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IV. STÉRILITÉ DU PROTESTANTISME

Nous venons de voir comment le protestantisme a remplacé le Pape, et bientôt nous en

décomTÎrons les conséquences. Mais il est utile de voir auparavant ce qu'il a substitué au sacerdoce divin établi par Jésus-Christ et se perpétuant par l'ordination.

Car les adversaires actuels de la Papauté ne feraient pas mieux ; et rien n'est plus propre à les instruire que l'expérience de leurs devanciers.

En réalité le sacerdoce a été aboli , en même temps que le sacrifice ; plus d'hostie, plus de prêtre : c'était logique.

Les ministres protestants, remarquons-le bien, ne sont pas des prêtres ; ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils n'ont aucun pouvoir surnaturel. On les définit avec raison des hommes habillés de noir qui, chaque dimanche, tiennent des discours généralement honnêtes devant un auditoire de leurs coreligionnaires. (Monseigneur DE Ségur.)

Us n'administrent aucun sacrement en vertu de leur ministère et n'ont pas même le droit d'enseigner; car toute influence de leur part serait une usurpation sur la hberté individuelle d'interpréter les saintes Ecritures ou sur l'inspiration du Saint-Esprit.

Ils sont mariés, ils ont leurs affaires, ils ne sont tenus qu'à un service fort simple : car il se

réduit en grande partie à la présidence des exercices du dimanche, à une lecture publique, ou à un discours moral. Pour ce qui est de leur foi, ils peuvent avoir celle qui leur plaît, ou même n'en pas avoir du tout; c'est le droit le plus inaliénable de toute conscience protestante *.

Que sont les évêques anglicans? De grands personnages, qui, comme les autres ministres , ont leurs femmes et leurs enfants ; ils veillent sur leurs fonctionnaires subalternes, comme nos préfets sur les maires, et perçoivent pour cela de très-gros émoluments.

Est-il nécessaire de faire le parallèle entre cette espèce de clergé laïque, sans mission, et le sacerdoce catholique, avec ses pouvoirs divins, tel que Jésus-Christ l'a constitué et tel que tous les siècles l'ont vu ' ? Notre tâche serait trop

* M. Goquerel, pasteur protestant à Paris, déclare que nul n'est tenu de croire à la divinité du Sauveur. (La Christologie^ publiée par lui.) — M. de Gasparin est heureux d'avoir trouvé 200 ministres, sur 700, qui n'aient pas rejeté ce dogme. {Intérêts gén. du prot.)

^ Le protestantisme, dit M. de Chateaubriand, n'a jamais été aussi populaire que le culte catholique ; de race princière et praticienne, il ne sympathise pas avec la foule. Sa bonté tient plus de la raison que de la tendresse; il vèt celui qui est nu, mais il ne le réchauffe pas dans son sein ; il ouvre des asiles à la misère, mais il ne vit pas et ne pleure pas avec elle dans ses réduits les

facile et nous paraîtrions abuser de la faveur de l'opinion, en versant le ridicule sur ces bons pères de famille, qui aiment naturellement la paix et qui connaissent aussi bien que nous leur impuissance.

Qu'on nous permette seulement de faire remarquer aux catholiques l'absence du sacrifice et des sacrements, ces grands moyens de communiquer la grâce aux âmes fidèles; c'est un point capital. Car à quelle vertu l'homme peutil atteindre sans eux? A quelle perfection morale une société peut-elle s'élever, sans puiser à ces sources une puissance supérieure? Quand la grâce de Jésus-Christ ne coule plus au cœm^ de l'homme, nul ne saurait dire ce qui s'y passe ; c'est la branche brisée qui se dessèche près du tronc et dont les vers dévorent les fruits à peine nés.

plus abjects; il soulage l'infortime, mais il n'y compatit pas. Le moine et le curé sont les compagnons du pauvre : pauvres comme lui, ils ont pour leurs compagnons les entrailles de Jésus-Christ ; les haillons, la paille, les plaies, les cachots, ne leur inspirent ni dégoûts ni répugnance, la charité en a parfumé l'indigence et le malheur. Le pasteur protestant abandonne le nécessiteux sur son lit de mort; pour lui les tombeaux ne sont point une religion, car il ne croit pas à ces lieux expiatoires où les prières d'un ami vont délivrer une âme souffrante; dans ce monde, il ne se précipite point au milieu du

Un des grands crimes du protestantisme (il en reçoit le châtiment) a été d'abolir la confession*, que Jésus-Christ a établie pour guérir les plaies de l'âme, et surtout l'adorable Eucharistie, qui est le dogme régénérateur par excellence, le pain et la vie des âmes , le contact direct du Sauveur avec sa créature, pour la

feu, de la peste; il garde pour sa famille particulière ces soins affectueux que le prêtre de Rome prodigue à la grande famille humaine. {Etudes historiques^ t. IV.)

* « On ne peut nier, dit un illustre philosophe protestîint, que toute cette institution ne soit digne de la sagesse divine, et il n'est assurément rien de plus beau et de plus digne d'éloge dans la religion chrétienne ; les Chinois eux-mêmes et les Japonais en ont été saisis d'admiration. En effet, la nécessité de la confession détourne beaucoup d'hommes du mal, ceux surtout qui ne sont pas encore endurcis, et elle offre de grandes consolations à ceux qui ont failli. Aussi, je regarde un confesseur pieux, grave et prudent, comme le grand organe de la divinité pour le salut des âmes; car ses conseils servent à régler nos affections, à nous faire remarquer nos défauts, à nous faire éviter les occasions du péché, à faire restituer ce qui a été enlevé, à réparer les scandales, à dissiper les doutes, à relever l'esprit abattu, enfin à guérir ou à adoucir tous les maux des âmes malades; et, si l'on peut difficilement trouver dans les affaires humaines quelque chose de plus excellent qu'un ami fidèle, que sera-ce lorsque cet ami est lié par la religion inviolable d'un sacrement divin, et tenu de vous garder sa foi et de vous secourir ? » (Leibnitz, Systema theologicvm, de confessione.)

transformer et la diviniser ' . Ah ! ceux qui ont privé tout un peuple d'un si puissant et si doux bienfait ont été plus que des meurtriers ordinaires; ils ont frappé au cœur cette nation malheureuse ; ils l'ont tuée moralement. Elle ne se relèvera que par son retour à la vérité.

Voyez la stérilité du protestantisme ! Pas un saint, pas un miracle, pas un fait surnaturel;

1 (( C'est ainsi que dans le christianisme l'eucharistie vivifie le cœur de l'homme par l'amour, comme l'enseignement vivifie son esprit par la vérité. Chose vraiment belle, et qui révèle bien cet ordre divin que nous retrouvons partout dans cette religion ! L'homme moral est esprit et cœur; il a besoin de deux choses : de nourriture et de lumière. Connaissance et amour : voilà les deux pôles de son être, sur lesquels roulent ses destinées. Le catholicisme pourvoit admirablement à ces deux fins. Par Tinfaillibilité de son enseignement, il détermine Tentendement humain, et le fixe dans la certitude de la vérité; par la participation eucharistique, il attire son cœur et le repose dans l'amour de cette même vérité. Par la doctrine, il est pour lui comme la colonne de nuée lumineuse qui guidait Israël dans le désert, et par le sacrement comme la manne céleste qui l'y nourrissait. Ce sont comme deux tables placées deçà et delà : l'une est la table de la loi divine qui contient et' enseigne la vraie foi, l'autre est la table de l'autel sacré où est le pain de vie qui la rend sensible; par l'une il nous éclaire, par l'autre il nous réchauffe; d'un côté il nous instruit, de l'autre il nous persuade : de toute part il nous saisit, et il nous relève, et il nous divinise. » (M. Nicolas, Efudeii phil. sur Ip Christ, t. iil, ch. xvir.)

pas même un ordre religieux ! Le chemin de la perfection est fermé, Fâme végète dans une religiosité vulgaire, l'amour de la vraie sainteté est éteint, et les sublimités du dévouement catholique sont inconnues. Toutes les puissances de la prétendue Réforme réunies n'enfanteraient pas une Sœur de charité! Toute la sève de la vie spirituelle est demeurée dans le cep qui est à Rome ; les sarments détachés se dessèchent et périssent.

Le protestantisme n'est plus une religion ; il n'est qu'un système religieux sec et incomplet. U est, si vous le voulez, un diminutif de la vraie religion, avec laquelle il a gardé quelques traits de ressemblance. Mais il n'a rien conservé de ce que Jésus-Christ a établi de plus fort pour sauver les âmes, et de plus consolant pour leur adoucir les fatigues de leur pèlerinage eu ce monde,

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