CHAPITRE XIII
ficat?» il priait. « Ne faisait-îl que prier, ce prêtre éminent, cet homme d'État connaissant à fond l'histoire redoutable que notre siècle écrit au jour le jour? Celui que Jésus, Époux de TÉglise, venait de trier parmi les hommes parce qu'il est le plus fort et le plus clairvoyant, regardait sans doute au dedans de son âme où pénétrait le premier rayon de l'Esprit infaillible, l'image distincte du monde, son royaume spirituel; il pensait aux défaillances qu'il faudrait fortifier, aux douleurs qu'il faudrait consoler ; car telle est la sublime condamnation du Pontife romain, porter, comme Jésus, dans sa pensée toutes les angoisses de l'Église catholique, tous les supplices du monde chrétien'. »
Il dit à ceux qui l'interrogeaient qu'il se croyait indigne d'une telle élévation, mais qu'en présence du choix de tous, il était prêt à faire la volonté de Dieu. On sentait dans ces paroles, lentement prononcées, qu'il mesurait la responsabilité, glorieuse mais terrible, de la dignité qu'il acceptait, et qu'il connaissait par avance l'amertume du calice qui lui était tendu.
Le cardinal doyen adressa alors au Pontife cette autre question :
« Gomment voulez-vous être appelé?
— Léon, répondit le Saint-Père, en mémoire de Léon XII, pour lequel j^ai toujours eu une grande vénération. »
De nouvelles acclamations retentirent au sein de l'auguste assemblée ^ et les princes de l'Église souhaitèrent de longs jours au successeur de Pie IX.
* Paul FÉvii, Revue du monde catholique, 10 mars ld78.
Après que Léon XIII eut reçu Thommage de ses frères les cardinaux, le vénérable archeyèque de Paris, le cardinal Guibert, se leva, et, allant s'agenouiller devant le Saint-Père, il lui demanda sa bénédiction pour lui, pour le diocèse de Paris, pour la France entière. Léon XIII la lui donna, et ajouta qu'il aimait beaucoup la France, dont il connaissait le grand cœur et le dévouement à l'Église. C'est ainsi que la fille atnée de l'Église eut la première part aux bénédictions du nouveau pontife.