‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 92 sur 152 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La première bénédiction de Léon XIIL

Des centaines de voitures élégantes, remplies des membres de Taristocratie romaine, des fiacres surchargés de curieux, des étrangers venus dé France, d*Espagne, d'Angleterre, d'Autriche, et tous mêlés, confondus, couvraient la place Saint-Pierre à Fheure des scrutins. C'eut été une étude piquante que celle de la foule immense où le pieux fidèle se trouvait à côté du simple curieux ou même d'un ennemi de l'Église. Une pensée commune rapprochait des inconnus et faisait nattre partout des conversations qui ne tardaient pas à s'animer. De temps en temps on levait la tête, on regardait vers le Vatican, et l'impatience romaine se trahissait par cette exclamation :

— E questafumata non viene? (Cette fumée ne viendra pas ?) Le mercredi, la foule, qui avait stationné sur la place jusqu'à midi et demi, s'était dispersée, après avoir vu une légère colonne de fumée s'élever dans les airs. Il n'y a point encore de pape, disait-on ; on n'avait point remarqué que la fumée était blanche, et qu'elle était produite par la simple incinération des bulletins, tandis qu'elle était noire la veille, à cause de la paille humide qu'on avait brûlée avec les bulletins.

La place était donc presque vide.

Tout à coup, la loggia extérieure de la basilique s*ouvre. La croix apparatt précédant le cardinal Gaterini, entouré de prélats.

Il jette à la ville et au inonde ces solennelles paroles : Annuntio vobù gaudium magnum : Haf'emus Pontificem : eminentissimun cardinalem Joachim Pecci, qui sibi nomen imposuU Leonem XIII.

« Je vous annonce une grande joie : Nous avons un Pontife : réminentissime cardinal Joachim Pecci, lequel a pris pour nom Léon XIIL »

La grande nouvelle se répand en un instant dans toute la ville : les cloches, sonnant à grande volée, annoncent elles aussi le gaudium magnum. Leur voix est entendue; partout on répète : Nous avons un papel et l'on court à Saint-Pierre.

Entratnée par un indescriptible enthousiasme, une multitude innombrable, où domine l'élément populaire, a bientôt envahi la place et l'intérieur de la basilique, qui est devenue trop petite. Jamais, pas même aux plus beaux jours d'avant 1870, et pour la fête de Pâques, on n'avait vu une foule aussi grande envahir les abords du Vatican. C'est partout une animation sans pareille, une joie aussi unanime, aussi profonde qu'elle était subite : la joie des enfants demeurés orphelins et qui retrouvent tout à coup la vivante image de leur père.

Saint-Pierre, il faut l'avouer, n'était point en ce moment un lieu de prière ^ni de recueillement ; c'était le Jorum du peuple des fidèles, l'enceinte du triomphe et de l'allégresse, où tous, Romains ou étrangers, patriciens pu cfmtadini, prêtres ou laïques, é^ieqt cofifondi^s dans une mènie penséç.

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