Planche percée de trous. Le mot trapan était
employé pour désigner une planche. Il y avait à Troyes, près de l’église Saint-Remy, une place noinmé'e Marché aux Trapans, ou marché aux planches.
COMMENT ON FABRiaUAIT LE PAPIER
blanche ou molleton sans couture, destinée à boire une partie de l’eau surabondante dont la pâte se trouvait encore chargée
Le papier devait être étendu avec soin sur les feutres, pour éviter la formation des andouiUes ou amas de pâte allongés et plus épais que le reste du corps du papier^. Il fallait aussi veiller à ce qu’il ne fût pas atteint par quelque goutte d’eau qui, en tombant sur lui, l’aurait maculé d’une manière ineffaçable.
On estimait qu un ouvrier, dans sa journée, pouvait faire de 7 à 8 rames de papier de 500 feuilles chacune, soit de 3500 à 4000 feuilles.
L assemblage de 26 feuilles de papier avec leurs feutres formait un quel ou quaif, et la réunion de plusieurs quets, dont le nombre était proportionné aux dimensions du papier, prenait le nom de porse. Par exemple, la porse de papier conronne se composait de 10 quets ou 260 feuilles.
On faisait sortir l’eau des porses, dès qu’elles étaient assemblées, en les mettant
sous la presse, puis le levair détachait les Ces feuilles, après avoir passé sous
I. La fabrication des toiles feutrées (ou feutres), employées pour la préparation du papier, était une industrie spéciale. La chronique troyenne a conservé le nom d’un de ceux qui la pratiquèrent dans cette ville ; il se nommait Perrenetet fut un des principaux sicaires du bailli de Troyes, le jour de la Saint-Barthélemy {Mémoires de Nicolas Pithou, p. 46). L’arrêt du Conseil d’Etat, en date du 27 janvier 1739, permit aux maîtres papetiers de fabriquer ou faire fabriquer dans leurs moulins, soit en laine, coton, poil ou autres matières, les étoffes destinées à coucher leurs papiers au sortir de
feuilles de dessus les feutres.
la petite presse, ou pressette, étaient réunies en
la forme, appelées flottes ou feutres, sans pouvoir faire fabriquer aucune autre sorte d’étoffe, même pour leur usage personnel, h peine de confiscation et de i.ooo livres d’amende. — Les draps de Carcassonne et de Beauvais étaient surtout recommandés pour cet usage {Encyclopédie méthodique. Arts et métiers mécaniques, t. V, p. 100).
2. On les nommait 3.\issi pâtons ou frétillons, suivant la forme des petits paquets de pâte adhérents aux feuilles de papier, qu’ils dépréciaient entièrement pour la vente.
pages OU paquets de 7 ou 8 feuilles et portées au petit étendoir, où elles devaient sécher à l’air libre, sur des cordes le plus souvent labriquées en écorce de tilleul.
Collage du papier. — Venait ensuite le collage. La colle était préparée avec des rognures de peau, qu’on enlermait dans un récipient en 1er ajouré, baignant dans le liquide que contenait la chaudière et suspendu par une corde au moyen de laquelle, à l’aide d’une poulie, on pouvait la retirer quand il convenait. Cet appareil avait pour but d’empêcher les rognures de peau de s’attacher au fond de la chaudière.
Au bout de quatre ou cinq heures de cuisson, on enlevait les rognures, et après avoir passé le liquide dans une grande toile, on le versait dans une autre chaudière nommée moiiiUoir, en y ajoutant de l’eau pure et un peu d’alun.
Le salaraiid (ou saleran), ouvrier colleur, prenait alors les pages venant de l’étendoir et il en formait des poignées, qu’il plongeait dans le mouilloir, afin que le papier prît la colle.
Séch.age et lissage du papier. — Au sortir du bain de colle, les poignées étaient mises sous presse et ensuite portées au grand étendoir, où on les étendait une à une sur des cordes. Pour détacher les feuilles des poignées collées et les lancer à ['étendeuse, l’ouvrière jeteuse se servait d’un ferlet ou frelet, instrument en bois, ayant la forme d’un T '.
Dès que les feuilles étaient sèches, elles allaient au lissoir \ Chaque feuille était alors déployée sur une table couverte de cuir, et la tisseuse passait lortement son lissoir sur les deux côtés de la feuille, en la poussant toujours en avant.
Ce lissoir, d’après l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, était une pierre de silex longue de 3 à 6 pouces (^-8 à 16 centimètres) et d’un pouce (27 mm.) d’épaisseur. Sa base était taillée en forme de plan incliné, pour glisser plus aisément sur le papier, et le haut de la pierre, qu’on tenait à la main, avait une lorme ovale h
En sortant des mains des lisseuses, le papier passait dans celles des dclisseuses ou trieuses (appelées aussi sallcrantes et saUeranes, en Auvergne ; éplucheuses, dans d’autres provinces). Ces dernières l’examinaient, enlevaient tout ce qui pouwiit s’emporter.
1. Ce nom fcriet, donné sans doute comme sobriquet à un ouvrier papetier^ est devenu patronymique. On le rencontre encore dans notre région qui a fourni un si grand nombre d’ouvriers à l’industrie du papier.
2. Nommé plus tard la salle, d’où le nom de lisseuses, et ensuite celui de sallerantes, donnés aux femmes qui travaillaient dans cette salle et dont le rôle est maintenant rempli par le laminoir.
3. Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu, jusqu’ici, nous procurer un de ces silex ayant servi
authentiquement au lissage du papier. Il en résulte que nous nous sommes demandé si quelques-unes des pierres polies, silex, grès veit, jade, lumaclielle ou autres roches, que l’on rencontre fréquemment dans des déblais aux environs de notre ville et que l’on considère généralement comme étant des haches datant de l’époque de la pierre polie, ne seraient pas en réalité des polissoirs à papier. — iM. Briquet a reproduit dans son Dictminaire historique des marques du papier, i. I, p. 202, sous les numéros 2878 (n° i) et 2879 (n’’ ii).
COMMENT ON FABRiaUAIT LE PAPIER
à l’aide d’un grattoir ou épliichoir, et séparaient le hon papier d’avec le retrié (papier taché d’eau), le chantonné (papier dont les feuilles sont ridées), le court (celui dont les feuilles sont plus courtes que les autres) et le cassé (celui dont les feuilles sont percées et ne peuvent pas servir entières).
Les salleranes compteuses s’en emparaient ensuite, l’assemblaient et le mettaient en mains de 25 feuilles, en évitant de mélanger les formats.
Le papier était alors mis sous presse pendant douze ou vingt-quatre heures, suivant sa qualité. On le rognait' ensuite de trois côtés, avec de grands ciseaux dont une branche était attachée à une table h
Il ne restait plus qu’à le mettre en rames ' de 20 mains chacune, qu’on faisait passer de nouveau sous la presse, puis on ficelait ces rames en croix et on marquait sur l’enveloppe, faite de gros papier appelé maculature, la qualité du papier, le nom du fabricant et celui de la province. On le portait ensuite dans un magasin à l’abri de l'humidité en attendant la vente.
Il paraît que le papier fait depuis longtemps, et bien sec, est préférable, pour l’imprimerie, au papier neuf ou frais, et que les imprimeurs ont tout avantage à en avoir des provisions emmagasinées longtemps à l’avance.
deux filigranes rencontrés par lui en Italie et portant les millésimes 1456, à Udine ; 1458, à Fano ; 1458, à Rome, et 1499, à Naples. Ces filigranes représentent
l’un et l’autre des brunissoirs ou polissoirs à papier. M. Briquet dît, en outre, que les papetiers se sont servi jadis, pour satiner le papier, tantôt d’une pierre lisse et dure, tantôt d’un appareil que Zonghi ÇLc antiche carte fabrianesi ; Fano, 1884, p. 67) appelle r/o/az/tfro, mais dont il ne donne pas la description. L’aspect des filigranes figurés ci-dessus nous porte à croire qu’ils représentent des lissoirs, non pas en pierre dure, mais peutêtre en métal et plus probablement en un bois dur et lourd, tel que le buis, l’olivier, etc... — Dans l’inventaire
après décès de Jean Gouault, dressé en 1605, figurent dix-sept pierres à lisser, prisées ensemble 30 sols (Arch. départ., B 1242, !.).
1. Les rognures de papier étaient utilisées par les cartonniers, ce qui explique cette constatation, faite par M. Lebrun, auteur du Manuel du Cartonnier (Paris, Roret, 1836, p. 35), que « les cartons se fabriquent spécialement à Paris, à Lyon, à Rouen, à Lille, à Troyes... ». Les cartonniers de cette dernière ville auront prochainement aussi leur historien.
2. Dans l’inventaire après décès de Jean Gouault, dressé en 1605, figurent cinq paires de forces (ou grands ciseaux) à rogner le papier, prisées 20 sous (Arch. dépan., B 1242, 1.).
3. Les mots rame en français (rame de papier), resma en espagnol, risiiia en italien, rcain en anglais, reiss en allemand, dérivent tous de l’arabe ra:{inab, paquet ou ballot. — Ainsi que le rappelle M. Henri Havard, dans son Dictionmire de PAmeublement, le papier se comptait anciennement comme de nos jours. Pierre de Larivey, poète comique (né à Troyes en 1541, mort dans cette ville vers 1612), dans ses Tromperies (Troyes, 1611, petit in-8“), représentées pour la première fois en léri, fait dire (acte II, scène V) à l’un de ses personnages, nommé Bracquet : « Nenny de par le diable ! nenny : parle menu faites votre compte que le tout ne pourroit tenir en trois rames de papier. »