‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 17 sur 30 · IV. OBIEGTtONS. — INTOLÉRANCE · texte numérisé non relu

IV. OBIEGTtONS. — INTOLÉRANCE

II n'entre point dans notre plan d'entreprendre en détail la justification du moyen âge, quoiqu'on l'ait tant calomnié ; mais nous ne pouvons passer sous silence une accusation qu'on applique aux Pontifes de notre temps, les plus doux et les plus modérés, celle d'intolérance. — Les Papes sont intolérants? Que voulez-vous dire? Qu'ils ont tort de garder scrupuleusement le précieux dépôt de la foi, et qu'ils devraient, pour se conformer à vos mœurs, permettre à l'erreur de s'y mêler? Quoi! l'Église, fondée par Jésus-Christ pour défendre la A^érité et la conserver intacte, serait coupable de ne pas trahir son mandat? Ah! que ne diriez-vous pas contre elle, si elle accueillait l'erreur et laissait altérer la pureté de ses dogmes? De quels reproches amers vous l'accableriez, si vous pouviez la convaincre d'une pareille félonie? Ne voyez-vous pas que l'intolérance religieuse dont vous l'accusez est son droit et son devoir le plus sacré, et que vous lui faites un crime de ce qui fait sa gloire? Allons donc, aimez plus sincèrement la

vérité, et cessez de vous constituer les avocats de l'erreur.

Prétendez-vous que TÉglise romaine soit intolérante envers les personnes? Citez des faits publics qui frappent les yeux de l'Europe, ou révélez-nous, si vous en connaissez, des mystères de cruauté qui justifient vos attaques.

Où sont les peuples qui ont à se plaindre de l'Église romaine? Où sont les infortunés que le Pape torture? Nommez-les. Enfants dénaturés, vous oubliez les tendresses de votre mère, et vous calomniez le cœur si généreux du père que Jésus-Christ vous a donné. Vous êtes hérétiques, vous êtes schismatiques, vous êtes incrédules et rebelles; l'Eglise en gémit et condamne vos erreurs, voilà tout son tort.

Est-ce bien à vous de proférer de telles accusations? N'est-ce point de votre part une tactique pour détoin^ner l'attention? L'intolérance n^estelle pas le crime de l'hérésie et de la Révolution ' ?

' Luther et Calvin sont connus pour leur intolérance en fait de religion, eux qui prétendaient donner la liberté religieuse. Le premier, fils d'un artisan, excitait la guerre contre les paysans soulevés par ses principes : « Allons, mes princes, écrivait-il aux seigneurs allemands, aux armes!... frappez !... Aux armes! percez!... Les temps sont venus, temps merveilleux, où, avec du saRg, un prince peut gagner plus facilement le ciel,

Expliquez-iious, à la face de l'Europe, 1" origine de ces taches de sang qui sont encore sur vos mains et sur vos visages? C'est le sang de vos frères, qui ont eu le tort, à vos yeux, de demeurer fidèles à leurs devoirs ! Qui a mis en feu tous les royaumes catholiques, au temps de la prétendue Réforme ? Qui a mis les armes aux mains

que nous autres avec des prières. )> {Camerles sur le Protest., par Mgr de Ségur, II" p., eh. iv.)

« A l'âne, du chardon, un bât et le fouet ; aux paysans, de la paille d'avoine. S'ils ne veulent pas céder, le bâton et la carabine ; c'est de droit » (Lettre de Luther à Ruhel.)

On sait que Calvin faisait emprisonner et mettre à mort ses contradicteurs. Genève se lassa vite de sa tyrannie.

Rien n'est plus afïreux que le récit des persécutions exercées en Angleterre, par Henri YIU et sa fille Elisabeth, pour forcer les catholiques à abjurer leur foi. Ces faits sont trop connus pour que nous entrions dans quelque détail. Voici comment les résume un historien protestant : a Cette Église (l'anglicane), la plus intolérante qui ait existé, se montra au monde armée de couteaux, de haches et d'instruments de supplice ; ses premiers pas furent marqués du sang de ses innombrables victimes, tandis que ses bras ployaient sous le poids de leurs dépouilles

« En Irlande, ses atrocités ont dépassé celles de Mahomet, et il faudrait un volume pour rapporter ses actes d'intolérance. » (William Cobbet, Hist. de la Réf, et Leti. é l^d Tenderrlen.)

des princes spoliateurs de rAlleiuagne, et qui a jeté le trouble et l'agitation parmi les paisibles catholiques de France? Est-ce encore le Pape, ou Henri VIÏI et sa digne fille Elisabeth, qui ont signé contre leurs plus fidèles sujets ces lois atroces, que l'Angleterre n'a pas encore effacées de son code? Est-ce la religion qui a inspiré les excès de la Révolution française et semé en Europe ces germes de dissension qui, depuis un demi-siècle, ne nous permettent pas d'avoir la paix?

L'Eglise est intolérante? L'Angleterre, la Suède, la Prusse, la Russie, et tous les pays réformés, sont-ils aussi doux envers les catholiques qu'on est à Rome même envers les apostats?

Demandez à l'Irlande et jusqu'aux Indes ce qu'il faut penser du joug de l'Angleterre? à la Pologne, comment elle se trouve de Foppression de la Russie ? aux catholiques des Etats protestants, s'ils ont à se louer des aménités de leurs gouvernants? L'exil, la confiscation, les vexations de toute sorte, ne sont-ils pas à l'ordre du jour? L'Irlande ne périt-elle pas de faim et de misère, sous les serres de sa rivale? Les czars ont-ils reculé devant les plus honteuses vexations, pour arracher la foi du cœur des infortunés Polonais? Les journaux catholiques sont remplis de MU

navrants ou exaspérants de la part des Réformés contre les enfants de l'Eglise. Où est Tintolérance, si ce n'est là? et comment ose-t~on parler outrageusement de cette Rome, qui n'a d'autre défaut que d'être trop bonne et peutêtre trop faible?

Je sais que la presse révolutionnaire laisse ses lecteurs dans l'ignorance de pareils faits, avec une partialité flagrante, tandis qu'elle enregistre avec complaisance la moindre anecdote à la charge de l'Eglise. D'où vient cette inexplicable contradiction? De ce que tous les ennemis de l'Eglise sont frères et amis pour la combattre. Mais les hommes éclairés et impartiaux peuvent-ils ignorer l'histoire contemporaine, ou se laisser influencer au point de n'écouter ^lie les adversaires du catholicisme? N'est-il pas de leur devoir de chercher à connaître la vérité et même de la défendre , quand ils l'auront une fois connue ' ?

N'est-il pas temps que les catholiques démas-

1 A ceux qui n'ont point assez de loisirs pour s'instruire complètement sur ces questions, nous conseillons fie lire au moins les Causeries si intéressantes de Monseigneur de Ségur sur le protestantisrne actuel; ils y apprendront les choses les plus curieuses. (Chez Pélagaud, in-18.^

quent ces calomniateurs audacieux qui sont les plus intolérants des hommes en politique ou en religion, et qui ne cessent d'accuser d'intolérance surannée l'opposition défensive que nous leur faisons? N'ont-ils pas assez falsifié l'histoire et mis leurs crimes à la charge du catholicisme? A force d'être patients et de nous laisser calomnier, ne fmirions-nous pas par compromettre la bonne cause ? Répétons à notre tour, en le prouvant par des faits , que l'impiété hérétique et révolutionnaire a toujours été cruelle , ingrate, oppressive, sanguinaire même, et que de nos jours encore les catholiques sont plus libres sous le cimeterre du sultan que sous les lois réformées de la plupai't des Etats protestants.

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