Arch. nat., X
certaines règles à la fabrication du papier, la réglementation proprement dite de l'industrie papetière n'est pas antérieure au xvii' siècle.
On y fut amené par le besoin de protéger notre production contre la concurrence du dehors et pour réserver aux maîtres papetiers la matière première que les étrangers faisaient sortir en abondance.
Le principe était excellent, mais la législation alla à l'encontre du but qu'elle s’était proposé.
Non seulement on établit des droits pour empêcher la sortie des chiffons, drilles, drapeaux, colles, etc., mais on voulut réglementer à l'excès la fabrication, ce qui était un mal. Ce mal dura jusqu'à la Révolution.
C'est précisément à l'époque où droits et règlements ont été établis qu’a commencé en France la décadence de l'industrie papetière, qui devint alors florissante en Angleterre, en Hollande et en Italie.
Vainement on crut remédier au mal en augmentant les droits d’entrée sur les papiers fabriqués. La protection exagérée engendra la fraude, qui ne tarda pas à se donner libre cours.
Parmi les arrêts les plus rigoureux, en dehors de ceux des 21 juillet 1671, 21 novembre 1688 et 30 décembre 1727, il faut citer d’abord celui du 14 décembre 1732, émanant du Conseil ro^’al des Finances et réglementant, pour la province d’Auvergne, la largeur et la hauteur que devait avoir chaque format des principaux papiers servant à l’impression ou à l’écriture, ainsi que le tarif du poids que devait peser chaque rame de différente sorte, et mentionnant les noms des formats de ces papiers.
Vinrent ensuite l’arrêt du Conseil du roi du 27 janvier 1759, et celui du 18 septembre 1741 rendu en interprétation du précédent. Ils établissent un tarif des grandeurs et des poids des différentes sortes de papiers qui se fabriquent dans le royaume, et donnent une nomenclature des divers lormats dans laquelle ne figurent pas ceux dont les dimensions sont inférieures à 9 pouces 6 lignes de hauteur (soit o"' 256, le pouce, converti en mesure métrique, égalant o" 0207, et la ligne, o"” 00225).
L’intendant de Champagne rendit, le 10 août 1740, une ordonnance pour l’exécution de l’arrêt de 1739, dont il reproduit les principales dispositions'.
L’arrêt de 1741 (article III) astreint les papetiers à certaine obligation qui semble bizarre. Elle les met en demeure, à partir du i" janvier 1742, d’ajouter, en chiffres, aux marques imprimées dans la pâte de leurs papiers, le millésime 1742, à
I. Bibl. nat., col!, de Cliampas’ne, vol. loo, fol. 85, placard in-folio.
MARaUES, DIMENSIONS ET NOMS DU PAPIER
peine de confiscation des formes ne portant pas cette mention et aussi des papiers qui auraient été fabriqués sur ces formes, plus une amende de 300 livres.
Dans quel but leur imposait-on semblable chose? Voulait-on qu’ils eussent constamment sous les yeux cette date rappelant les règles auxquelles ils étaient soumis ? C’est probable. Toujours est-il qu’il en résulta des conséquences plutôt singulières; on voit des papiers fabriqués en 1761, et même en 1789, portant toujours cette marque 1742 ! — Il convient d’ajouter que beaucoup de papetiers la firent disparaître de leur propre chef, sans pour cela être inquiétés '.
La Convention, par son décret des 28 nivôse-3 pluviôse an II (17-22 janvier 1794) ordonna de nouveau que les « fabricants de papiers et propriétaires de papeteries seront tenus de mettre leurs noms et ceux de leurs manufactures dans les formes dont ils se serviront... ».
Grand Louvois et Grand Monde-, dépassant 37 pouces de largeur et 26 pouces de hauteur (ou, en mesure métrique, O m. 999 X o m. 702).
Grand Aigle, Grand Éléphant ou Grand So/n7, dépassant 32 pouces de largeur et 24 pouces 9 lignes de hauteur (o m. 864 X o m. 672).
Grand Colombier, Impérial, Grande Fleur de lys (papier à enveloppes). Soleil, Éléphant, Chapelet (employé pour l’impression des cartes géographiques et le dessin). Petit Chapelet, Grand Atlas et Petit Atlas, dépassant 26 pouces 4 lignes en largeur et 20 pouces 4 lignes en hauteur (o m. 711 X o m. 549).
Grand Jésus, Super Royal, Petit Soleil, Grand Royal étranger. Petite Fleur de lys. Grand Lombard, dépassant 24 pouces de largeur et 17 pouces 10 lignes de hauteur (o m. 648 X o m. 483).
Lombard, Grand Royal, Grand Raisin (papier pour enveloppes ou tentures), dépassant 22 pouces 6 lignes de largeur et 1 5 pouces 6 lignes de hauteur (o m. 604 X o m. 418).
Royal ordinaire. Petit Royal, Coquille, Grand Carré ou Carré Musc (papier servant à faire des sacs ou des enveloppes), dépassant 20 pouces de largeur et 16 pouces de hauteur (o m. 540 X o m. 432).
Grand Compte, Carré au Raisin (on ne l’emploie que pour l’impression). Sabre ou Sabre au Lyon, Cavalier, Bâtard de Dauphiné (différant peu du Carré au Raisin et n’étant aussi employé que pour l’impression). Grand Messel (employé pour 1 impression). Bas à homme (papier blanc servant particulièrement pour envelopper la bonneterie et surtout les bas de coton, de fil et de soie). Raisin collé (employé pour l’impression),
I. W OIT : Eucyclopédie méthodique de üiàcïOt tt d' A.\c\r\- n été reproduite aussi dans les Archives législatives de bert, t. V. — Toute cette réglementation (1739-1741) Rchus, t. IV, p. 359-382.
.Vomi et dimensions des formats mentionnés dans les arrêts de fJ32, 1^40 et la décla}-ation du roi du ler mars il-ji . — Noms d'autres papiers dont les formats n'étaient pas soumisà laréglemetüation.
Raisin flnant (non collé, employé pour faire des sacs), dépassant 19 pouces de largeur et 15 pouces de hauteur (0 m. 513 X O m. 405).
Ecu ou Moyen compte. Compte Pomponne, Trois O de Normandie ou ddduvergne, Carré de Caen, Petit Cavalier, Second Mcssel ou Coutelas, A l’Étoile (sorte dite aussi Longuet), A I Eperon (ou Longuet), Grand Cornet (sorte de papier à lettres, très mince), Joseph, papier commun fabriqué surtout en Normandie.
Le Joseph raisin, fait de second triage, c’est-à-dire de cordages d’une moindre finesse et par conséquent moins affinés et plus roux, était généralement utilisé au ployage des toiles de Troyes, de Beauvais et de Saint-Quentin (parce que sa couleur rembrunie augmentait l’éclat de la blancheur de la toile), Bas à femme (même emploi que le Bas à homme), dépassant 17 pouces de largeur et 13 pouces 4 lignes de hauteur (o m. 486 X o m. 360).
Couronne ou Griffon (très usité pour l’écriture. On imprime aussi sur Couronne, étoffée). Champ)' ou Bâtard de Normandie (employé pour l’imprimerie), Tellière grand format', dépassant 16 pouces 6 lignes de largeur et 13 pouces de hauteur (0 m. 445 X o m. 351).
Cadran, Tellière, Pantalon, Petit Raisin ou Bâton royal, Cartier grand format du Dauphiné, Cartier ordinaire (employé pour la fabrication des cartes à jouer). Petit Cornet (papier à lettres très mince), Trois O ou Trois ronds de Gènes, Licorne, A la Cloche (destiné surtout à l'écriture), dépassant 1 5 pouces 3 lignes en largeur et 1 1 pouces en hauteur (o m. 412 X 0 m. 297),
Petit nom de Jésus, Romaine, Pigeonne ou Poulette (papier de petit format pour l’écriture), Cartier ou Pot ou Cartier ordinaire (employé surtout pour les cartes à jouer). Espagnol, Lys à la Cloche, dépassant 14 pouces en largeur et 10 pouces 4 lignes eu hauteur (0 m. 378 X o m. 279).
Les dimensions des différentes sortes de papiers au-dessous de 9 pouces 6 ligues de hauteur (o m. 278) ne furent pas réglementées. Ils awiieut la largeur et la hauteur demandées par celui qui faisait la commande.
Parmi ces papiers de petit format facultatif, nous citerons ceux qui portent le nom de Bulle (papier fait d’une pâte grossière et ayant une couleur jaunâtre ; c’est la dernière qualité des papiers d’écriture et d’impression) ; — Brouillard (ou Papier fluant), non collé, ayant plusieurs formats, employés les uns pour les pliages, les autres, d’une pâte plus fine, pour les papillotes, d’où leur nom de Papiers à la
1. Ce papier, crapruntanc son nom à François- de hauteur (o m. 468 X o m. 355), et la Tellière
Michel Le Tellier, chancelier de France (1639-1691), moyenne, mesurant 16 pouces de largeur et 12 pouces
fournit donc une date au delà de laquelle on ne peut 3 lignes de hauteur (0 m. 432 x 0 m. 331). — A
le rencontrer. II a deux Jormats : le grand, ayant l’étranger, on a imité ces formats et on les y désigne
17 pouces 4 lignes de largeur et 13 pouces 2 lignes couramment sous les noms de Piv Putria et Liberlas.
MARaUES, DIMENSIONS ET NOMS DU PAPIER
Demoiselle. Une autre sorte de papier Brouillard, nommée Joseph fluant, servait à filtrer les liqueurs et aussi à l’impression des Almanachs de Liège, du Bon Laboureur et de la Bibliothèque bleue ■, — Dart (sorte de papier d’enveloppe fait en Normandie); — Gargouche ou Gargousse (papier employé par les artificiers).
De nos jours, ces désignations sont restées les mêmes, bien que les formats aient été modifiés et que les marques aient disparu de l’intérieur de la pâte.
On a fabriqué et on fabrique encore des papiers dits : A peindre. Bleuté, Brillant (inventé au xviii' siècle par le sieur Papillon, graveur), de Chine, du Japon, Doré, Argenté, Marbré et Peigné'-, Papier d’Angleterre, Tontisse ou Papier velouté (ainsi nommés parce qu’on les drapait avec les déchets de laine provenant de la tonte des draps) ; Papier Peint, Pelure, Porcelaine, QiMdrillé, Mâché', Torchon, Vélin, Vergé, etc.
Les papiers vendus à Plantin par ses fournisseurs troyens sont nommés : Bateleur, Carré fin. Carillon d’Auvergne, Charta chariolione ou chatiglione de Troyes et d'Auvergne, Fin papier grande forme. Grand réal (ou royal 7), Papier commun de Rouen, Papier de Lyon, Petit et Grand bâtard. Petit bâtard à la main et de village. Petit et Grand carré. Pyramide.
Pour en finir avec les formats, il faut rappeler qu’un papetier, M. de Ponty, fit exécuter une sorte appelée de Langlée, du nom de sa papeterie, située près de Montargis. Ce papier avait 5 pieds de long (i m. 624) et 2 pieds 10 pouces de large (o m. 919). Cette grandeur inusitée pouvait être employée pour les plans, mais elle réussissait difficilement à cause de la godée ou marque en forme de ride indélébile que la corde de l’étendoir laisse sur le papier dont le poids est trop considérable.
I. Ces deux sortes, nommées dans le principe Dominos, ont fourni matière au commerce de la Dominoterie. Importé d’Italie au xvi' siècle, ce genre de papier était employé pour la reliure ou le brochage des livres et
la garniture des coffrets. Il se recherche maintenant.
2. Employé, lorsqu’il est détrempé et réduit en pâte avec du plâtre ou de la poix, pour le moulage j on en fait usage depuis le xvi' siècle.
Le Papier de Troyes.
CHAPITRE V : LES FABRICANTS DE PAPIER. LES PAPETIERS JURÉS. LES GARDES JURÉS ÉLECTIFS. LES MAITRES PAPETIERS. OBLIGATIONS, DROITS, PRIVILÈGES ET PRÉROGATIVES ATTACHÉS A CES TITRES.
LA NÉCESSITÉ DE MAINTENIR LE BON RENOM DES PAPIERS FRANÇAIS FIT CRÉER PAR LE POUVOIR ROYAL DES PAPETIERS JURÉS, RATTACHÉS A L’UNIVERSITÉ DE PARIS ET POURVUS DE CERTAINS PRIVILÈGES EN ÉCHANGE DESQUELS ILS DEVAIENT NE VENDRE QUE DES PAPIERS DE BONNE QUALITÉ, LA CORPQRATION AVAIT AUSSI DES GARDES ÉLUS PAR LES MAITRES, QUI EUX-MÊMES N’ÉTAIENT ADMIS A EXERCER QU’APRÈS EXAMEN DE CAPACITÉ PROFESSIONNELLE,