Doit-on voir dans ce quatrefeuilles une allusion
au nombre des papetiers jurés de Troyes, qui était de quatre, ainsi que nous l’apprennent des lettres de Charles VIII, datées de mars 1490, rapportées ci-après, p. 52.
Nos recherches ne nous laissent aucun doute sur la valeur du quatrefeuilles employé ainsi; nous disons donc à coup sùr, en tenant compte, bien entendu, de la contrefaçon possible, que tous les papiers ayant un Jiligrane accompagné d’un quatrefeuilles proviennent de Troyes ou des environs de cette ville, soit qu’ils portent la marque spéciale au fabricant, soit qu’ils aient été faits à l’aide de formes fournies aux papetiers et munies des marques des marchands ou des libraires pour le compte desquels ils ont travaillé
Dans les derniers temps, le quatrefeuilles fut parfois modifié et devint, mais rarement, une rose à feuilles multiples ou un trèfle, dont la présence doit être attribuée à l'inattention ou à la fantaisie de l’ouvrier chargé de confectionner le filigrane fl
A partir de 1540, ou environ, nos fabricants commencèrent à employer des contremarques portant leurs noms en toutes lettres.
Du wii' au xvnr- siècle, les papetiers, afin de flatter les seigneurs sur les terres desquels ils demeuraient, en firent reproduire les armes dans la pâte de leur papier. On peut en citer de nombreux exemples ; un des plus connus est celui aux armes de François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, ministre de la guerre sous Louis XIV (1639-1691), et qui a donné son nom au papier ministre ou tellière, d’un format particulier. Les fabricants de l’Angoumois remplacèrent, par reconnaissance, les armes de Le Tellier par celles de Turgot et ce format fut appelé par eux le papier turgot.
C’est aussi par reconnaissance pour l'appui qu’il en avait reçu que le papetier Bouvet, d’Estissac (Aube), plaça en 1774, sur son papier, les armes des La Rochefoucauld, ducs d’Estissac '.
Dans la première moitié du .wiiri' siècle, le gouvernement, par l’organe du Conseil d'Etat, et notamment en 1732, 1739 et 1742, réglementa la fabrication du papier et entre autres celle des filigranes. Les papetiers se virent contraints d’employer des marques de plus grandes dimensions et très compliquées, ce qui présentait d’assez graves inconvénients, parce qu’elles étaient exposées à se découdre et à empâter l’ouvrage.
Peu à peu ils abrégèrent les détails, et l’administration des manufitetures, bien avisée, ne leur refusa pas son consentement. Elle autorisa même la suppression du millésime « 1742 », date de l’ordonnance, auquel plusieurs fabricants substituèrent l’année de la fabrication du papier.
1. Le papier portant le quatrefeuilles doit être celui qui est désigné parfois sous le nom de papier à la rose.
2. Notons cependant l’achat à Jean Moreau, de Troyes, par Plantin d’Anvers, de 150 rames de papier
« petit hastard fm treffle de Jean Moreau » (Archives du Musée Plantin, Grootboek (grand livre), 1571-