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A. Girv, Manuel de diplomatique, 1894, p

3. Ce registre a été signalé par M. H. d’Arhois de lubainville dans la Bibliothèque de l Ecole des Chartes, t. X\'lll (1857), p. 215.

CHAPITRE II: COMMENT ON FABRIQUAIT LE PAPIER DE CHIF¬ FON. TRANSFORMATIONS APPORTÉES DANS SA FABRICATION AU XVII? SIÈCLE, EN HOLLANDE, EN ANGLETERRE ET EN FRANCE.

LES CHIFFONS ÉTAIENT TRIÉS, DÉCOUPÉS, LAVÉS. TRITURÉS DANS DES MOULINS SPÉCIAUX ET RÉDUITS A L’ÉTAT DE PATE TRÈS CLAIRE, FIBREUSE, QUI SE DÉPOSAIT SUR LA « FORME » EN UNE MINCE COUCHE DEVENANT. APRÈS SÉCHAGE. LA FEUILLE QU’ON APPRÊTAIT ENSUITE PAR LE COLLAGE ET LE LISSAGE. DES MACHINES REMPLA¬ CÈRENT LA MAIN DE L’HOMME DANS CES OPÉRATIONS. IL FAUDRAIT VEILLER A LA QUALITÉ DES PAPIERS QUI DOIVENT DEVENIR DES PIÈCES D’ARCHIVES, DES LIVRES PRÉCIEUX, DES ACTES IMPORTANTS.

A description des procédés employés par les anciens papetiers, pour fabriquer leur papier, ne se rencontre guère que dans les grands ouvrages spéciaux, peu répandus et qu’il n’est pas toujours facile de consulter '. C’est pourquoi, dans le but de faciliter la lecture de notre travail et de le rendre plus compréhensible pour tous, nous avons pensé qu’il serait utile de faire connaître succinctement leur manière d’opérer. En voici l’exposé, emprunté à tous ceux qui ont écrit sur ce sujet.

Avant l’invention des machines à papier, dont l’emploi ne remonte guère au delà du XIX' siècle, le travail se faisait à la main. Il était exécuté par les papeUeurs ou patipekurs (ouvriers papetiers)'.

Les chiffons, dès leur arrivée à l’usine, étaient délissés, c’est-à-dire triés et débarrassés des coutures, des lisières et des nœuds de fil à coudre, qui auraient pu, par leur épaisseur, nuire à la parfaite trituration de la pâte ; ils étaient ensuite mis à

artisans de Troyes, année 1398 : « Item pour ce qu’il nous a esté relaté et affermé que les patipeUeurs ou ouvriers de pappier... a (Bibl. nat., anc. ms. 8312. 5, fol. 73, actuellement ms. 2625 du fonds français). On trouvera plus loin cette pièce rapportée tout au long.

1. Voir cependant : Notions pratiques sur h papier, par M. Briquet (i^ Bibliographe moderne, 1905, p. 5 à 36).

2. La Curne de Sainte-Palaye {Glossaire historique de l'ancien langage français) cite cet anicle des statuts des

Le Papier de Tkoyes.

part suivant leurs qualités ou leurs défauts. On donnait le nom de délisseiises ou dclisseresscs (giiilllres en Auverp;ne) aux femmes chargées de cette besogne

Les différentes sortes de chiffons, triées, comme nous l'avons dit, suivant leur nature et leur qualité h étaient ensuite lavées à l'eau courante, sur une claie, pour les purger de toutes les ordures qui pouvaient s’en échapper; on les portait, après cette opération, dans le poiirrissoir, grande cuve en pierre, ou chambre dallée et voûtée, hermétiquement close, pour y subir la lermentation nécessaire.

Là, on les arrosait huit ou di.x fois par vingt-quatre heures, pendant dix ou douze jours, puis on les laissait pendant une semaine sans les mouiller, mais en les retournant fréquemment, de manière à ramener en dessus ce qui était en dessous.

Les chiffons demeuraient ensuite dans cet état pendant vingt ou vingt-cinq jours, sans qu’on y touchât, La durée du pourrissage pouvait être de deux mois ou environ. On le jugeait arrivé à son terme lorsqu’en mettant la main dans la cuve il était impossible de l’y laisser plus de quelques secondes, en raison de la chaleur développée par la fermentation.

Le moment était alors venu de porter les chiffons au coupoir ou dérompoir (sorte de table posée sur des tréteaux solides et garnie de planches de trois côtés) pour les couper en petits morceaux, d’environ 5 centimètres de longueur, à l’aide d’une lame de faux fixée verticalement sur un établi, le dos opposé à la face de l’ouvrier qui passe les chiffons sur la lame tranchante et les coupe en tirant sur soi. Plus tard, cette dernière opération fut faite par les cylindres défileurs.

En sortant de là, les chiffons subissaient un lavage, puis on les triturait et on les réduisait en pâte à l’aide de pilons ou maillets armés de chevilles en fer et actionnés par une roue hydraulique. Dans la suite, les cylindres raffinetirs remplacèrent les maillets.

1. Dans les registres de levée d’impôts à Troyes au XV* siècle, nous avons rencontré Ie.s noms de plusieurs femmes accompagnés de cette qualification : en 1418, jehannette, délisscresse de drapel (drapeaux, vieux morceaux de linge), et Huguotte, délisscresse ; en 1419, jehannette la Rousse, délisscresse de vieil drappel; Marecte, femme veuve, Ysa « lobleyere » (fabricante d’oublies), Felison la vaudoise et d’autres encore, exerçant la même profession (Arch. mun., F 21 et 22). On a écrit dclissemse en 1418 et dcliscresse en 1419: l’orthographe n’était pas fixée.

2. F-n 1779, les chifibns étaient classés comme il suit dans les papeteries : Le chijfon fin, comprenant le chiflon blanc couleur coton et piqué ; — le cerné ou demihlanr, appelé binne triage ; — le saxe, comprenant tout ce qui est toile grise et cependant fine. C’est de ce triage

qu’on a appelé les papiers, ou fin, ou fin au 1/6, au 1/4, au r 3, c’est-à-dire que la blancheur du fin diminue avec la plus grande quantité du cerné y assorti. Enfin, toutes les matières qui ne pouvaient entrer dans ces trois catégories, telles que : indiennes rouges ou bleues, toiles à voiles, draperies, culottes ou vestes de paysans, servaient à fabriquer les maculatures, papiers grossiers pour enveloppes. On donnait aussi aux chiffons, suivant leur qualité, les noms de fin, moyen et bnJk. Cette dernière sorte se pourrissait plus facilement que les deux premières. Le nom de papier bulle servait également à désigner celui qui avait été fabriqué avec le chiffon bulle, c’est-à-dire de dernière qualité. Le papier vanant ou gros bon était, comme le précédent, le produit des pâtes « vanantes » ou de qualité inférieure. Onfroy, d'après un rapport de Subito (Arch. nat., 5139; LL. 2").

Il est reconnu que la nature de l’eau influe grandement sur la préparation de la pâte à papier. La meilleure doit être limpide et dissoudre facilement le savon. Sur certains ruisseaux, on n’a jamais pu obtenir des matières de bonne qualité ; d’autres cours d’eau donnent à la pâte une teinte brune très accentuée. C’est pour ce motif qu’un arrêté du Conseil d’État de 1730, relatif aux papeteries de la généralité de Limoges, fait défense aux propriétaires du moulin de la Ménagère à Aixe, de celui de Laurière et de celui du sieur Maurellieras, d’y faire d’autres papiers, dans toutes les sortes, que du moyen et du bulle '. On est donc autorisé à croire que les papeteries de Troyes et des environs ont dû en grande partie la réputation de leurs produits à la qualité des eaux de la Seine.

Comme dans les autres moulins, la roue qui actionnait les maillets était mue par un courant d’eau.

Elle était traversée par un arbre garni de lèves, cames ou mentonnets disposés de manière à soulever, à chaque tour de roue, les pilons ou maillets et à les laisser retomber, ensuite, dans des enloncements, sortes de mortiers, nommés piles, creux de piles ou bacbcits, taillés dans l’épaisseur d’une grosse pièce de bois de chêne ou d’orme. On en pratiquait autant que cette pièce de bois pouvait en contenir et on les distribuait le long de l’arbre, proportionnellement à la quantité d’eau dont on disposait pour faire tourner cet arbre et jouer les maillets ’.

Le fond de chaque pile était garni d’une platine de fer fondu ou forgé, de l à 2 pouces (27 et 54 mm.) d’épaisseur.

Les piles les plus rapprochées de la roue se nommaient piles à effilocher, ou piles à irapeier. Les maillets qui agissaient sur ces piles étaient garnis de gros clous de fer pointus et tranchants, pour hacher les drapeaux ou chiffons ; le nombre de ces clous allait quelquefois jusqu’à quarante. Les piles qui venaient ensuite étaient appelées piles à raffiner ou piles fioran ; leurs maillets étaient garnis de clous à tête plate, en forme de coins, qui servaient à piler et à broyer les drapeaax, pour les réduire en pâte. La dernière pile portait le nom de pile à affleurer, pile affleurante, ou pile de l'ouvrier ; les maillets qui la frappaient n’étaient pas garnis de fer, leur action ne consistant qu’à délayer la pâte au moment de l’employer.

Lorsque le moulin était en activité, les lèves ou cames, distribués sur l’arbre

I. Louis Duval, Fapekries et Imprmieries du départe- 2. On a constaté que la préparation d un kilo de

ment de la Creuse, Guéret, 1898. papier e-aige environ 1000 kilos d’eau.

Le Papetier, gravure de Jost Amman (xvi s*.)

tournant, rencontraient les extrémités des maillets et les enlevaient jusqu'à ce que, venant à échapper, elles laissent retomber ces maillets sur le chiffon placé dans la pile.

L’eau, qui devait aider à la circulation du chiffon de pile en pile et le laver, était amenée au moyen de pompes que la roue faisait mouvoir; pour laisser couler cette eau, le fond de chaque pile était percé d'un trou garni d’une plaque de bois nommée fois, au milieu de laquelle il y avait trois ouvertures couvertes d’un tamis de crin, destiné à arrêter la pâte au passage.

La pâte de papier étant suffisamment affinée, on la portait dans des caisses de dépôt où elle s’égouttait. En été, on devait la mettre en œuvre sans retard, parce qu'elle ne pouvait se conserver : les vers s’y mettaient et elle se décomposait rapidement.

L’état de la température exerçait une grande influence sur la préparation du papier, ainsi que le constate un vieil auteur, en disant : « Est à considérer l’indisposition ou mutation des temps et saisons, car les aucunes sont propices et convenables à faire papier et une partie de l'année ne peut-on besongner ne coler aucune fois par le temps humide et froid, pour les gelées, brouillards ou troublement d’eaux, vents, tourbillons, tonnères, ou chaleurs véhémentes. »

Pour employer la pâte à papier, on la délayait à l'aide de maillets affleurants ; elle était ensuite portée dans une cuve ' remplie d'eau chaude, où on la remuait avec une fourche, pour en composer une espèce de bouillie plus ou moins claire.

L’ouvrier prenait alors une forme ou moule \ il la plongeait dans la cuve et la retirait chargée de pâte. Ensuite, par un mouvement horizontal et régulier, il balançait cette pâte sur la forme et la répartissait également, de façon que les fibres de la pâte se feutrent en s’enchevêtrant. Ce travail devait être exécuté avec soin, car l'égalité des feuilles et la qualité du papier dépendaient de l’habileté avec laquelle était effectué le balancement de la forme. L’ouvrier prolongeait cette opération quand le papier devait être plus fort, la pâte étant dans ce cas moins liquide.

C’est à l’emploi de la cuve et de la forme que sont dus les noms de papier à la Clive et de papier à la forme, sous lesquels on désigne encore aujourd’hui le papier fait à la main.

Aussitôt formée, la leuille de papier était mise à égoutter sur le trapan de la cuve ’. Elle passait ensuite dans les mains du coucheur, dont l’emploi consistait à l’étendre sur le côté le moins velu d’un feutre, flautre, jloutrc, ou lange, pièce de laine

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