Briquet, op. rit., p. 9. ner, 1893, in
2. Lii Famille de Moutgoijier, par Léon Rostaing, 5. Onfrov, lu'S Papiers à la enve d' Arches et d'Ar-
Lyon, A. Rcy et C'% 1910, p. 92, 318, 324-323. cbelte, d’après Arch. nat,, F*' 95,i39-
3. En 17S1, même, selon Briquet p. 10). 6. Fernand Gerbaux, La Papeterie de Buges (/,(■
4. MHanges de Bibliographie, r® série, Paris, Teche- Bibliographe moderne, t. M, 1903, p. 23 à 83).
MODIFICATIONS APPORTÉES A LA FABRICATION DU PAPIER
Quelques années après, en 1805, lors du passage de Napoléon à Troyes, un industriel du département de l’Aube, M. Rousseau, propriétaire de la papeterie de Clairvaux, lui lut un discours qu’il avait fait imprimer sur du papier de paille sortant de sa manufacture. Il le présenta à S. M. comme étant un premier spécimen d’une invention toute récente
C’est aussi du commencement du xix' siècle que date le collage en cuve de la pâte.
Quand, vers le milieu de ce siècle, on commença à rechercher les papiers de genre ancien, M. Edmond Laroche-Joubert imagina de placer, à l’extrémité de la table de fabrication, un rouleau vergeur avec lequel on imita les papiers à la forme. De son côté, M. Outhenin-Chalandre fabriqua des papiers mécaniques filigranés, importante restitution qui permet de dater un papier avec la plus grande certitude.
La production des étoffes de coton ayant pris une extension considérable au détriment de celles de fil de lin ou de chanvre, le coton remplaça, dans la fabrication du papier, les chiffons de linge de fil, devenus d’un prix beaucoup plus élevé.
« Quoique la durée du fil, comparée à celle du coton, rende en définitive le fil moins cher que le coton, comme il s’agit toujours, pour les pauvres, de sortir une somme quelconque de leurs poches, ils préfèrent donner moins que plus, et subissent des pertes énormes.
« La classe bourgeoise agit comme le pauvre.
« Le papier de coton, qui d’abord a l’inconvénient de se couper et de se casser, se dissout dans l’eau si facilement, qu’un livre imprimé sur ce papier s’y met en bouillie en y restant un quart d’heure, tandis qu’un vieux livre ne serait pas perdu en y restant deux heures. On ferait sécher le vieux livre, et, quoique jauni, passé, le texte en serait encore lisible ; l’œuvre ne serait pas détruite b »
C’est en ces termes qu’Honoré de Balzac fait le procès du papier de coton. Plus loin, il écrit ces quelques lignes, dans lesquelles on trouve l’exposé de prévisions dont la réalisation ne se fait que trop sentir de nos jours : « Nous arrivons à une époque où les fortunes diminuant par leur égalisation, tout s’appauvrira; nous voudrons du linge et des livres à bon marché, comme on commence à vouloir de petits tableaux faute d’espace pour en placer de grands. Les chemises et les livres ne dureront pas, voilà tout. La solidité des produits s’en va de toutes parts. »
1. Voir II' partie. Papeterie de Clain'aux. siotis perdîtes, connue dans les éditions modernes sous le
2. Œuvres de Balzac, édit. Michel Lévy frères, 1867: titre Les Souffrances de VInventeur. Ce passage a disparu
Èvt et David, p. 9. Cest la troisième partie des Illu- dans les éditions postérieures.
Que dirait le grand écrivain s’il voyait nos misérables papiers de bois dépourvus de toute consistance, sans corps, sans liaison et condamnés à une prochaine et inévitable destruction ?
Que seront, dans cent ans, les papiers de notre époque, appelés à prendre place dans les dépôts d’archives?
On ne peut y songer sans exprimer le regret qu’une voix autorisée ne se soit pas encore élevée pour demander aux pouvoirs publics d’intervenir, en exigeant que toutes les pièces administratives et autres d'intérêt général soient écrites sur du papier résistant et présentant de sérieuses garanties de conservation.
Il est resté un écho local des préoccupations que cette question causa aux dirigeants de l'ancien régime.
« Les différentes plaintes qui ont été faites sur les qualités des papiers tant à écrire qu’à imprimer qui se fabriquent surtout dans la province d’Auvergne et le mauvais meslange qui s’y fait de papiers de diverses sortes ont fait chercher les moyens de remédier autant qu’il est possible aux abus et de perfectionner cette labrique. » Ainsi s’exprime une lettre datée de Versailles, le 6 mars 1728, signée « Le Pelletier' » et adressée à M. Lescalopier, intendant de Champagne. « Dans cette vue, continue la dite lettre, il a été fait un règlement au mois de décembre 1727... Comme on se plaint également du meslange des papiers qui se fabriquent dans les autres provinces du royaume et qu’il est du bien de l’État et de l’avantage du commerce de conserver et de perfectionner ces sortes de fabriques », il demande à l'intendant « de se laire rendre compte de la quantité de fabriques et de moulins à papier, s’il y en a dans votre département, d’en faire assembler les fabriquans les plus intelligens et autres personnes que vous jugerez à propos, de leur communiquer l’arrest rendu au sujet des fabriques de papier d’Auvergne. Vous vous ferez apporter des papiers de toutes les sortes et qualités qui s’y labriquent ; ce qui s’appelle sorte en Auvergne, c’est la dénomination des papiers comme papiers de compte teillière, couronne, carré, écu, etc, ; ce qui s’appelle qualité, c’est fin, moyen bulle ou petit papier dans d’autres provinces. Vous vous informerez d’eux s’ils connoissent les formes et les grandeurs des papiers d’.Luvcrgne et si ceux qui se fabriquent dans votre département y reviennent, et, en ce cas, s’il ne conviendroit pas de faire un semblable règlement pour ces sortes de papiers. En cas qu’elles n’y reviennent point et que les formes en soient différentes, vous en ferez un état dans lequel vous ferez marquer les différentes sortes et qualités, la grandeur et la
1. Le Pc-leticr des Forts, comte de Saint-Fargeau, contrôleur général des finances de 1726 à 1730.
MODIFICATIONS APPORTÉES A LA FABRICATION DU PAPIER
largeur sans être rognés, au pouce et à la ligne, et ce que pèse chaque rame, en spécifiant combien d’onces à la livre, et vous me l’envoierés. Comme chaque pays a différens usages, faites-moy, je vous prie, un détail exact de la manière dont vos fabriques de papier se gouvernent, comment la police s’y exerce, s’il y a des jurés gardes visiteurs établis et quelques anciens règlemens, soit pour les papiers fins ou gros papier, et à quels usages on les employé. Enfin, envoiés-moy un état très circonstancié et très détaillé de ce que vous croirez qu’il conviendroit de faire pour entretenir le bon ordre de cette sorte de manufacture et un projet de règlement qui puisse remédier aux abus qui pourroient s’y être glissés. »
Voici la réponse de l’Intendant au Contrôleur général:
« Du 19 may 1728.
« Il n’y a que huit papeteries travaillantes dans cette généralité, sçavoir : trois dans l’élection de Langres, dont deux au territoire de Bèze, à huit lieues audelà de Langres et à quatre lieues près de Dijon, la troisième à Saint-Martin, une lieue en-deçà; trois dans l’élection de Troyes, dont deux au territoire de la ville et une au village de Vannes, à deux lieues au-dessous ' ; une à Saint-Martin d’Ablois, élection d’Épernay, deux lieues à gauche ; la dernière à Haudrecy, élection de Reims, à une lieue de Charleville. Il n’a pas été possible d’en assembler les fabriquants, et vous en jugerez. Monsieur, par la distance de ces moulins les uns des autres, ceux de l’élection de Langres étant à trente-cinq lieues de ceux de Troyes, ceux de Troyes à vingt-cinq lieues de celuy d’Epernay et celuy de Reims à plus de vingt-cinq lieues de celuy d’Épernay, à quarante de ceux de Troyes et à près de soixante de ceux de Langres.
« Je n’ay connoissance d’aucun règlement ancien observé dans ces usines qui se gouvernent assez arbitrairement, leur éloignement ne les rend pas susceptibles de l’élection et surveillance des gardes jurés visiteurs et je crois qu’eu égard à la
I. Le 23 mars 1728, le subdélégué Paillot avait renseigné l’intendant sur les papeteries de l’élection de Troyes, où il y a, dit-il, « trois papeteries ou moulins à papier où l’on fait de gros papier servant à emballer et envelopper les marchandises, d’autres à l’impression de petits livres bleus, et presque tout ce papier se débite dans le païs. Ces moulins sont situés, sçavoir : Le moulin Le Roy sçitué au Haut Trévois, paroisse de la ville, distant d’un quart de lieue d’icelle et sur la rivière de Seine, en montant ; il ne consiste qu’en une cuve ; on y façonne deux sortes de papier, l’un pour les mar¬
chands, le second pour les imprimeurs et pour leur servir à de mauvaises impressions. Ce moulin appartient au s' de Bure, l’aîné. Le moulin de la Mouline, appartenant au s"" de Bure, le jeune, sçitué à 500 pas plus loin, est la même chose que le premier et fait les mêmes papiers. Le troisième moulin appartient au sieur Denis {pour Denise). Il est situé sur la rivière de Seine, en descendant au village de Vannes, deux lieues de Troyes. Il n’y a qu’une cuve et on y façonne de 3 à 4 sortes de gros papiers pour le ser.’ice des marchands et pour de mauvaises impressions. »
petite quantité et à la qualité très commune et très grossière des papiers qui s’y fabriquent, dont vous pourrez juger par les échantillons cy-joints, au désir de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 6 mars, il est assez difficile de les assujétir au règlement du 30 décembre dernier »
De fait, notre région dut attendre la réglementation générale de 1739 pour être protégée.