I. LUTTES PERMANENTES
Il ne faut pas trop s'etîrayer des luttes de l'Eglise, puisqu'elle en subira toujours et qu'elle en triomphera perpétuellement.
Gomme elle, la Papauté n'a rien à craindre précisément pour elle-même ; toutes deux sont immortelles. Les œuvres de Dieu ne périssent pas, quand il leur a promis les siècles.
Mais la société peut souffrir de leurs épreuves, et c'est pour cela qu'il faut prier Dieu de les abréger ou de les rendre fructueuses. Quand l'Océan, soulevé par la tempête , pousse jusqu'au ciel ses vagues mugissantes, quoiqu'elles ne l'atteignent pas, il y a pourtant des naufrages et des angoisses ; quand le soleil est voilé par des nuages froids et brumeux, les fleurs ne naissent pas et les fruits ne mûrissent pas : ainsi l'Eglise a dû souvent déplorer la perte ou les malheurs de ses enfants, et la bienfaisante influence de Rome a été plus d'une fois entravée, lorsque des orages bouleversaient la terre.
Il importe donc de découvrir les mauvais desseins des perturbateurs, afin de les déjouer plus
sûrement. Déjà nous avons démasqué plus d'une haine, plus d'une trame; il nous reste peu d'observations nouvelles à ajouter.
Mais il en est une fort grave . c'est que l'ennemi frappe au cœur même de l'Eglise, quand il touche à son Pontife. Pourquoi donc, parmi ses enfants et ses amis, y. en a-t-il tant qui ne paraissent pas s'en douter, quand nos adversaires le savent si bien et dirigent toujours là leurs principaux coups? Les impies, les démagogues et les hérétiques ne s'y trompent pas ; il suffit d'écouter leurs cris de rage et leurs vœux insensés pour deviner tous leurs plans.
Ils n'ont cessé de fomenter, depuis longtemps, la discorde et la guerre en Italie. L'Angleterre semait, avec de l'or, les calomnies et les dissidences protestantes, tandis que la démagogie agitait pour la liberté. L'hérésie et la Révolution se sont donné la main, comme deux sœurs animées du même esprit. Et bientôt on verrait nos voisins d'outre-Manche, qui désiraient si fort la paix dans rintérêt de leur commerce, absoudre la guerre, si elle amenait quelque tentative contre l'Eglise. Ces nobles lords qui, muets en face des plus grandes iniquités commises par les gouvernements séparés de Rome, dénonçaient naguèi'e à l'Europe, avec tant de zèle, les prétendus abus
des Etats de l'Eglise, comme la cause de l'agitation universelle , continueront par leurs discours et leur politique astucieuse de susciter des embarras au Saint-Siège, s'ils le peuvent. Car cette Rome est pour eux un reproche vivant; est-il rien de cruel au cœur d'un enfant rebelle, comme la vue d'une mère vénérable, qu'il a cent fois outragée? C'est là un crime qu'il ne peut se pardonner et qui l'agite toujours, comme le souvenir tourmente l'ange des ténèbres-
Nous ne voulons point descendre dans le domaine de la politique ; nous avouons notre incompétence. Nous voulons encore moins susciter des inquiétudes, quand le gouvernement français proclame si clairement et si hautement ses résolutions à l'égard du souverain Pontife. Nous ne combattons que les désirs mauvais de ceux qui voudraient le désordre. « Les ennemis de la Papauté, dit Mgr Gerbet, tout en dissimulant leurs arrière pensées, croient que les circonstances actuelles leur permettent de mettre en avant des principes et de provoquer des mesures dont le résultat serait d'humilier, d'affaiblir, de miner le gouvernement du Pape. > {Quest, ital.) Que les catholiques s'unissent pour leur faire perdre ces funestes espérances, et qu'ils ne se fassent pas illusion sur leurs secrets desseins.
Au sein de cette Italie, qui doit tant aux Pontifes romains, il y a des sociétés ténébreuses qui poursuivent depuis longtemps le projet criminel et insensé d'abattre la puissance du Vicaire de Jésus-Christ. Instruments dociles et actifs de Tenfer, elles ne reculent devant aucun attentat, elles ne perdent ni un instant ni une circonstance, pour parvenir à leur but. Les défaites mêmes ne les rebutent pas. Elles sèment le mensonge et la calomnie contre le sacerdoce et contre l'autorité ; elles s'efforcent de tromper le peuple, de lui inspirer de la défiance contre ses chefs, de lui faire désirer une liberté impossible, et de le disposer par là à des mouvements révolutionnaires qui amèneraient la licence. C'est surtout contre elles qu'il faut prémunir les faibles.
Une lettre émanée de la haute Vente (la tête des sociétés secrètes), et qui certes n'était pas destinée à la publicité, pourra instruire les moins crédules. Quoiqu'elle n'appartienne pas par sa date aux derniers événements, elle n'en révèle pas moins le plan invariable des ennemis les plus acharnés de l'Eglise. En voici la traduction de l'italien :
« Au milieu des soins qui ont le privilège d'agiter les esprits les plus puissants de nos Ventes , il en est un que nous ne devons jamais oublier.
« La Papauté a exercé de tout temps une action toujours décisive sur les affaires d'Italie. Par le bras, par la voix, par la plume, par le cœur de ses innombrables évêques, prêtres, moines, religieuses et fidèles de toutes les latitudes , la Papauté trouve des dévouements sans cesse prêts au martyre et à l'enthousiasme. Partout où il lui plaît d'en évoquer, elle a des amis qui meurent, d'autres qui se dépouillent pour elle. C'est un levier immense dont quelques Papes seuls ont apprécié toute la puissance (encore n'en ont-ils usé que dans une certaine mesure). Aujourd'hui... notre but final est celui de Voltaire et de la Révolution française, l'anéantissement à tout jamais du catholicisme et même de l'idée chrétienne, qui, restée debout sur les ruines de Rome, en serait la perpétuation plus tard '. >
* U Eglise romaine en face de la RévolutioUy par Grétineau-Joly, t. II, p. 82. — Il y a plusieurs révélations du même genre dans cet ouvrage; elles méritent d'être lues et méditées. Nous nous permettrons de citer encore deux fragments émanés aussi de quelques persoi>nages de la très-haute Vente, et qui ne sont guère moins instructifs pour les grands et pour les petits :
« Un prince qui n'a pas de royaume à attendre est une bonne fortune pour nous. Il y en a beaucoup dans ce cas-là. Faites-en des francs-maçons. La loge les conduira au carbonarisme. Un jour viendra où la haute Vente peut-être daignera se les affilier. En attendant, ils
Est-ce assez clair? L'auteur se moque ensuite des vanteries françaises, des rêves allemands et de Tor anglais 5 trop faibles moyens ! « Le catholi-
serviront de glu aux imbéciles, aux intrigants, aux citadins et aux besogneux. Ces pauvres princes feront notre affaire, en croyant ne travailler qu'à la leur. C'est une magnifique enseigne, et il y a toujours des sots disposés à se compromettre au service d'une conspiration dont un prince quelconque semble être l'arc-boutant.
(( Une fois qu'un homme, qu'un prince môme, un prince surtout, aura commencé à être corrompu, soyez persuadé qu'il ne s'arrêtera guère sur la pente. Il y a peu de mœurs, môme chez les plus moraux, et l'on va très-vite dans cette progression. Ne vous effrayez donc pas de voir les loges florissantes, lorsque le carbonarisme se recrute avec peiné. C'est sur les loges que nous comptons pour doubler nos rangs ; elles forment à leur insu notre noviciat préparatoire. Elles discourent sans fin sur les dangers du fanatisme, sur le bonheur de l'égalité sociale, et sur les grands principes de liberté religieuse. Elles ont, entre deux festins, des ana thèmes foudroyants contre l'intolérance et la persécution. C'est plus qu'il n'en faut pour nous faire des adeptes. Un homme imbu de ces belles choses n'est pas éloigné de nous; il ne reste plus qu'à l'enrégimenter. La loi du progrès social est là, et toute là ; ne prenez pas la peine de la chercher ailleurs. Dans les circonstances présentes, ne levez jamais le masque. Contentez-vous de rôder autour de la bergerie catholique; mais, en bon loup, saisissez au passage le premier agneau qui s'offrira dans les conditions voulues. Le bourgeois a du bon, le prince davantage
(i 11 faut décatholiciser le monde Ne conspirons
l il)
cisme, dit-il, a la vie plus dure que cela. 11 a vu de plus implacables, de plus terribles'adversaires, et il s'est souvent donné le malin plaisir de jeter de Teau bénite sur la tombe des plus enragés. » Puis il déroule son plan satanique , où la plus noire hypocrisie le dispute à la scélératesse.
Quand les méchants s'unissent et conspirent avec tant d'ardeur, les catholiques peuvent-ils rester muets ou inactifs? N'est-ce pas un devoir pour eux de se serrer autour du trône de leur Père
que contre Rome : pour cela, servons-nous de tous les incidents, mettons à profit toutes les éventualités. Défions-nous principalement des exagérations de zèle. Une bonne haine, bien froide, bien calculée, bien profonde, vaut mieux que tous ces feux d'artifice et toutes ces déclamations de tribune. A Paris, ils ne veulent pas comprendre cela; mais, à Londres, j'ai vu des hommes qui saisissaient mieux notre plan et qui s'y associent avec plus de fruit. » {Idem, p. 122.)
« Agitez à petit bruit, inquiétez Topinion, tenez le commerce en échec; surtout ne paraissez jamais. C'est le plus efficace des moyens pour mettre en suspicion le gouvernement pontifical. Les prêtres sont confiants, parce qu'ils croient dominer les âmes. Montrez-les soupçonneux et perfides. La multitude a eu de tout temps une extrême propension vers les contre-vérités. Trompez-la, elle aime à être trompée ; mais surtout pas de précipitation, et surtout plus de prise d'armes. Notre ami d'Osimo, qui a sondé le terrain, affirme que nous devons bravement faire nos Pâques et endormir ainsi la vigilance de Tautorifé, <> {M. p. i^d.)
spirituel, et d'aviser ensemble aux moyens de déjouer ces infâmes projets?
Dieu veille sur son Pontife, mais il veut que nous lyi servions d'instruments et que notre dévouement se montre avec éclat.
Dernièrement Pie IX, dans une nombreuse audience dont les Français formaient la plus grande partie, prononçait avec émotion ces belles et touchantes paroles :
« Mes chers enfants en Jésus-Christ^ je viens de vous bénir en particulier dans toute l'effusion de mon âme, et cependant, avant de vous quitta*, mon cœur sent le besoin de vous donner encore une fois ma bénédiction. Nous sommes à la veille de bien grands événements : Dieu seul connaît ce qu'il nous réserve à tous. Vous savez que je suis le chef visible de l'Église catholique; vous en êtes les membres : nous formons l'Eglise militante, et, si l'on attaquait le Pape, vous le savez, ce n'est pas à un homme qu'en en voudrait, mais à la cathohcité tout entière, dont il est la ièie et le chef. Pressez -vous autour de moi, unissez tous les jours vos prières aux miennes, afin que nous puissions faire une sainte violence au ciel. Oh! si vous saviez, mes enfants, quelle est la force de la prière, quelle est sa puissance auprès de Dieu! Ne cessons donc pas un instant
de prier pour son Eglise, pour son Epouse bienaimée. »
Répondrons-nous à son appel? Oui, nous prierons, nous parlerons , nous agirons, chacun dans sa sphère d'influence.
L'opinion est aujourd'hui la reine du monde ; elle fait souvent la paix ou la guerre. Citons à son tribunal les adversaires de la Papauté ; nous avons pour nous la foi , la raison , les intérêts de l'Europe et du monde entier, tout ce qui est le plus capable de saisir les esprits élevés et impartiaux. Les avocats de la cause ténébreuse du mal rentreront dans l'ombre, sous le poids du mépris et de l'aversion générale.
Ne permettons pas, quoi qu'il arrive, que le souverain Pontife soit opprimé, violenté, par la politique révolutionnaire. Il faut qu'il conserve toute sa liberté ; c'est un droit divin , c'est sa prérogative inaliénable. Jésus-Christ lui a donné toute puissance dans l'ordre spirituel; aucune créature ici-bas ne peut lui commander, ni l'entraver. Dépositaire des principes de la sagesse éternelle et suprême interprète de ces principes, il les enseigne à tous et ne reçoit la leçon de personne. Des conseils respectueux, sans doute, peuvent lui être adressés et soumis dans l'exercice de son pouvoir temporel, mais il demeure juge
de leur utilité et ne subit la loi de personne. Toute puissance qui s'arrogerait le droit de l'admonester serait usurpatrice et insolente ; si elle s'a\isait de lever le glaive, elle serait tyrannique et sacrilège.
Qu'on nous permette d'émettre ici une pensée qui fera sourire les* admirateurs de la politique protestante et révolutionnaire, mais qui n'en sera que plus recommandable aux yeux des catholiques. Car ils savent que la haine des sectaires et des méchants révèle la présence du vrai et du bien. L'Evangile est le code de la sagesse incréée et de la morale divine; il n'existe point en principe de législation aussi parfaite. Développant la loi naturelle, qui est le fondement de toutes les autres, ne l'explique-t-il pas de la manière la plus certaine et la plus admirable? Ne donne-t-il pas des conseils propres à en assurer l'exécution avec la plus consciencieuse sincérité? Dès lors peut-il ne pas être logiquement évident que l'Evangile pris à la lettre ferait la gloire et le bonheur des nations comme des individus? Or, qui sait mieux que le Pape interpréter l'Evangile? Qui est plus disposé a le pratiquer lui-même à l'égard de ses sujets et à le leur faire pratiquer entre eux? Qui est donc plus propre que le Vicaire de Jésus-Christ à rendre son peuple heureux et à le mener à la perfection?
On ne fera jamais une objection sérieuse à ce raisonnement.
J'en conclus que si le Pape , au lieu de subir l'influence d'une politique païenne et matérialiste, suivait son inspiration personnelle, ou plutôt celle de l'esprit de Dieu, et gouvernait ses Etats avec une plénitude de liberté que les factions ne lui ont jamais laissée, il ferait beaucoup mieux encore qu*on n'a fait jadis au Paraguay, et le Patrimoine de saint Pierre deviendrait le modèle des royaumes catholiques.
Est-ce à dire qu'il n'y ait rien de bon dans la science politique de l'Europe ? Ce serait un outrage à la civilisation et une impertinence ridicule. Nous prétendons seulement que l'Evangile, qui sait se plier à tous les temps et à tous les lieux, donne plus de science politique et plus de sagesse gouvernementale que la seule raison philosophique, trop souvent appliquée aux seuls intérêts matériels.
Que l'on se défie de ces conseils où des hérétiques, des schismatiques, des incrédules, peutêtre des affiliés aux sociétés secrètes, seraient appelés à décider ce que le Pape devrait faire dans ses Etats. Ne serait-ce pas une amère dérision? Dieu préserve la Papauté de souffrir jamais un pareil outrage!
€ Est-il nécessaire de rappeler, s'écrie Mgr
Gerbet, que, parmi les puissances qui mettraient la main sur la grande institution catholique , il y en a trois qui ne sont pas catholiques; que Tune d'elles, TAngleterre, ne reconnaît pas officiellement le gouvernement romain ; que, seule entre les nations protestantes, elle refuse depuis trois siècles d'entretenir avec lui: des relations diplomatiques; qu'elle maintient une loi en \ertu de laquelle ses rois ne pourraient, sans forfaiture, recevoir une lettre du Pape ? Est-elle en position de lui donner un conseil d'ami? > {Question d Italie, 1859).
La Papauté n'acceptera point de pareils guides ; elle ne subira pas leur direction impérative. S'y soumettre, ne serait-ce pas abdiquer une partie de sa mission divine pour le bonheur des peuples? N'a-t-elle pas été mise par la Providence à la tête des nations, pour les conduire dans la voie du progrès, à la lumière du christianisme et par la pratique de toutes les vertus ? Qui entrave le mouvement ascensionnel de perfection, si ce n'est cette coalition d'hommes égarés qui veulent n'écouter que leurs caprices ou qui font une opposition ouverte aux desseins de Dieu? Et ce seraient ces mêmes hommes qui prendraient la direction des affaires humaines, tandis que le chef élu par Jésus-Christ marcherait à leur suite ! En vérité, c'est trop fort. Si Dieu le permet, ce sera pour
punir le monde; mais sa miséricorde bientôt, nous en avons la confiance, replacera toute chose en son lieu et selon Tordre.
Terminons cet article sur les difficultés présentes ou possibles de la Papauté, comme nous l'avons commencé, par les promesses que Notre- Seigneur Jésus-Christ a faites à ses apôtres sous tant de formes :
€ Ne craignez point, petit troupeau, disait-il avec amour, car il a plu à votre Père de vous donner l'empire*. » Cet empire est impérissable. L'Eglise a traversé d'aussi grands orages qu'elle en pourra jamais rencontrer, et elle en a toujours triomphé par la puissance de son Chef divin. Il est dans sa destinée d'être persécutée par les passions qu'elle ne cesse de combattre.
Mgr Tévêque de Poitiers, en 1856, disait, avec beaucoup de raison ' : « En considérant tous les assauts que l'Église a subis depuis sa jeunesse, il ne me paraît pas qu'aucune des difficultés actuelles égale celle que d'autres époques plus orageuses ont fait naître. Je n'aperçois en face de la Papauté ni la persécution du colosse de l'empire païen, ni les intrigues de la cour de Byzance , ni
* Nolite timerc, pusilhis grcx, quia complacuil Patri vestro dare vobis regnum. (Luc, xii, 32.)
* ïnstr. syn. sur Rome, siège de la Papauté.
rimbécillilé des derniers césars d'Occident, ni le glaive brutal des Goths, des Vandales, desHérules et des Lombards, ni l'insolence et la rapacité des exarques et des gouverneurs, ni la menace dix fois séculaire de l'islamisme, ni l'usurpation laïque des investitures, ni l'intrusion des antipapes et la diversité des obédiences, ni la protection gênante et les prétentions tyranniques des héritiers dégénérés du saint Empire, ni les factions violentes des Guelfes et des Gibelins, ni les rivalités acharnées de cité à cité , de province à province, ni les mouvements populaires aussi fréquents, ni le cri d'indépendance aussi énergique, ni le pouvoir des tribuns aussi absolu sur la multitude. J'entrevois au contraire plusieurs symptômes rassurants. La plus grande maison d'Allemagne n'a pas abandonné les| voies de saint Henri, ni la France celles de Charlemagne. A part une seule des nationalités italiennes, qui n'est douée d'ailleurs d'aucun pouvoir d'attraction et d'assimilation, toutes les autres sont non-seulement inoffensives, mais bienveillantes, sans pensées d'agrandissement et de conquête, et elles n'éprouvent que le besoin de la conservation. »
Il avait dit précédemment : « Le sort de Pie VI, de Pie Vil et de Pie IX n'a rien eu de plus tragique que celui d'un grand nombre de leurs de-
vanciers; et le malheur de ces derniers Pontifes leur a été commun avec la plupart des puissances de ce monde. Depuis soixante ans, après tout, toutes les autres monarchies, toutes les autres dynasties ont eu leurs jours mauvais, et je ne vois pas que la souveraineté pontificale doive tant exciter les appréhensions et provoquer la pitié des autres souverainetés, menacées qu'elles sont de dangers non moins sérieux, sans avoir les mêmes titres de confiance dans la protection d'en haut. Emue de l'intérêt douloureux que quelques nations occidentales lui témoignent et des conseils bienveillants qu'elles prennent la peine de lui donner, la Papauté peut non moins justement s'apitoyer sur le sort de ces sociétés et répéter les paroles de son Maître marchant au Calvaire :
« Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants*. ^{Même instr.)
Les sociétés temporelles ont beaucoup plus à craindre ; en effet, que l'Épouse de Jésus-Christ, qui a traversé tant de luttes avec gloire et qui possède des promesses sacrées de vie éternelle * : « Les puissances de l'enfer ne prévaudront jamais contre vous. Je suis avec vous jusqu'à la consom-
' Luc xxiii, 28.
* Matth. XVI, 48.
mation des siècles *. » Celui qui a donné sa parole en termes si formels est le souverain Roi, auquel toute puissance a été donnée sur la terre et dans les cieux ; il soutient le monde de sa main ; il tient les rênes des empires, il gouverne les tempêtes, il dispose de la foudre, il se rit de la colère des hommes, -il déjoue tous leurs plans, il déchire leurs trames, comme un enfant détruit des toiles d'araignée. Un passereau, ni une fleur ne périssent point sans sa permission, et sans elle un cheveu ne peut tomber de notre tête ^,