LES BREBIS TONDUES
Us courent par moments ; les coups inexorables Pleuvent, et l'on croit voir, avec ces misérables, La vérité, le droit, la raison, l'équité, Tout ce qu'on a de juste au fond du cœur, fouetté ! Où donc la conduit-on, cette foule hagarde, Trentiblanle sous le soir terrible? qui la garde? Comme ils sont harcelés, effrayés, éperdus !
Où vont ces sombres pas par derrière mordus?
Ils courent... — on dirait le passage d'un songe.
La bise souffle et semble un serpent qui s'allonge. Est-ce que le mystère est lui-même contre eux ? Pourquoi tant d'aqoilons sur tant de malheureux ? S'il est des anges noirs volant dans ces ténèbres, Je les implore! ô vents, grâce! ô plafonds funèbres, Ayez pitié! l'on souffre. Ah! que d'infortunés! Qui donc s'acharne ainsi sur les pauvres? Donnez D'autres ordres, esprits de l'ombre, à la tempête! Dans l'échevèlement sauvîige du prophète
Le vent peut se jouer, car le prophète est fort ; Msds soulTlant sur le faible en pleurs, le ciel a tort. Oui, je te donne tort, ciel profond qui m'écoutes ; C'est trop d'ombre. Oh! pitié! Des deux côtésdes routes Tout est brume, erreur, doute; et le brouillard trompeur Les glace et les aveugle ; ils ont froid, ils ont peur.
De qui ce v^t farouche est-il donc le ministre ? ÂUez, disparaissez à l'horizon sinistre.
Passe, ô blême troupeau dans la brume décru.
Que deviennent-ils donc quand ils ont disparu? Que deviennent-ils donc quand ils sont invisibles ? Ils tombent dans ce gouffre obscur : tous les possibles ! Ils s'en vont, ils s'en vont, ils s'en vont, nus, épars Sur des pentes sans' but croulant de toutes parts. pâle foule en fuite ! ô noirs troupeaux en marche ! Perdus dans l'immense ombre où jadis flottait l'arche ! Nul deoil n'est comparable à l'affreux sort de ceux Qui s'en vont ne laissant que du rêve après eux.