III. LE PEUPLE DE ROME
D^autres se récrient : « Le peuple romain demande un autre gouvernement. »
Pourquoi essayer de tromper le public par ces
la proportion des indigetits à Londres est de un sur huit habitants ; à Paris elle est de un ^m: quinze; mais à Rome elle n'est que de un sur quatre-vingt. M. d'Azeglio écrivait en 1846 : « Le peuple italien, en comparaison de tant d'autres nations, ignore, on peut le dire, la misère; il ne sait pas ce que c'est que la faim, et la faim est la cause la plus puissante d'agitation parmi les peuples. » L'orgueilleuse Angleterre, qui ne cesse de calomnier les États romains, pourrait-elle en dire autant de l'Irlande qu'elle laisse mourir de faim, et de ces pauvres mêmes de Londres, qui sont rongés par la plus affreuse misère? Qu'on nous permette de citer un fragment d'un rapport officiel du docteur Lettuby, sur les habitations des pauvres, en 185i ; «Je n'insiste pas sur l'encombrement ordinaire et malsain... ; il y a beaucoup de logements où des adultes des deux sexes et appartenant à différentes familles sont réunis dans la même chambre, au mépris des règles les plus \Tilgaires de la décence; il y a des logements où trois à cinq adultes, hommes et femmes, couchent pèle mêle avec deux ou trois enfants, comme des brutes, sans la moindre notion de pudeur. J'ai vu des enfants déjà grands dormir sur la même couche que leur père, leur mère, leurs frères, leurs sœurs, et même avec des voisins et des amis... ; j'ai vu une femme près d^accoucher au milieu d^hommes et de femmes de différentes familles couchés sur la môme paillasse... » A
faussetés? Rome, encore une fois, est-elle donc aux exlrémités du monde , pour que nous ignorions ce qui s'y passe? ou bien ses hardis détracteurs sont-ils les seuls qui aient le privilège de la visiter, pour supposer que personne ne les démentira? Le peuple de Rome ne voudrait pas changer le Pape pour tel autre roi qu'on voudrait lui offrir; il sait parfaitement qu'il ne trouverait jamais un gouvernement aussi paternel, et que ses charges ne tarderaient pas à doubler. N'a-t-il pas fait l'essai du glorieux état républicain? Ne sait-il pas ce qu'il en coûte? Si la France a eu ses 45 centimes, Rome a eu ses spoliations, dont le trésor public se ressent encore aujourd'hui , et l'ère démagogique n'a pas du tout, croyez-le bien, laissé de délicieux souvenirs.
Qui se plaint donc? Les démagogues qui n'ont pas eu le temps de compléter leur fortune, et surtout ceux qui ont été bannis pour leurs crimes ou pour leur amour effréné du désordre. Voilà les honorables citoyens qui , trop souvent , se constituent d'eux-mêmes les représentants du peuple romain auprès des cours étrangères, et qui font
quoi bon multiplier les détails? «Ces cas et d'autres plus révoltants encore sont tres-fréquents dans la Cité. » Le peuple des États de l'Église ne connaît point une pareille immoralité. {Univers, 29 avril.)
tout le bruit dont les journaux anarchistes nous étourdissent les oreilles.
Le peuple de Rome n'est point sous l'oppression ni dans la douleur : consolez-vous, affectueux démocrates; il a plus de liberté que beaucoup d'autres en Europe; il a surtout la sagesse de se contenter des fêtes et des plaisirs qui se concilient avec l'ordre et la vertu. Lorsque nous étions dans la disette et que beaucoup de malheureux mouraient de faim, il était dans l'aisance et ne manquait de rien; lorsque l'Irlande est écrasée par les charges que lui impose l'Angleterre , la population romaine est environnée de la bienfaisance du pouvoir et des particuliers, jusqu'à l'abus ; lorsqu'un Français paye 100 francs d'impôt, un Romain n'en paye pas 50. Si le bon peuple de France ou d'Angleterre faisait l'essai de ce régime si injustement décrié, il vous rendrait avec usure tous les reproches que vous adressez sans raison au gouvernement romain. Écoutez le rapport de M. de Rayneval, notre ambassadeur à Rome :
« Les impôts sont toujours au-dessous du taux moyen des divers Etats européens. Un Romain paye annuellement à l'Etat 22 francs, les trois millions d'habitants payant 68 millions de francs. Un Français paye au gouvernement de France 45 francs, les trente-cinq millions d'habitants
payant un milliard 600 millions de francs. Ces chiffres montrent d'une façon péremptoire que les États pontificaux peuvent être considérés, à cet important point de vue, comme ayant rang parmi les nations les plus favorisées. Les dépenses sont réglées sur les principes de la plus stricte économie. »
Il y a trois ans, Mgr Tévêque d'Arras, revenant de Rome, crut devoir protester contre les mêmes calomnies : « Nous pouvons vous affirmer, disaitil dans une lettre pastorale, comme l'ayant vu de nos yeux, que ces attaques sont injustes et ces reproches mensongers; que ceux qui se les permettent, quand ils ne sont pas les échos irréfléchis de la malveillance, ce qui arrive le plus souvent, sont ou aveuglés par leurs préventions, ou trompés par des apparences dont ils ne se sont pas rendu compte. » (Monseigneur Parisis.)
Il indique ensuite, avec courage et sans déguisement, les vrais motifs des ennemis de l'Eglise : € Non, non, ce ne sont pas les abus qui les inquiètent, ni l'amour de l'humanité qui les inspire. Ils ont prouvé assez de fois qu'ils font bon marché du bonheur des peuples; et, quant aux abus, ils en seraient plutôt réjouis que attristés. C'est pour cela qu'ils en voient partout, afin de s'autoriser à tout bouleverser. C'est pour cela, qu'entre
autres, ils insistent avec tant d'acharnement pour que les administrations, comme ils disent, soient sécularisées, afin d'avoir un jour le droit de demander pourquoi une armée de laïques, chargée des intérêts temporels d'un peuple, serait plus longtemps commandée par un prêtre. ^ {Idem).
Le but de toutes ces haines et de toutes ces menées est invariablement la déchéance du souverain Pontife.