‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 25 sur 30 · V. BÉFORMES · texte numérisé non relu

V. BÉFORMES

Est-ce à dire pour cela qu'il n'y ait rien à réformer dans les États pontificaux? De quel pays oserait-on l'affirmer? Ceux qui parlent le plus haut seraient-ils en mesure de justifier tout ce qui se passe chez eux ? La perfection n'existe nulle part. Pie IX n'est-il pas entré assez courageusement dans les réformes, dès le commencement de son pontificat ' ? Towie l'Europe a retenti de ses

' Un publiciste contemporain exprimait dernièrement en ces termes, dans le Pays, son indignation contre un écrit de M. About :

(( Insulter la Papant(^ dans un Pape comme Pie TX,

louanges. S'il a été arrêté dans sa noble entreprise, à qui faut -il s'en prendre? Aux misérables qui le calomnient aujourd'hui. Ce sont eux qui l'ont entravé, qui ont abusé de ses concessions pour le priver de son autorité, qui l'ont forcé à prendre la fuite, qui ont dilapidé ses finances et révolutionné ses États, enfin qui ont nécessité l'intervention armée des puissances étrangères. Voilà ce qu'ils ont fait d'admirable ! On les reconnaît à leurs œuvres : la spoliation et le désordre.

Un éminent et pieux écrivain a eu raison d'é-

quand on se dit libéral et ami de l'Italie, c'est véritablement une aberration qui confond l'intelligence.

(( Où fut-il jamais un souverain d'un esprit plus doux, d'un cœur plus bienveillant, d'un pouvoir plus paternel? Qui a désiré d'un désir plus loyal l'amélioration du sort de l'Italie ? Qui a pris^ de notre temps, l'initiative du progrès? A qui la faute si, depuis dix ans, les États de l'Église ne sont pas en possession de toutes les réformes pratiques et utiles ? Quel est le coin du monde où le respect inspiré par les vertus d'un tel Pontife n'ait pas solennellement éclaté?

(( Tout ce qu'il y a de sensé, d'honnête et de patriote en Italie rend pleine justice à Pie IX. Nous entendions nous-môme, il y a peu de jours, d'anciens dictateurs de Rome^ en 1848, exprimer ces sentiments et déclarer que la Papauté était l'honneur de l'Italie.

(( On est à plaindre lorsqu'on ne comprend pas qu outrager de telles vertus et de telles gloires, c'est blesser le sens intime du monde entier, n (M. Gkanier de Gassagnac, député au corps législatif.)

crire ces lignes touchantes : « Lorsqu'il plut au Sauveur de choisir, en ces jours critiques, pour son représentant visible, cet homme d'amour, dont l'amour est si peu compris, tous les peuples ont béni le premier mouvement de ce généreux cœur, inspiré par l'esprit de son Maître. Dès le premier moment de sa mission providentielle, il a voulu un progrès du royaume de Dieu sur la terre ; il a cherché à opérer, dans l'humble patrimoine qu'il avait à régir, l'essai ou plutôt la figure de ce qu'il voulait pour le monde : l'ordre, la paix, l'union dans la justice et dans la vérité. Mais les siens ne l'ont pas compris. Ils ont d'abord déchiré sa robe en deux parts... Ensuite ils ont voulu le lapider. Mais, comme le Sauveur, il a passé au milieu d'eux; car son heure n'était pas venue. > (R. P. Gratry, mois de M.^ xiii' médit.)

Si Pie IX, depuis lors, a été impuissante mieux faire, n'est-ce pas encore leur faute? Ne provoque- t-on pas contre lui les rancunes protestantes et les fureurs révolutionnaires? Ne souffle-t-on pas la discorde dans ses États? Le ministre d'Autriche, avant la guerre, l'écrivait au gouvernement anglais, à propos des réformes demandées : « Les difficultés, disait-il, que le gouvernement pontifical rencontre dans l'accomplissement de cette tâche, proviennent beaucoup moins de Tin-

térieur que des éléments révolulioniiaires. dos influences et des excitations qui partent sans cesse de l'étranger. » {Dépêche off\ du 25 fév. 4859).

On veut faire croire à l'Europe que le domaine de saint Pierre est un sujet de trouble pour tous les États. Quelle plus criante injustice î Un des royaumes les plus faibles de la chrétienté et le plus pacifique de tous serait un foyer de révolutions ! Ah ! si les autres États pouvaient l'oublier un instant et faire taire les clameurs qui partent de chez eux, à peine s'apercevraient-ils de son existence. Non, non, ne vous y méprenez pas; il n'y a point là de péril pour l'Europe. Une raison plus profonde allume ces haines étranges : c'est la même qui excitait la rage des persécuteurs contre les paisibles chrétiens des premiers siècles, et qui excite encore celle des rois infidèles ou des mandarins contre nos frères de la Gochinchine. L'enfer et les passions, qui ne peuvent être en paix avec Dieu, rugiront jusqu'à la fin contre l'Éghse et contre son Pontife. Ils leur trouveront toujours des crimes, à proportion qu'ils verront en eux briller plus de vertus. C'est la prophétie de Jésus- Christ, et c'est le mot de l'énigme.

Catholiques, ne vous laissez pas tromper par des mensonges ou séduire par la crainte. C'est Dieu qu'on attaque, Dieu saura se défendre. De-

puis dix-huit siècles sa Providence se joue des fureurs de l'impiété. Gardez-vous des conseils timides de quelques gens bien intentionnés, non moins que des prôneurs d'une politique cauteleuse. Pour donner satisfaction à des ambitions et des haines qui ne seront jamais satisfaites, quelquesuns demandent le renversement de ce qui existe et proposent un plan magnifique, qui ne ferait que mettre plus en relief le souverain Pontife. Ils proposent de l'élever au-dessus de tous les princes italiens et de le constituer chef d'une grande confédération.

11 faut excuser l'intention de ceux qui ont conçu le dessein d'un si bel arrangement. Mais n'est-il pas approuvé par les irréconciliables ennemis de la Papauté? Or, comment expliquerez-vous qu'ils soient satisfaits d'une organisation qui grandirait tant cette même Papauté? N'en pénétrez- vous pas le mystère? Rien n'est plus facile. Les révolutionnaires italiens ont compris que la sécularisation complète des États de l'Eglise les leur livrerait entièrement, et que le Pape, élevé sur son trône à une telle hauteur, comme une idole au sommet d'un édifice , ne gênerait en aucune façon les allants et les venants. Ils ne consentent à le placer si haut, que pour passer plus librement par-dessous. Volontiers ils lui oteraient leur chapeau et

brûleraient des cassolettes d'encens devant lui, en attendant qu'un orage ou le mépris public fît disparaître cette image impuissante*.

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre, pour achever de répondre aux accusations d'impopularité si audacieusement portées contre lé Pape, qu'en rappelant le voyage triomphal de Pie ÎX à travers ses Etats, il y a deux ans. Tout ce peuple, dont les démagogues calomnient les sentiments, ne s'est-il pas précipité sur le passage de son Pontife ? A-t-on vu de nos jours, sur les pas d'un roi, autant d'enthousiasme et de vénéralion, une joie plus spontanée et des marques d'amour plus sincères? C'était l'ardent empressement d'enfants affectueux qui courent au devant d'un père chéri, dont le retour était l'objet de leur plus vive impatience. Tandis que les empe-

* Les limites de cet écrit ne nous permettent pas d'entrer dans plus de détails. On comprend que nous ne pouvons pas faire ici un tableau complet et une défense approfondie du gouvernement des États du Saint- Siège. Nous avons dû nous borner à rappeler les sommités des choses. Mais nous demandons, à ceux de nos lecteurs qui désireraient de plus amples explications, la permission de les renvoyer au Mémorandum de M. de Rayneval et aux admirables Etudes de M. de Corcelles, publiées dans le Correspondant. Le témoignage de ces deux représentants de la France à Rome est péremptoire.

reurs et les rois craignaient de nouveaux coups de poignard au milieu de leurs gardes, Pie IX laissait avec abandon baiser ses pieds et ses mains par son peuple bien-aimé, et versait des larmes d'attendrissement. Voyons-nous ailleurs un pareil spectacle? Les ennemis de la Papauté ont-ils des arguments sérieux contre dételles manifestations? A qui feront-ils croire que la douleur et la haine soient au fond de ces cœurs si franchement et si librement épanouis? Non, ces populations qu'on cherche à tromper, à séduire, à irriter contre leur Chef auguste, n'ont encore perdu ni le respect ni l'amour, que de nombreux bienfaits et un long dévouement leur ont inspirés depuis des siècles.

Ce respect et cet amour, vinssent-ils à faiblir en Italie, ne périront point dans l'univers; mais ils grandiront, au contraire, comme le règne de Jésus-Christ. Les tribulations de son Vicaire, au lieu de les abattre, ne feraient que les augmenter et les fortifier. Fût-il enfermé dans une prison, ou relégué dans quelque exil, les cœurs catholiques, qui s'émeuvent à son seul souvenir, n'en battraient que plus fort. Deux cents millions de voix demanderaient au ciel sa délivrance, et le ciel bientôt sécherait les larmes de l'Église. Père de nos âmes, croyez que vous êtes aimé ;

croyez qu'il y a pour vous d'impérissables dévouements ; croyez que vous avez de nombreux enfants prêts à tous les sacrifices; et que cette assurance console un peu votre cœur paternel, au milieu de tant de reniements et d'injures!

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