‹ Le pape, les catholiques et la question socialeChapitre 5 sur 24 · IG LA GENÈSE DE L ENCYCLIQUE RERUM NOVARUM · texte numérisé non relu

IG LA GENÈSE DE L ENCYCLIQUE RERUM NOVARUM

vail. En Allemagne, en Autriche, en Suisse, les chefs du mouvement catholique social ont d'abord parcouru les fabriques, lu les économistes, entendu les socialistes : forts de cet apprentissage, ils échafaudent ensuite leurs systèmes ; ils sont savants avant d'être chefs d'école. De Mun fut chef d'école avant d'être savant. Pour rallier des disciples, il dut tout d'abord inventer des mots d'ordre ; ensuite seulement, il se fit et leur donna des idées.

Dix ans durant, ces mots d'ordre furent au nombre de deux, l'un trop précis : la contre-révolution au nom du Sy II abus ^ ; l'autre trop vague : la corporation. Ces deux formules semblaient être des devises de réaction, non des devises de progrès.

Aujourd'hui, lorsqu'à la Chambre de Mun prend la parole, il fait l'effet d'un progressiste plutôt que d'un rétrograde. Son éloquence admirable s'est enrichie de faits, de chiffres, de textes et de documents, elle préconise une solution nette par des arguments nets. Cette généreuse cons-

^ ' Dk Mu\, Discours : Quesfio7is sociales, p. 234. — De la Toun DU Pl\, Association catholique, 1893, i, p. 135, a dit très justement : « Ce n'est pas à une contre-révolution qu'il faut songer pour guérir les maux de la Révolution, mais bien à une action en sens inverse, c'est-à-dire tendant à reconstituer les organismes sociaux essentiels sur lesquels la Révolution a exercé son action dissolvante : la société religieuse, la société domestique et la société professionnelle, >>

cicnce appelle la science à son renfort : de Mun a beaucoup étudié. Depuis quelques années, il parle en économiste ; on n'entendait, jadis, lorsque de Mun parlait, qu'un homme de cœur et un chrétien. Mais faut-il blâmer cet homme de cœur et ce chrétien de s'être bruyamment révélé, avant que l'économiste ne fût né ? Le courage manque pour émettre un tel blâme :

osera-t-on regretter plusieurs beaux discours et un bel exemple ?

On vient de voir qu'en France le mouvement social catholique ne fut pas le résultat d'une élaboration savante, mais, tout simplement, un élan spontané. Il en est autrement en Autriche : l'étude y précéda l'action parlementaire et l'action populaire.

Aux origines du mouvement social catholique autrichien, nous trouvons certains personnages qui, par leur naissance, étaient étrangers à TAutriche et môme au catholicisme. Le baron de Vogclsang, Saxon, exilé politi([ue, protestant

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