quelques irrégularités de forme qui auraient dérogé à la juste rigueur des constitutions pontificales. Au scrutin*du soir, les électeurs qui avaient déjà donné leur vote au cardinal Pecci le confirmèrent, et quelques autres se joignirent à eux, de sorte que le camerlingue eut tout d*abord dix-sept voix, lesquelles s'élevèrent à une trentaine environ, lors du second vote qui eut lieU aussitôt après, par manière d'accession, ainsi que le prescrivent les règles canoniques du conclave.
On pouvait déjà prévoir qu'un résultat heureux ne se ferait pas longtemps attendre; et, pour arriver plus promptement à une solution, les Ëminences de Luca, Franchi, Bilio, qui avaient obtenu d'abord quelques suffrages, supplièrent leurs vénérables collègues de reporter