‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 22 sur 30 · II. ACCUSATIONS · texte numérisé non relu

II. ACCUSATIONS

Les dissidents et les révolutionnaires ne sont pas tous de bonne foi ; il en est, parmi eux, qui font des efforts pour égarer l'opinion sur le gouvernement papal. Que de mensonges ne débitentils pas î Les uns crient : « C'est un gouvernement rétrograde. *

Ils savent bien qu'ils mentent, mais leur précurseur et leur maître Voltaire a recommandé la calomnie, en assurant qu'il en reste toujours quelque chose; ils sont fidèles à la tactique du maître. Gouvernement rétrograde! Il est de ces mots heureux que la malice invente et que la bêtise répète, sans trop les comprendre, mais dont l'effet parfois se fait sentir jusque sur les bons esprits. Que veut-on dire? Oserait-on nier que la civilisation européenne soit partie de l'Italie et que les Papes en aient été les promoteurs? Le démocrate Plée leur répondra lui-même dans le Siècle, journal qui n'est pas suspect : t Nous croyons que l'Italie, interpellée sur les services qu'elle a rendus, peut hardiment monter au Capitole des peuples et leur dire : Tel jour, je vous ai tirés de l'ignorance et de la barbarie ; tel jour, je vous ai restitué les anciens, tel autre j'ai pré-

paré les modernes; tel jour je vous ai donné la boussole, tel autre rAmérique; tel jour Raphaël, tel jour Galilée; tel jour la physique, tel autre Tanatomie; tel jour la peinture, tel autre la gravure; tel jour un art magnifique, tel autre une industrie superbe. Fouillez chacun de vos progrès, vous y trouverez l'Italie. » (Cité par la Revue de la Presse, 26 mars 1859.)

Cette Papauté, centre des lumières et de la civilisation au moyen âge, serait-elle donc tombée dans l'obscurantisme? Ses ennemis l'affirmeraient peut-être, si nous n'étions pas à deux jours de Rome et si les faits les plus éclatants n'étaient pas là pour les démentir. Ils se bornent donc à l'insinuer sous des termes ambigus. Mais demandezleur quelle est la ville de France ou d'Europe où il y ait plus d'écoles pour le peuple et plus de savants distingués, eu égard à la population? Ils n'en pourront citer -, ils n'en trouveront pas même qui supportent la comparaison, si ce n'est Paris peut-être. A ceux qui s'étonneraient de notre propre affirmation , nous conseillons de consulter les statistiques publiées par les journaux , et spécialement par le Correspondant.

Serait-ce l'état de l'industrie qui exciterait tant les lamentations des protestants et des révolutionnaires? Il est vrai qu'elle est moins développée en

Italie qu'en France et en Angleterre ; cette infériorité est commune aux contrées méridionales. Mais faut-il l'imputer au Pape? Est-il juste de le rendre responsable d'une situation qui est celle de tous les États environnants? Ensuite le malheur est-il si grand, au fond, qu'il faille, pour y remédier, protestantiser ou révolutionner l'Italie? Croyez-vous que les peuples soient plus heureux à proportion qu'ils sont plus tourmentés par l'ambition, l'amour du lucre, la passion des affaires et toutes les fureurs de la cupidité ? Nos pères étaient persuadés du contraire, et la même persuasion est universelle en Italie.

On sait que les moins respectables de nos adversaires jugent de la prospérité d'un pays par le nombre des usines, des nmchines à vapeur, des cabarets, des salles de bal, des théâtres et des lieux de plaisirs. Ces messieurs ont pour cela leurs raisons , que chacun sait; mais le Pape en a d'autres qui lui semblent préférables, et les gens de bien sont loin de le trouver mauvais. Le peuple de Rome est plus heureux que celui de Londres, malgré les immenses fabriques et les beaux magasins de cette dernière cité •, l'Angleterre le sait bien, et jamais les nobles lords qui en parlent si dédaigneusement ne provoqueront une comparaison ^

* D'après un article du Morning-Post (20 avril dernier).

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