‹ Le papeChapitre 15 sur 24 · UN CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

UN CHAMP DE BATAILLE

Débarrassez-vous-en, brisez-moi cette chaîne! Sortez des* quatre mura sanglants de la géhenne, Ignoratjce, colère, orgueil, mensonge, à bas! Hommes, entendez-vous. Vivez. Plus de combats. Non, la terre d'horreur ne sera pas noyée.

Vous êtes rinnocence imbécile employée Aux forfaits, et les bras utiles devenus Scélérats, et je suis celui qui vient pieds nus Vous supplier, lions, tigres, d'être des hommes. Il est temps de laisser cette terre où nous sommes Tranquille, et de permettre aux fleurs, aux blessais. Aux vignes, aux vergers bénis, de croître en paix ; Il est temps que l'azur brille sur autre chose Que de la haine, et l'aube est souriante et rose Pour que nous soyons doux comme elle. Obéissons - A la vie, à l'aurore, aux berceaux, aux moissons. Ne sacrifions pas le monde à quelques hommes. Soyez de votre sang vénérable économes.

Non. il ne se peut pas qu'un choc tumultueux D'hommes ivres, pour plaire aux princes monstrueux. Épouvante ces champs oix Dieu met sa lumière. Quoi ! des mères seront en deuil dans leur chaumière.

lOi LE PAPE.

Quoi! des bras se tordront sous les deux étoiles! Des morts, p&les, seront entrevus dans les blés £t sous la transparence effrayante des fleuves ; ■Quoi! toutes les douleurs, les orphelins, tes veuves. Les vieillards, mêleront leurs lamentations... — Ah ! prenez garde h vous, rois! car vos actions D'où sort on ne sait quelle ombre extraordinaire iFont écouter à Dieu tes conseils du tonnerre !

La ffuerre civile.

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Vous vous enlr'égorgez, fils de la même France ! J'entends autour de vous cette mère crier.

Toi, paysan, tu veux tuer cet ouvrier !

Pourquoi? De quelque nom que ton travail se nomme,

II le fait aussi, lui ! vous êtes le même homme;

Vous semez, sur la terre où l'humanité croit,

Le grand germe sacré, toi Tépi, lui le droit ;

Il travaille, et de plus il veut aimer son frère.

Nul ne doit h la tâche auguste se soustraire ;

L'un est le moissonneur et l'autre l'émondeur.

Dieu, la clarté qui pense, est dans la profondeur;

Il est l'immense point lumineux de l'abime;

Hommes, il resplendit, féconde, inspire, anime.

Et cette vénérable et sereine lueur

Veut faire sur vos fronts briller de la sueur;

Car le travail est saint, et c'est la loi sublime.

Quoi! ce n'est pas la bêche, ou l'équerre, ou la lime.

Que vous avez aux poings, c'estle glaive! Pourquoi?

Parce que l'ouvrier marche en avant de toi.

Paysan. Il se hâte et l'avenir l'invite.

L'un va trop lentement et l'autre va trop vite.

LA. GUERBE CIVILE. 109

Peut-être, Dieu le sait. Mais est-ce une raison, peuple, pour emplir de spectres l'horizon, Pour plonger dans l'horreur vos mains désormais viles. Et faire sangloter le tocsin dans les villes ? Tout est ia vie; et Dieu n'a pas constfuit de mur. Ah ! s'il est au-dessus de nous, dans cet azur Où les réalités sont les axes des mondes, S'il est des buts certains , s'il est des lois profondes , Si l'aube en se levant dit vrai , si l'astre est pur, Et si le ciel est pour la terre un ami sûr, Si la vie est un fruit et non pas une proie, L'homme a pour droit, devoir et fonction la joie, Le travail et l'amour; et, quel que soit l'éclair Qui pour un instant jette un orage dans l'air. Il n'est pas de colère âpre, inhumaine, aûïée, Terrible, qui ne doive être déconcertée Par une mère ayeint au sein son nourrisson.

Quoi! partout la fureur! Quoi! partout le frisson. Le deuil, des bras sanglants et des fosses creusées! Quoi! troubler le soleil glorieux, les rosées. Les parfums, les clartés, le mois de mai si beau. Les fleurs, par rouverture affreuse du tombeau !

Ah ! fussiez-vous vainqueurs, qu'est-ce que la victoire? Vous aurez le cœur froid, vous aurez l'âme noire. A la fraternité rien ne peut suppléer.

Ah! réfléchissez. Dieu vous créa pour créer, Pour admer, pour avoir des enfants et des femmes. Pour ajouter sans cesse à vos foyers des flammes. Pour voir croître à vos pieds des fils nombreux et forts. Pour faire des vivants; et vous faites des morts ! Vous qui passez, pourquoi haïr celui qui passe? Accordez-vous les uns aux autres votre grâce. Arrêtez! Arrêtez! Fraternité!

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Il parle devant lui dans l'ombre.

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Et les prospérités ne sont jamais qu'obliques

Et menteuses, sortant des misères publiques;

L'arbre est malsain ayant un cadavre à son pied.

Rois, ayez peur du trône où votre orgueil s'assied,

Votre unie y devient spectre, et, maîtres des royaumes.

Hélas ! sans le savoir vous êtes des fantômes ;

S'appeler RomanofT, Habsbourg, Brunswick, Bourbon,

Empereur, majesté, roi, césar, à quoi bon?

Les Pharaons ont fait bâtir les Pyramides ;

Et quand sous le soleil, sous les grands vents numides.

Fouettant leur peuple aux fers, durs comme les destins,

Ils eurent achevé ces monuments hautains ,

Qu'ont-ils mis dans ces blocs prodigieux ? leur cendre.

rois, cela ne sert à rien d'être Alexandre,

Sésostris, ou Cyrus h, qui le sort sourit,

H vaut mieux être un pauvre appelé Jésus-Christ.

Le mal que nous faisons trop souvent nous encense ;

Hélas, qui que tu sois, puissant, crains ta puissance.

Qui, de l'autre côté du tombeau, fait pitié.

On est flatté par où l'on sera châtié.

Vous qui faites trembler, tremblez. — Que tout s'apaise! .

Quant à foi, travailleur sur qui le fardeau pèse,

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